Pourquoi le Limmud FSU ne reçoit pas de fonds du gouvernement israélien
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Pourquoi le Limmud FSU ne reçoit pas de fonds du gouvernement israélien

En pointant du doigt les "promesses non tenues des politiciens non motivés", l'association populaire des juifs ruussophones réduit considérablement ses conférences mondiales

La cérémonie de Havdalah au Limmud FSU d'Oakland, en Californie. (Crédit : Ekaterina Efimova)
La cérémonie de Havdalah au Limmud FSU d'Oakland, en Californie. (Crédit : Ekaterina Efimova)

SAN FRANCISCO – Le Limmud FSU, l’organisation à but non-lucratif qui organise des conférences pour les Juifs russophones à travers le monde, réduit ses activités en raison du manque de financement.

Le rassemblement de Limmud FSU à New York, qui a attiré plus de mille participants cette année, passera d’un week-end de trois jours à un événement d’une journée l’année prochaine, a déclaré Natasha Chechik, directrice des communications de l’organisation.

Les conférences au Canada, en Israël et en Biélorussie seront également réduites à un jour, a-t-elle dit, et les velléités de présenter la conférence russo-juive dans de plus petites villes d’Amérique du Nord, y compris Boston et Montréal, ont été abandonnées.

En outre, Le Limmud FSU reporte sa conférence en Europe de l’ouest. L’année dernière, des gens de 16 pays ont assisté au Limmud FSU à Londres.

« Nous planifions le Limmud Europe à Vienne, mais ce n’est pas dans le budget pour le moment », a déclaré Chechik. « C’est impossible de le faire cette année. »

Le Limmud FSU organise des conférences dans les hôtels et attire des conférenciers, y compris des célébrités russo-juives, venus du monde entier pour animer des panels et des ateliers sur un éventail de sujets culturels. Les événements sont gérés par des bénévoles et les présentateurs ne sont pas payés – bien qu’ils bénéficient de voyages et d’hébergement gratuits.

Le fondateur du Limmud FSU founder Chaim Chesler, à à gauche, et la directrice des communications Natasha Chechik posent devant un poster en l’honneur de Bob Dylan aux abords de la mairie d’Odessa (Autorisation/ Limmud FSU)

Les participants réguliers paient pour assister, mais le coût est fortement subventionné par le Limmud FSU. L’organisation à but non-lucratif opère actuellement dans neuf pays avec un budget d’environ 3 millions de dollars par an. Mais comme le Limmud FSU étend ses activités à plus de villes, les revenus ne suivent pas. Malgré la demande, l’organisation, soutenue par des donateurs privés, manque de fonds. « A tout moment, nous pouvons imploser », explique Chaim Chesler, fondateur de Limmud FSU.

Pas de financement du gouvernement israélien

Les organisateurs du Limmud FSU affirment que le gouvernement israélien a promis de les soutenir, mais qu’il a échoué parce qu’ils considèrent les Juifs russophones comme une priorité moindre.

« Le gouvernement israélien parle beaucoup de la lutte contre l’antisémitisme dans le monde et de la lutte contre les mariages mixtes, mais il ne soutient pas le Limmud FSU », a déclaré Chesler.

« Nous les avons prévenus pendant des années. Ils sourient, ils disent de belles choses, mais nous ne recevons pas d’argent de leur part. « Il a ajouté que le ministre des Affaires de la Diaspora, Naftali Bennett, n’est probablement pas intéressé par l’idée de soutenir les Juifs russophones parce qu’ils ne votent pas pour son parti HaBayit HaYehudi. »

Le porte-parole de Bennett, Aaron Kalman, a estimé que ces accusations étaient injustifiées. « Nous sommes désolés que le Limmud FSU, une organisation respectée, diffuse des allégations sans fondement au lieu de se concentrer sur le travail éducatif », écrit Kalman dans un courriel.

« Le ministre Bennett croit que c’est l’obligation morale d’Israël de renforcer et de maintenir les liens avec toutes les communautés juives du monde entier ». Lorsqu’on lui a demandé si le ministère de la Diaspora avait des programmes spécifiquement axés sur les Juifs russophones, Kalman n’en a cité aucun, mais a énuméré des programmes incluant des Juifs russes, comme Momentum, qui amène des mères juives en voyage en Israël, et Mosaic United, un projet de travail sur le campus.

« Les projets proposés par le ministère des Affaires de la diaspora ont un potentiel de croissance et de durabilité à long-terme, tout en créant des communautés juives fortes et dynamiques, sans se concentrer sur le parrainage de conférences », a déclaré M. Kalman.

Benjamin Netanyahu et Naftali Bennett à la Knesset, le 29 juillet 2013 (Crédit : Flash90)

Mais Chechik a demandé pourquoi le ministère des Affaires de la Diaspora a récemment donné des millions de dollars à Momentum, un groupe qui fait voyager des mères en Israël, et qui a des programmes pour
d’autres groupes marginaux.

« C’est surréaliste, absurde », dit-elle. « C’est incroyable que l’organisation la plus importante pour les Juifs russophones ne reçoit même pas la reconnaissance minimale. Ça nous rend fous. Nous essayons et réessayons, nous ne pouvons pas gagner. »

Lorsqu’elle a été contactée via WhatsApp, la porte-parole des Affaires à la Diaspora, Reut Moshonov, a confirmé que le ministère ne fournit aucun soutien financier au Limmud FSU. « Les conférences, aussi bonnes soient-elles, sans aucun suivi ni activité en cours, n’ont pas encore prouvé qu’elles étaient un moyen efficace de construire des communautés juives russophones à travers le monde », lit-on dans le communiqué qu’a envoyé Moshonov au Times of Israel.

Une cause juste

Dina Spechler, professeur d’études judaïques de l’Université de l’Indiana et spécialiste des Juifs soviétiques, a déclaré que si l’efficacité des conférences pour renforcer les liens avec Israël n’avait pas été quantifiée, les conférences pour les Juifs russophones en valaient probablement la peine.

« Je pense qu’il est très important que les Juifs russes soient exposés à toutes les possibilités de vivre une vie juive, de l’identité juive culturelle la plus pratiquante à celle laïque. J’ai l’impression que
le Limmud FSU a le potentiel de contribuer à ces objectifs », écrit-elle dans un courriel.

« Pour cette raison, même sans preuve empirique de leur efficacité, je pense que ces conférences le week-end valent la peine. »

Le stand #Zionismforteens (sionisme pour les adolescents) au Limmud FSU d’Oakland, en Californie. (Crédit : Ekaterina Efimova)

Une façon de vérifier l’efficacité des conférences est de soumettre un questionnaire aux anciens participants plusieurs mois ou un an après l’événement, a-t-elle suggéré.

Pendant ce temps, lors d’une récente réunion du Limmud FSU à San Francisco, les Juifs russophones ont été déçus lorsqu’ils ont appris que la conférence annuelle de trois jours Limmud FSU à New York a été réduite et est devenue un événement d’une journée.

« C’est dommage », a déclaré Eugene Kitaynik, un étudiant de Dallas, au Texas.

« Je ne pense pas que cela aura le même impact qu’un événement de trois jours parce que l’idée principale est de créer des liens », a reconnu Anatoliy Kogan, un développeur Web.

« Nous espérons que c’est une mesure temporaire, car nous nous soucions vraiment de ce projet », a ajouté son ami Arthur Yusupov, un spécialiste des ressources humaines de New York.

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