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Premier cours universitaire de « médecine spatiale » à Jérusalem

La professeure Sara Eyal, pharmacienne clinicienne qui étudie les effets de la microgravité sur la biologie humaine, dirige une série de conférences unique en son genre

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Vue de la Terre depuis l’ISS. (Elen11 via iStock par Getty Images)
Vue de la Terre depuis l’ISS. (Elen11 via iStock par Getty Images)

Sara Eyal, professeure israélienne de nanosciences et de nanotechnologies de l’École de pharmacie de l’Université hébraïque de Jérusalem, a lancé le premier cours universitaire israélien pour la recherche sur le développement de médicaments dans l’espace, ou « médecine spatiale », comme elle aime l’appeler.

Le cours hebdomadaire d’un semestre a commencé mardi et a attiré une quarantaine d’étudiants de différentes disciplines telles la médecine, la pharmacie, les soins infirmiers ou la biologie.

Eyal, pharmacienne clinicienne qui concentre ses travaux sur la microgravité et la manière dont elle affecte la biologie humaine, dirige le Space lab de l’université, où les chercheurs mènent des expériences dans des conditions spatiales à l’aide d’une machine de positionnement aléatoire (RPM).

La machine fait tourner les échantillons le long de deux axes indépendants pour changer leur orientation et ainsi simuler la microgravité.

Le laboratoire souhaite établir des partenariats avec d’autres universités et entreprises par l’intermédiaire de la société de transfert de technologie Yissum de l’Université hébraïque.

Le Space Lab a récemment hébergé des recherches pour évaluer dans quelle mesure un médicament israélien contre le cancer pourrait s’avérer plus efficace pour traiter les patients dans des conditions proches de celles rencontrées dans l’espace.

Les recherches étaient dirigées par le professeur Yehezkel Bernholtz de l’Université hébraïque, expert en biochimie, nanotechnologie et développement de médicaments et inventeur de Doxil, premier nano-médicament à avoir reçu l’autorisation de la Food and Drug Administration aux États-Unis, en 1995.

Après des tests en laboratoire, Bernholtz, le fondateur d’Ayana Pharma, avait conçu un scénario expérimental aux termes duquel le médicament était supposé être mis en présence de cellules tumorales à bord de la Station spatiale internationale (SSI). L’ensemble avait été déposé dans un récipient de la taille de deux boîtes de cigarettes et envoyé dans l’espace, début janvier, à bord d’un Falcon 9 de SpaceX, dans le cadre d’un laboratoire intelligent développé par la société israélienne SpacePharma. Il est récemment revenu sur Terre et Bernholtz en étudie actuellement les résultats.

Eyal a déclaré au Times of Israël, lors d’une interview téléphonique en amont de la Journée internationale de lutte pour les droits des femme, que la recherche en microgravité était extrêmement bénéfique pour comprendre les cibles pharmacologiques.

La professeure israélienne Sara Eyal a lancé le premier cours de « médecine spatiale » d’Israël, à l’Université hébraïque de Jérusalem. (Autorisation)

« Nous savons, par exemple, que des séjours prolongés en microgravité sont associés à des processus accélérés de vieillissement et de maladies. Les expériences dans l’espace peuvent nous donner de nouvelles cibles pharmacologiques pour étudier comment inverser ces processus », a-t-elle expliqué.

À titre d’exemple, Eyal a souligné que la recherche en microgravité soutenue par la NASA sur la perte de densité osseuse, à l’aide de modèles animaux, avait contribué au développement sur Terre de cibles pharmacologiques contre l’ostéoporose.

La professeure a précisé que les scientifiques étudiaient la structure des protéines pour mieux concevoir les médicaments et thérapies associées. Elle a noté que les cristaux de protéines formés en microgravité étaient « plus uniformes et plus complets dans les conditions spatiales, car la gravité terrestre interfère davantage ».

Ces cristaux de meilleure qualité aident à améliorer la détermination de la structure et peuvent éclairer la compréhension des chercheurs sur le fonctionnement des protéines, ainsi que sur leur implication dans le développement des maladies.

Après une série d’expériences de cristallisation à bord de l’ISS, les chercheurs du fabricant de médicaments allemand Merck avaient pu produire des cristaux concentrés très uniformes et stables à partir d’un agent pharmaceutique actif dans un médicament immuno-oncologique, utilisés ultérieurement pour la recherche sur les médicaments terrestres.

Eyal a déclaré qu’elle souhaitait éveiller les étudiants universitaires à ce nouveau champ de possibles et les rendre « plus ouverts et créatifs ».

L’astronaute de la NASA Thomas Pesquet retire le matériel du Protein Crystallization Facility de l’incubateur de l’ISS pour les recherches de Merck, en 2019. (Avec l’aimable autorisation de la NASA)

Les étudiants du cours assisteront à une série de conférences sur l’espace et les conditions qui y règnent, après quoi ils devront concevoir et planifier leurs propres expériences de microgravité pour la recherche dans l’espace.

Les expériences exploreront un tout nouveau domaine, a déclaré Eyal, et « devront contribuer au progrès de l’humanité. Elles pourront mettre en œuvre des micro-organismes ou des créatures de la taille d’un insecte, à l’exclusion des mammifères ».

Elle a confié ne pas savoir à quoi s’attendre de la part des étudiants, mais « apprécie[r] résolument leur créativité et leur faculté à trouver des idées innovantes ».

« Je suis très enthousiaste à l’idée de cette formation », a partagé Eyal. « Le tout premier cours examinera les dangers dans l’espace tels que la poussière de lune et les radiations », après quoi sera évoquée l’histoire des vols spatiaux.

La formation ouvre « un tout nouveau domaine » pour l’étude de la biologie humaine, a conclu Eyal.

Nathan Jeffay a contribué à cet article.

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