Pourquoi les Haredim ont tant tardé à accepter la distanciation sociale ?
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Pourquoi les Haredim ont tant tardé à accepter la distanciation sociale ?

L'information a mis trop de temps à atteindre le monde ultra-orthodoxe renfermé, et certains rabbins n'ont pas saisi le danger de la pandémie ; le pays se prépare aux conséquences

La police arrête un homme ultra-orthodoxe alors qu'elle ferme une synagogue dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem pour non-respect des directives visant à endiguer l'épidémie de Covid-19, le 30 mars 2020. (Ahmad Gharabli/AFP)
La police arrête un homme ultra-orthodoxe alors qu'elle ferme une synagogue dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem pour non-respect des directives visant à endiguer l'épidémie de Covid-19, le 30 mars 2020. (Ahmad Gharabli/AFP)

Le ressentiment à l’égard de la minorité ultra-orthodoxe d’Israël s’est accru ces dernières semaines, alimenté par des reportages et des publications sur les réseaux sociaux soulignant leur mépris apparent pour les règles de distanciation sociale mises en place par le gouvernement.

Des informations faisant état de yeshivot restées ouvertes malgré les ordres de fermeture et des images vidéos de mariages publics et de services de prière illicites ont suscité une indignation généralisée sur les réseaux sociaux, les critiques accusant les Haredim de faire preuve de mépris envers leurs concitoyens, et même d’être des meurtriers.

Les ultra-orthodoxes étant dramatiquement surreprésentés parmi les personnes hospitalisées atteintes du Covid-19, et les villes et les quartiers ultra-orthodoxes présentant les taux d’infection les plus élevés du pays, l’indignation n’a cessé de croître.

Cependant, la situation est plus compliquée qu’elle ne le paraît en surface et un examen plus approfondi révèle une communauté diverse et compliquée, dont beaucoup de membres sont coupés des sources d’information que la plupart des Israéliens laïcs et modérément religieux considèrent comme acquises. De plus, bien qu’il y ait eu des retards importants dans la mise en œuvre des règles sanitaires du ministère de la Santé, ces derniers jours, les Haredim acceptent de plus en plus les mesures extrêmes rendues nécessaires par la pandémie.

Mépris des règles

Une grande partie de l’indignation publique remonte à la mi-mars, lorsque le gouvernement a ordonné la fermeture des écoles et des universités dans tout le pays afin de ralentir la propagation du coronavirus et d’éviter la surcharge du système de soins de santé. Si les établissements d’enseignement laïcs et nationaux-religieux ont immédiatement fermé leurs portes, certains établissements du secteur haredi sont restés ouverts.

Beaucoup d’écoles et de yeshivot ignorant la nouvelle réglementation ont pris exemple sur les rabbins Chaim Kanievsky et Gershon Edelstein, chefs de la yeshiva de Ponovitz à Bnei Brak, une ville située à l’est de Tel Aviv. Chaim Kanievsky est considéré comme le plus éminent responsable de la branche lituanienne de l’orthodoxie Haredi non hassidique, qui compte des centaines de milliers d’adeptes.

Des Juifs ultra-orthodoxes prient aux abords d’une yeshiva fermée dans la ville de Bnei Brak, le 26 mars 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Malgré les appels du gouvernement Netanyahu et de la police israélienne, le rabbin a soutenu, selon les mots d’un membre de son entourage, que « l’annulation de l’étude de la Torah est plus dangereuse que le coronavirus ». Nombreux sont ceux dans la communauté lituanienne qui pensent que l’étude de la Torah a une signification ontologique qui va au-delà de la simple acquisition de connaissances et qu’elle sert à protéger la communauté dans son ensemble.

Ces décisions ont coïncidé avec la diffusion d’images de grands mariages ultra-orthodoxes, dont les participants ont fait fi des restrictions toujours plus strictes imposées aux rassemblements publics.

La colère de la population a été davantage alimentée par la décision du Grand Rabbinat d’appeler à une journée nationale de jeûne et de prière la semaine dernière, qui aurait vu des milliers de Juifs fréquenter les synagogues à travers le pays.

Alors que les ordres de distanciation sociale en vigueur à l’époque autorisaient la présence maximale de 10 personnes, séparées de deux mètres, dans une synagogue à tout moment, les critiques ont estimé que cette mesure allait à l’encontre de l’esprit de la recommandation du ministère de la Santé qui préconise que les citoyens restent chez eux autant que possible.

En fin de compte, le rabbinat a organisé l’événement en ligne, mettent en place un rassemblement de prière massif par liaison vidéo. Le 25 mars, le rabbinat avait ordonné la fermeture de toutes les synagogues, recommandant aux gens de prier à l’extérieur en petits groupes très espacés.

Cette décision a été prise à la suite de la publication de nouvelles données épidémiologiques montrant qu’un nombre important d’Israéliens atteints du Covid-19 l’ont contracté dans une synagogue. Au début de cette semaine, les prières publiques ont été totalement interdites.

Certains membres de la communauté Haredi n’ont pas apprécié cette décision et des vidéos de groupes de prières illicites ont immédiatement commencé à circuler sur Internet. Dans un cas, la police a arrêté six personnes dans l’implantation haredi de Modiin Illit mercredi. Dans un autre, la police a fermé une synagogue dans la ville ultra-orthodoxe de Bnai Brak, condamnant 15 personnes à une amende pour avoir assisté à des offices.

D’autres infractions ont également suscité l’indignation du reste de la population. Dimanche, des centaines de membres de la « Faction Jerusalem », un groupe religieux lituanien extrémiste, ont participé à un cortège funèbre à Bnai Brak,  marchant côte à côte alors qu’ils accompagnaient une ambulance transportant le corps du défunt dans les rues de la ville.

Le groupe a ensuite obéi aux règles de distanciation sociale lors des funérailles de l’épouse de l’un de leurs dirigeants, mercredi.

Dimanche dernier, les extrémistes haredim ont affronté la police qui s’efforçait de faire respecter les ordres de confinement, lançant des pierres sur les agents. Ce lundi, des extrémistes marginaux ont également jeté des pierres sur des soignants qui tentaient d’effectuer des tests du coronavirus.

Changement de cap

Cependant, la plupart de ces actions étaient le fait de groupes extrémistes marginaux. Lorsque le coronavirus a commencé à se répandre au sein de la communauté haredi, ses principaux dirigeants ont commencé à prendre les choses plus au sérieux.

Dimanche, Chaim Kanievsky a fait volte-face, en décidant que les Juifs orthodoxes devaient prier seuls et qu’il était permis de signaler les synagogues ou tout autre établissement violant les directives gouvernementales. Il a fait savoir que ceux qui enfreignaient les règles seraient considérés comme des rodef, un terme talmudique désignant une personne qui tente de tuer quelqu’un.

Sa décision faisait suite à une mesure similaire du rabbin Moshe Sternbuch, dirigeant des tribunaux rabbiniques de la communauté antisioniste Eda Haredit, qui, le 19 mars, avait appelé ses fidèles à se conformer aux instructions des médecins, qualifiant cette situation de question de vie ou de mort.

« Il est important d’écouter les instructions des médecins, sinon, Dieu nous en préserve, ils ne pourront peut-être pas être sauvés plus tard », a déclaré M. Sternbuch.

Des statistiques effrayantes

Ce sont les villes ultra-orthodoxes qui enregistrent le plus grand nombre de cas de contamination dans le pays. Mercredi matin, 730 personnes au total étaient atteintes du Covid-19 à Bnai Brak. À Jérusalem, elles étaient 780 au total, contre 650 un jour plus tôt.

Une grande partie de cette hausse est considérée comme émanant de la communauté ultra-orthodoxe. Selon les informations de la Douzième chaîne, des augmentations à deux chiffres ont également été enregistrées dans plusieurs autres villes à forte population ultra-orthodoxe. Les Haredim ont généralement des familles nombreuses, vivent dans des zones urbaines denses et adoptent un style de vie qui privilégie les rassemblements communautaires, autant de facteurs qui pourraient faciliter la propagation du virus.

Un homme ultra-orthodoxe passe à côté d’une affiche sur le coronavirus dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem, le 31 mars 2020. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Mardi, la police a mis en place des points de contrôle autour de Bnei Brak et a vérifié l’identité de toute personne souhaitant y entrer, le gouvernement ayant opté pour la mise en place d’un cordon sanitaire autour de la ville de près de 200 000 habitants. Ce cordon s’est encore resserré dans le courant de la journée de mercredi.

Alors que Bnei Brak est devenu le centre de l’épidémie et que les Haredim représente une proportion disproportionnée de personnes touchées par le coronavirus, Avraham Rubinstein, le maire de la ville, a exhorté les habitants à « se réveiller ! »

Il a déclaré que la ville connaissait le taux d’infection le plus élevé du pays, avec « des prévisions bien plus effrayantes ». L’édile a appelé sa population à « arrêter avec les minyans [quorum de 10 adultes juifs requis pour la prière] de petits prétentieux, à maintenir des distances de sécurité et à mettre fin aux rassemblements et à la congestion des supermarchés. Restez chez vous et faites attention, c’est dangereux ».

Les attitudes semblent enfin changer dans la communauté ultra-orthodoxe, où un nombre croissant de personnes se mettent en auto-quarantaine et où les rues des villes religieuses comme Beit Shemesh se vident progressivement.

Dans une vidéo récente circulant sur Internet, on peut voir un homme haredi à Bnei Brak crier sur un groupe de personnes qui s’étaient rassemblées pour une prière illégale.

« Sortez d’ici, assassins », criait l’homme alors que des gens, certains enveloppés dans des châles de prière, semblaient s’éloigner d’une synagogue, bien qu’au moins un homme ait été vu y retourner. « Je vais vous dénoncer 10 fois. À partir de maintenant, j’appellerai la police à chaque fois. »

Pourquoi il aura fallu tant de temps

Un psychiatre orthodoxe qui soigne les membres de la communauté ultra-orthodoxe de Jérusalem (et qui a demandé à ne pas être identifié dans cet article) a déclaré au Times of Israël qu’une partie du problème découle de valeurs sociales profondément ancrées relatives au sacrifice de soi et à l’accomplissement des obligations religieuses malgré des situations d’adversité.

Lorsque les nazis ont interdit les tefillin (phylactères), les Juifs orthodoxes ont continué à les porter, même au risque de leur vie, a-t-il expliqué. « Tout le monde a appris à l’école que les mitzvot (commandements de la Torah) sont la chose la plus importante. »

« Ce en quoi nous étions bons, et ce qu’on nous enseignait comme étant juste, constitue maintenant un problème et nous cause désormais des troubles », a-t-il poursuivi, expliquant qu’il a fallu du temps pour comprendre les nouvelles restrictions sous l’angle de la santé publique plutôt que de la persécution religieuse.

De nombreux Israéliens à la recherche d’un bouc émissaire ont fait du retard du respect des règles par la communauté Haredi un motif de colère, a-t-il également indiqué.

« Tout le monde cherche à rejeter la faute sur quelqu’un en ce moment parce que nous sommes tellement bouleversés, effrayés et inquiets. Il y a un désir d’exutoire de l’agressivité et la colère que personne ne s’en soit occupé. Nous voulons que quelqu’un s’occupe de nous et que quelqu’un en assume la responsabilité. Avec les maladies infectieuses, il est facile de regrouper et de blâmer les autres. Les gens veulent trouver un groupe contre lequel diriger leur colère, [et] en Israël, ils s’en prennent aux ultra-orthodoxes. »

La prise de conscience accrue de la gravité du problème est probablement l’une des causes profondes du revirement de la communauté haredi. Au début de ce mois, le chef d’un kollel, ou yeshiva à plein temps pour les hommes mariés, s’est plaint auprès de moi qu’à part quelques affiches du ministère de la Santé, il n’avait pas l’impression qu’il y avait un grand effort de sensibilisation de sa communauté avec des informations sanitaires précises.

Un ultra-orthodoxe devant des affiches du ministère de la Santé sur la distanciation sociale, à Jérusalem, le 24 mars 2020. (Crédit : Sam Sokol)

Il a déclaré que de nombreux Haredim, qui évitent Internet, les smartphones et la télévision, recevaient leurs informations de leurs amis possédant des smartphones.

Le ministère de la Santé et l’organisation de premier secours United Hatzalah ont tenté de remédier à cette situation, avec de nouvelles campagnes d’affichage visant à éduquer la population haredi sur l’étendue du danger.

« En quoi ce Pessah sera-t-il différent des autres Pessah ? », interroge une affiche du ministère de la Santé. « Cette nuit de Seder, tout le monde sera chez soi. »

« Ne quittez pas vos maisons, point final », peut-on lire sur une affiche produite par United Hatzalah. « Les dirigeants contemporains ont décidé qu’aucun minyan ne devait être tenu, même en plein air avec dix personnes, car cela met des vies en danger. Le sophisme et le débat peuvent faire perdre la vie à ceux que vous aimez. »

Le consensus entre les experts et les membres de la communauté haredi est que le manque d’information a joué un rôle clé dans la réaction tardive de la communauté ultra-orthodoxe au sens large.

« Il y a eu un grand retard pour pousser les gens de la communauté à se comporter différemment » parce que les Haredim n’ont pas toujours accès aux mêmes sources d’information que la population en général, a expliqué le Dr Gilad Malach, chercheur à l’Institut de la démocratie israélienne, au Times of Israël.

Parce que les Haredim n’ont pas non plus accès aux mêmes images troublantes venues d’Italie et d’autres pays qui ont produit une réaction viscérale chez les autres Israéliens, ils sont moins conscients et ressentent moins le besoin de changer de comportement.

« La deuxième chose est qu’il n’y a pas de confiance totale dans l’État », a-t-il poursuivi. « La société haredi vit enclavée, et il n’y a pas de confiance automatique dans les règles de l’État, même si celles-ci touchent à la santé. »

Gilad Malach ajoute qu’en ce qui concerne les activités religieuses, les Haredim ne sont pas susceptibles d’obéir aux autorités nationales sans la permission de leurs rabbins, ce qui explique probablement pourquoi la communauté n’a commencé à se rapprocher du respect total des règlements qu’après « deux semaines de retard ».

« J’ai l’impression que la majorité suit les règles en général », estime-t-il.

« Parlez-nous »

De plus, a-t-il ajouté, bien qu’il soit impossible pour le gouvernement d’entrer en contact avec tous les rabbins éminents, il aurait dû « au moins faire un effort » pour contacter les dirigeants des différentes communautés locales et « leur faire comprendre que nous sommes en situation d’urgence ».

Un jeune ultra-othodoxe avec un masque de protection, dans le quartier de Mea Shearim, le 16 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Il a fallu du temps pour qu’une partie de la communauté comprenne la gravité de la situation », confirme Yehuda Meshi-Zahav, président et fondateur de l’organisation bénévole de services d’urgence ZAKA et ancien membre de la frange extrême du monde haredi.

Alors que « quelques petites communautés n’obéissent pas à la communauté » parce qu’elles « pensent que c’est une attaque sioniste contre les Haredim », environ « 95 % des Haredim obéissent, et les rabbins disent qu’ils respectent les règles ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le ministre de la Santé Yaakov Litzman, à Jérusalem, le 11 mars 2020. (Crédit : Flash90)

Un problème, a-t-il dit, est que, bien que le ministre de la Santé Yaakov Litzman soit lui-même haredi et « devrait savoir » que ses collègues de la sphère politique « ne parlaient pas à cette communauté dans sa langue ».

Selon Eli Shlezinger, journaliste pour le site d’information ultra-orthodoxe Behadrei Haredim, « le public haredi n’écoute que ses rabbins ».

« Pour amener la communauté haredi à faire quelque chose, » a-t-il expliqué, « il faut aller voir les rabbins pour leur expliquer, par l’intermédiaire d’experts professionnels, de manière respectueuse et très claire, quelle est la situation et quel est le danger. Ce n’est pas ce qu’ils ont fait ».

« Les rabbins ne savaient pas vraiment ce qui se passait ni à quel point c’était dangereux. »

Eli Shlezinger se souvient d’une conversation entre une connaissance et le rabbin d’une communauté ultra-orthodoxe, au sein de laquelle le rabbin a minimisé la gravité de la pandémie, estimant que les gens « en faisaient trop ».

Cependant, lorsque son ami a sorti son smartphone et lui a montré la longue liste des Haredim malades à New York, dont beaucoup qu’il connaissait, l’attitude du rabbin a commencé à changer et s’est exclamé : « Écoutez, si c’est ce qui se passe, alors quoi que dise le ministère de la Santé, nous devons aller encore plus loin. »

Les dirigeants hassidiques comme les rabbins des sectes Belz et Gerer, a-t-il dit, ont adopté cette approche dure pour protéger la santé publique.

Sous l’aile des rabbins

Si certains critiques ont attribué une partie de la propagation du nouveau coronavirus dans la communauté haredi aux retards dans la mise en œuvre de la distanciation sociale causés par des rabbins comme Chaim Kanievsky, certains de ses disciples n’en entendront pas parler.

« Nous nous en tenons à ce que disent le Rav Kanievsky et Edelstein. Nous ne nous écartons pas de ce qu’ils disent, alors quand ils ont commencé à nous avertir, nous les avons écoutés », a expliqué Eliyahu, un étudiant en kollel de 27 ans, originaire de Telz-Stone, une banlieue de Jérusalem, communauté ultra-orthodoxe qui a été durement touchée par la pandémie.

Le rabbin Chaim Kanievsky dans sa maison à Bnei Brak, le 15 avril 2018. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Quand le gouvernement a dit qu’il devait fermer les yeshivot, les rabbins ont répondu que ce n’était pas le moment de le faire parce que l’apprentissage sert de « protection à la communauté », a-t-il indiqué, citant Chaim Kanievsky qui a clamé que si les gens allaient toujours à l’armée, les étudiants devraient continuer à aller à la yeshiva parce que « nous sauvegardons le monde entier avec notre Torah ».

Interrogé sur la possibilité que le délai entre cette déclaration et la décision des rabbins d’appeler les gens à apprendre chez eux ait exacerbé la crise, Eliyahu a répondu qu’il n’y avait eu qu’une différence d’un jour entre l’appel du gouvernement à la fermeture et la décision des rabbins d’obtempérer.

Il a également déclaré qu’il pensait que le manque d’information avait contribué à ce que certaines personnes ne prennent pas la crise au sérieux, notant que beaucoup de ses voisins n’avaient pas accès aux médias réguliers et « qu’ils ne savaient pas à quel point c’était grave ».

Avraham Zuroff, un écrivain haredi vivant à Modiin Illit, a un point de vue légèrement différent, notant qu’un nombre croissant de Haredim ont acheté des smartphones avec accès à Internet ces dernières années. Cependant, il estime qu’il a fallu du temps pour que de nombreux Israéliens, et pas seulement dans la communauté haredi, intériorisent la gravité de la situation.

« Je pense que les gens ont pris conscience de la situation, mais c’était une réaction tardive », a-t-il commenté. « Mon observation, ce que j’ai vu dans la communauté générale où je vis, c’est qu’à chaque nouvelle réglementation, ils continuaient de respecter les précédentes. »

Il a cité les actions des Israéliens laïcs qui sont allés à la plage malgré les appels pressants à rester chez soi.

Prof. William Kolbrener leads a session at the recent Limmud conference in Jerusalem (photo credit: Yehoshua Halevi)
Le Prof. William Kolbrener dirige une session de la conférence Limmud à Jérusalem. (Crédit : Yehoshua Halevi)

William Kolbrenner, professeur de littérature anglaise à l’université Bar-Ilan et résident du quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem, Bayit Vegan, rapporte avoir essayé à plusieurs reprises de convaincre ses voisins de respecter plus strictement les règles, mais qu’il n’avait guère eu de succès.

Ce n’est que lorsque les principaux rabbins ont approuvé ce point de vue que les gens ont commencé à agir, a-t-il indiqué au Times of Israël.

« À mon avis, c’est ce que les gens normaux de la communauté religieuse attendaient, pour pouvoir faire confiance à leur meilleur instinct, qui était de rester chez eux », a-t-il commenté. « Mais le stigmate de rester chez soi lorsque le nom de Chaim Kanievsky était invoqué était trop grand. Quand [son appel à ne pas aller à la synagogue] est sorti, les gens ont pensé ‘Dieu merci, je peux rester à la maison’ et à partir de ce moment, les choses ont changé. »

Le rabbin Shmuel Pappenheim, un hassidique du mouvement Toldos Aharon de Beit Shemesh, qui était auparavant porte-parole de la Eda Haredit, a déclaré que la diversité de la communauté hassidique signifiait que les différentes sectes réagissaient à des rythmes différents mais qu’à ce jour, presque tous les Hassidim avaient reçu l’instruction de leurs dirigeants de respecter la distanciation sociale.

Par exemple, il raconte que, lorsque le frère du rebbe du mouvement Karlin a refusé de se placer en quarantaine, le rebbe l’a appelé et a menacé de le dénoncer à la police.

« 99 % d’entre eux sont attentifs aux instructions », affirme-t-il.

L’inquiétude des autorités israéliennes est de savoir l’étendue des dégâts causés par ce retard.

Quant à Shmuel Pappenheim, il a qualifié la situation de déprimante, et a une raison très personnelle pour cela. Malheureusement, a-t-il dit, il a lui-même attrapé le Covid-19 alors qu’il était à l’étranger, et se trouve en quarantaine depuis 18 jours.

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