Ben Gvir refuse l’alliance avec Smotrich ; le Likud l’accuse de « donner la victoire à Eisenkot »
Le parti de Netanyahu accuse le chef d'Otzma Yehudit de "gaspiller des voix" par ego, suite à son refus de voir Smotrich dimanche "pour sauver la droite"
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Ce vendredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a officiellement invité les chefs de l’extrême droite — le ministre des Finances Bezalel Smotrich et celui de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir — à se retrouver dimanche afin de négocier une liste commune en vue des élections du 27 octobre. Selon lui, cette alliance est indispensable pour « sauver la droite ».
Sa proposition a été catégoriquement rejetée par le chef d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, lequel a fait savoir que jamais il ne ferait alliance avec le parti HaTzionout HaDatit de Smotrich. Suite à quoi le Likud l’a accusé de gaspiller des milliers de voix de droite sur l’autel de son seul ego.
Dans sa déclaration, Benjamin Netanyahu a dit qu’il « invitait les deux hommes à une réunion ce dimanche ».
« Il ne faut gaspiller aucune voix ; il faut que les partis s’unissent pour sauver la droite ! », a martelé le Premier ministre.
Mais dans la foulée, Otzma Yehudit a fait savoir à Netanyahu que la décision prise par Ben Gvir d’éloigner son parti de celui de Smotrich était « définitive et irrévocable », et qu’elle « ne changerait sous aucun prétexte ».
« Par conséquent, il n’y aura aucun pourparler, ni réunion, ni discussion sur le sujet, directement ou indirectement », a tranché le parti ultra-nationaliste.
Otzma Yehudit a appelé Netanyahu à privilégier deux alternatives : soit une union de tous les petits partis de droite qui ne sont pas assurés d’obtenir le minimum électoral, soit l’attribution à Smotrich — dont le parti tourne autour des 3,25 % dans les sondages – le fameux minimum électoral – de l’une des places réservées par le Premier ministre sur la liste du Likud.
Le Likud a répondu par un communiqué cinglant, accusant Ben Gvir de risquer de perdre des dizaines de milliers de voix de droite et d’offrir ainsi le pouvoir à un gouvernement dirigé par le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, actuellement en tête des sondages.
« En décidant de gaspiller des dizaines de milliers de voix de droite et de refuser l’union avec Smotrich, Ben Gvir a choisi de donner la victoire à un gouvernement de gauche mené par Gadi Eisenkot, Avigdor Liberman, Yair Golan et les partis arabes », lit-on dans le communiqué.
En évoquant ce que pourrait accomplir l’actuelle coalition si Ben Gvir aidait Smotrich au sein d’une liste commune, le Likud a expliqué que le gouvernement en place pourrait ainsi maintenir son « élan historique dans le développement d’implantations en Judée-Samarie » (le nom biblique de la Cisjordanie).
Le texte a ensuite énuméré les prétendues réussites de la coalition, parmi lesquelles le fait d’avoir « sauvé Israël de la destruction nucléaire par l’Iran » et d’avoir éliminé plusieurs dirigeants terroristes au cours des guerres consécutives au pogrom du Hamas du 7 octobre 2023.
Le communiqué n’a pas parlé ouvertement du massacre du 7-octobre, le plus important de l’histoire moderne d’Israël, survenu alors que Benjamin Netanyahu était Premier ministre depuis près de 13 ans.
« Ben Gvir va-t-il, par pur calcul politique, gaspiller les voix de la droite et offrir la victoire à un gouvernement de gauche — exactement comme en 1992, lorsque nous avons hérité d’Oslo ? », a interrogé le communiqué en faisant allusion aux accords de paix historiques avec les Palestiniens auxquels Netanyahu et Ben Gvir s’étaient tous deux violemment opposés, Netanyahu en tant qu’homme politique et Ben Gvir en tant que militant extrémiste.
Répétant les avertissements déjà agités cette semaine par le Premier ministre, le Likud a redit que si le bloc anti-Netanyahu remportait le scrutin, il créerait un État palestinien, céderait aux pressions internationales, affaiblirait l’armée israélienne, fermerait la Quatorzième chaîne de télévision de droite et « détruirait tout ce que nous avons bâti ».
« Ils évacueront même ta maison, Itamar », a lancé le Likud en s’adressant directement à Ben Gvir et rappelant sa qualité de résident de Kiryat Arba, une implantation israélienne située près de la ville cisjordanienne d’Hébron.
« Ben Gvir, domine ton ego. Fais preuve de maturité et de responsabilité. Fusionne, pour le bien de la droite — pour le bien de la Terre d’Israël », a réclamé le Likud.
Le scrutin proportionnel en vigueur en Israël exige de chaque parti qu’il recueille au minimum 3,25 % des suffrages exprimés ; à défaut, ses voix ne sont pas prises en compte.
C’est la deuxième fois en l’espace de deux jours que Netanyahu invite Smotrich et Ben Gvir à unir leurs forces.
Ben Gvir avait pourtant déjà fait savoir, en juin dernier, que sa formation ultra-nationaliste Otzma Yehudit ne se présenterait pas aux prochaines élections sur une liste commune avec le parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit, dirigé par le ministre des Finances.
Interrogé sur cette éventualité par un journaliste avant la réunion hebdomadaire de son groupe parlementaire à la Knesset, Ben Gvir avait répondu : « Smotrich doit se présenter dans un parti et nous dans un autre. Sinon, il n’y aura aucune possibilité d’avoir un gouvernement de droite. »
Avant les élections de 2022, Ben Gvir et Smotrich avaient déjà eu du mal à s’entendre sur une liste commune, échangeant des invectives tout du long de négociations qui jamais ne débouchèrent. Il avait fallu que Netanyahu intervienne en personne pour négocier une alliance technique entre Otzma Yehudit et HaTzionout HaDatit. Ensemble, ils avaient remporté 14 sièges, avant de dissoudre leur alliance dès l’issue du scrutin.
L’inquiétude de Netanyahu est également nourrie par les sondages, lesquels indiquent que le nouveau parti « Ton peuple, Israël », de l’ex-général de Tsahal Ofer Winter, prendrait un grand nombre de voix au camp politique du Premier ministre, ce qui pourrait bien faire passer Smotrich sous le minimum électoral.
C’est ce mardi qu’Ofer Winter a créé « Ton Peuple, Israël » à Jérusalem, le présentant comme un nouveau parti de droite désireux de mener une politique de sécurité ferme tout en cherchant à rassembler la société israélienne. De son point de vue, les défaillances liées au pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 ont été le signe du besoin de renouveler le personnel politique.
Selon une enquête d’opinion menée auprès de 4 617 répondants par le sondeur Nimrod Nir, 69 % des personnes ayant l’intention de voter ou envisageant de voter pour « Ton peuple, Israël » appartiennent au camp pro-Netanyahu (18 % appartiennent au camp libéral) et l’essentiel des soutiens à Winter viennent du Likud, du parti HaTzionout HaDatit et d’Otzma Yehudit.
Un sondage de Zman Yisrael qui a été publié jeudi crédite Ofer Winter de six sièges et HaTzionout HaDatit d’un score inférieur au minimum électoral, ce qui donne au final 51 sièges au camp pro-Netanyahu (Winter compris), soit 10 de moins que la majorité requise à la Knesset.
Mardi, Netanyahu a lancé un appel vibrant contre le vote en faveur des nouveaux partis de droite apparus ces tout derniers mois. Il a, à plusieurs reprises, fait savoir que la prolifération de petits partis de droite risquait de faire perdre l’élection à son camp, soit en gaspillant des voix dans des partis incapables de réunir le minimum électoral, soit en permettant à un nouveau parti d’entrer au Parlement aux dépens d’une autre formation de droite déjà existante.
« Ceux qui ne réuniront pas le nombre minimal de suffrages gaspillent leurs voix. Et ceux qui réuniront le nombre minimal de suffrages feront tomber un parti déjà en place », a-t-il déclaré cette semaine, exhortant les nouvelles formations de droite à se retirer ou à s’unir à des partis déjà établis.
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