Pourquoi le Parti travailliste ne s’est jamais remis après Rabin
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Pourquoi le Parti travailliste ne s’est jamais remis après Rabin

Depuis l’assassinat du Premier ministre il y a 20 ans, le parti jadis tout-puissant patauge et essaie de se redéfinir

Yitzhak Rabin (Crédit photo: Flash90)
Yitzhak Rabin (Crédit photo: Flash90)

TEL AVIV (JTA) – La balle de l’assassin qui a tué l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin le 4 novembre il y a 20 ans a aussi porté un sérieux coup au parti de centre-gauche qui s’était fait le champion de la paix : le tout-puissant Parti travailliste de Rabin.

Depuis l’assassinat par Yigal Amir, un extrémiste juif qui était opposé à un accord de paix avec les Palestiniens, le Parti travailliste est passé du statut de parti fondateur d’Israël et représentant de la gauche modérée à celui de parti en compétition avec d’autres partis d’opposition et eternel perdant des élections en Israël.

« Il est difficile pour [le parti Travailliste] de gagner car la majorité du pays est convaincue qu’il est impossible de parvenir à un accord avec les Palestiniens », a expliqué Shmuel Sandler, professeur de sciences politiques à l’université Bar-Ilan. « Le problème de la sécurité est celui qui influence le plus les Israéliens. Ce n’est pas comme aux Etats-Unis où cela est ‘L’économie, imbecile !’».

Le Parti travailliste et ses prédécesseurs ont dirigé l’Etat juif sans interruption au cours de ses trente premières années – de David Ben-Gurion, le Premier ministre fondateur, aux dirigeants qui ont permis à Israël de sortir victorieux de la guerre des Six jours et de la guerre de Kippour.

Puis, deouis 1977, ce fut série de duels serrés face au Likud, son adversaire de droite. Le Likoud a remporté trois des quatre élections suivantes, dont deux à la faveur d’un seul siège. Le Parti travailliste et le Likud etaient au coude à coude lors du scrutin de 1984 et se sont partagés le pouvoir.

En 1992, Rabin a ramené le Parti travailliste au pouvoir avec 44 sièges sur 120 à la Knesset.

Mais depuis l’assassinat de Rabin, l’histoire du Parti travailliste a été celle d’un échec quasi total, avec des experts ayant chacun un avis différent sur la direction future que devrait prendre le parti: revenir à son idéologie de base ou se rapprocher du centre politique.

A l’exception d’un gouvernement qui n’a tenu que de 1999 à 2001, le Parti travailliste a perdu toutes les élections depuis 1992. Le Likud, ou sa ramification Kadima, dirigent Israël depuis bientôt 15 ans. Les élections de 2009 et 2013 ont vu le Parti travailliste chuter respectivement à la troisième et quatrième place. Son manteau de pragmatique de centre-gauche a été recupéré par de nouveaux partis tels que Yesh Atid, fondé il y a trois ans.

Selon le professeur de sciences politiques de l’université hébraïque Shlomo Avineri, le problème du Parti travailliste réside dans son incapacité à présenter une alternative viable face à la politique de fermeté proposée par le Likud.

« Dire encore, encore et encore ‘Nous devons revenir aux négociations [avec les Palestiniens]’ , cela ne suffit pas», a-t-il expliqué.

Depuis que le gouvernement de Rabin a commencé à faire des concessions territoriales aux Palestiniens, les faucons s’opposant au Parti travailliste l’ont attaqué, le qualifiant de faible et de dangereusement naïf. Rabin, ancien général vénéré qui gagna la guerre des Six jours, avait fait valoir ses mérites en terme de sécurité pendant la campagne de 1992. Le seul autre candidat du Parti travailliste à avoir remporté une élection fut Ehud Barak en 1999, le soldat le plus décoré de toute l’histoire d’Israël.

Mais après la mort de Rabin, le Likud s’en est pris à son successeur bureaucratique et pacifiste, Shimon Peres, aujourd’hui âgé de 92 ans. Les publicités éléctorales de 1996 pour le candidat du Likud Benjamin Netanyahu accusaient Peres de « trop jouer avec le futur d’Israël », d’être « déconnecté de la réalité » et de vouloir diviser Jérusalem. Netanyahu a remporté cette élection.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son discours au Congrès américain le 10 juillet 1996. Derrière se trouve le vice-président Al Gore et le président du Congrès Newt Gingrich (Crédit photo : Yaacov Saar/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son discours au Congrès américain le 10 juillet 1996. Derrière se trouve le vice-président Al Gore et le président du Congrès Newt Gingrich (Crédit photo : Yaacov Saar/GPO)

« M. Peres, vous avez mené notre sécurité à une situation sans précédent », avait déclaré Netanyahu au cours d’un débat en 1996. « C’est le résultat direct de votre politique calamiteuse qui confie notre sécurité et la sécurité de nos enfants entre les mains [du président de l’Autorité palestinienne Yasser] Arafat ».

Depuis lors, le Likud n’a eu de cesse de répéter ce message, message qui a résonné à la suite d’une intifada de quatre ans au début des années 2000 qui a tué un millier d’Israéliens. En lice pour son quatrième mandat cette année, Netanyahu a remporté l’élection en promettant à ses électeurs qu’il n’établirait pas d’Etat palestinien ni ne diviserait pas Jérusalem au cours de son mandat.

Les changements démographiques d’Israël ont eux aussi causé du tort aux travaillistes. Le million d’immigrants venant d’Union soviétique au début des années 90 ont tendance à voter pour les partis de droite. Les Juifs religieux israéliens, qui soutiennent généralement la droite, sont également devenus plus nombreux.

Au cours de ces dernières années, le Parti travailliste a tenté de se redéfinir comme étant davantage que le parti de la paix. En 2013, la chef de file du parti Shelly l’a présenté comme un « parti centriste » et a mené sa campagne sur une profession de foi social-démocrate, se concentrant sur le logement et l’économie et mentionnant à peine la paix et de la sécurité. Le Parti travailliste avait terminé troisième aux élections, derrière le Likud et Yesh Atid.

La chef de file du Parti travailliste, Shelly Yachimovich, lors d'une conférence de presse, le 5 mai 2013, reprenant à son compte le dessin de la  bombe de Netanyahu pour mettre en évidence la situation financière des classes moyennes d'Israël (Crédit photo: Flash90)
La chef de file du Parti travailliste, Shelly Yachimovich, lors d’une conférence de presse, le 5 mai 2013, reprenant à son compte le dessin de la bombe de Netanyahu pour mettre en évidence la situation financière des classes moyennes d’Israël (Crédit photo: Flash90)

Avant le scrutin de cette année, le Parti travailliste a de nouveau fait campagne sur les négociations avec les Palestiniens tout en continuant à se définir comme parti centriste. Le parti s’est associé à l’ancienne membre du Likud Tzipi Livni pour polir ses atouts centristes mais a tout de même terminé deuxième derrière le Likud de Netanyahu.

Et depuis sa défaite, le Parti travailliste continue d’éviter de parler de paix, utilisant à la place des termes tels que « séparation » et prônant une « solution diplomatique » avec les Palestiniens. Au cours d’une intervention au Centre Yitzhak Rabin de Tel Aviv, le président du Parti travailliste Isaac Herzog a mentionné un accord israélo-palestinien mais n’a pas utilisé le mot « paix ».

« La séparation entre les Etats doit être appliquée politiquement dans le cadre d’une solution diplomatique », a déclaré Herzog. « Nous ne pouvons l’ignorer à moins que [nous] n’enfoncions nos têtes dans le sable ».

Sandler et Avineri affirment que se rapprocher du centre constitue toujours une bonne stratégie pour le Parti travailliste, compte tenu des donnés démographiques d’Israël et du scepticisme quant aux intentions palestiniennes. Mais certains partisans affirment que le parti ne reviendra au pouvoir que quand il reprendra l’impénitente quête pour la paix de Rabin.

L’une des erreurs les plus fondamentales et difficiles a été que, depuis l’assassinat et l’ère Ehud Barak, le parti a décidé de ne pas présenter de réelle alternative qui suive le chemin de Rabin », a expliqué à JTA le député travailliste Hilik Bar. « Sur des sujets tels que la défense et la diplomatie, nous avons tenté d’emmener le parti vers le centre, mais nous avons siégé dans des de gouvernements de droite. Nous avons perdu notre identité ».

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