Pourquoi Luther est-il devenu antisémite ? Un historien répond
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Pourquoi Luther est-il devenu antisémite ? Un historien répond

A l'approche du 500e anniversaire de la Réforme, la polémique enfle à nouveau autour de l'antisémitisime du créateur de la doctrine protestante

Cette gravure qui figure sur la façade de l'église de  Martin Luther à  Wittenbergen (en Allemagne) représente des  Juifs tétant le lait d'une truie (Crédit :Toni L. Kamins).
Cette gravure qui figure sur la façade de l'église de Martin Luther à Wittenbergen (en Allemagne) représente des Juifs tétant le lait d'une truie (Crédit :Toni L. Kamins).

La truie de Wittenberg semble avoir réactivé un vieux débat sur l’antisémitisme de Luther, remarque La Croix, qui invite l’historien Pierre-Olivier Léchot à revenir sur les écrits du père de la Réforme.

Il faut dire que Luther lui-même ne cachait pas son opinion à propos des Juifs. Au sujet de la truie présente sur un bas-relief de l’église de Wittenberg depuis le XIVe siècle, il la décrit ainsi :

« Ici à Wittenberg, on peut voir, sur notre église, une truie sculptée dans la pierre. Dessous, se trouvent des porcelets et des juifs qui la tètent. Derrière, se tient un rabbin qui soulève la patte droite de la truie, tire sa queue avec sa main gauche, se penche et contemple avec zèle le Talmud sous la croupe de l’animal, comme s’il y lisait quelque chose d’extraordinaire. Ce qui signale certainement l’endroit où se trouve leur Shem Hamphoras [le nom de Dieu]. »

Léchot note pourtant que Luther en 1523 écrit un texte intitulé « Que Jésus-Christ est né juif », « dans lequel il plaide pour une grande tolérance à l’égard des juifs, en disant qu’il faut essayer de les convertir paisiblement ».

Cependant, continue l’historien, « le ton change vers la fin de sa vie. Dans la deuxième moitié des années 1530, puis en 1543, Luther publie des textes bien plus virulents à l’encontre des juifs, où il est notamment question de la fameuse ‘truie de Wittenberg’, mais aussi des ‘mensonges des juifs’. Luther y exhorte à brûler les synagogues et à chasser les juifs des villes. »

Des textes qui seront édités, des siècles plus tard, dans des anthologies nazies « dont un des livres de chevet d’Hitler ».

Léchot explique ce revirement par des rencontres avec des Juifs qui l’auraient convaincu qu’ils ne se convertiraient jamais en masse.

« Il semble qu’il ait acquis cette certitude après des échanges particulièrement ardus avec des juifs qu’il n’est pas arrivé à convertir, » conclut l’historien.

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