Près de Ryad, une oasis de luxe attire des Saoudiens fortunés en pleine pandémie
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Près de Ryad, une oasis de luxe attire des Saoudiens fortunés en pleine pandémie

Le coronavirus a entravé les ambitions de l'Arabie de devenir une nouvelle destination touristique et de divertissement, pour sortir le pays de son hyper-dépendance à l'or noir

Des visiteurs marchent sous des palmiers à l'"Oasis de Riyad", une retraite de luxe dans le désert de Thumamah, à la périphérie de la capitale saoudienne, le 1er février 2021. (Crédit : FAYEZ NURELDINE / AFP)
Des visiteurs marchent sous des palmiers à l'"Oasis de Riyad", une retraite de luxe dans le désert de Thumamah, à la périphérie de la capitale saoudienne, le 1er février 2021. (Crédit : FAYEZ NURELDINE / AFP)

Des Saoudiens fortunés se prélassent dans une oasis artificielle sur des dunes couleur saumon, dépensant sans compter en pleine pandémie, au moment où le royaume pétrolier cherche à booster son tourisme intérieur.

Le coronavirus a entravé les ambitions de l’Arabie saoudite de devenir une nouvelle destination touristique et de divertissement, pour sortir le pays, premier exportateur mondial de brut, de son hyper-dépendance à l’or noir.

L’organisation de festivals de musique, de compétitions sportives devant un public mixte et la réouverture des salles de cinéma, longtemps interdites, sont de grandes nouveautés qui ont secoué la société saoudienne ces dernières années.

« Riyadh Oasis », située près de la capitale, fait office de lieu de retraite haut de gamme dans le désert. Avec ses étangs bordés de palmiers, ses restaurants éphémères et ses tentes de luxe, elle attire les Saoudiens les plus fortunés, habitués à dépenser des milliards de dollars à l’étranger.

« De l’eau, des palmiers, du sable: l’oasis a tout », lance un guide saoudien aux visiteurs, entouré d’une armada de voiture de luxe Maserati ou Bentley.

Dévoilée à la mi-janvier pour une saison de trois mois, l’oasis à l’entrée coûteuse a provoqué un ressentiment parmi les moins fortunés, dans un pays faisant face à des mesures d’austérité, où tous sont loin d’être riches.

« L’oasis s’adresse aux Saoudiens très riches, ciblant ceux qui ne pouvaient pas se rendre aux Etats-Unis ou en Europe pour leurs escapades annuelles », affirme à l’AFP un banquier basé à Ryad.

Les pays du Golfe, et notamment l’Arabie saoudite, sont d’importants pourvoyeurs de riches touristes particulièrement dépensiers.

Selon le centre d’analyse Research and Markets, basé à Dublin, le marché annuel du tourisme provenant d’Arabie saoudite devrait atteindre plus de 43 milliards de dollars d’ici 2025.

Quelque 18,7 milliards de dollars ont été dépensés par les touristes saoudiens à l’étranger en 2019, selon un rapport de la banque centrale saoudienne.

Des visiteurs marchent le long d’un canal à l' »Oasis de Riyad », une retraite de luxe dans le désert de Thumamah, à la périphérie de la capitale saoudienne, le 1er février 2021. (Crédit : FAYEZ NURELDINE / AFP)

« Encourager les dépenses locales »

L’Arabie saoudite a prolongé l’interdiction des voyages à l’étranger pour ses citoyens jusqu’au 17 mai, en raison d’un retard dans l’arrivée des vaccins contre le coronavirus, selon le gouvernement.

Cette décision permet aussi de stimuler les dépenses dans l’économie locale. Les données officielles de ces derniers mois ont montré un pic du tourisme intérieur et des réservations d’hôtel.

Toutefois, une enquête menée ce mois-ci par la société de tourisme Almosafer estime que 80% des Saoudiens prévoient de se rendre à l’étranger dans les six mois suivant la levée des restrictions de voyage.

Le royaume construit pour des centaines de milliards de dollars un parc d’attractions à la Walt Disney, appelée Qiddiya, ainsi qu’un luxueux lieu de villégiature ressemblant aux Maldives le long de la mer Rouge.

« Ces développements devraient encourager davantage de dépenses locales », estime un rapport de 2019 du cabinet de conseil international McKinsey.

« Actuellement, plus de 50% des dépenses saoudiennes en matière de loisirs et de divertissement sont effectuées à l’extérieur du royaume, des catégories telles que le luxe approchant les 70 % », ajoute-t-il.

« Que pour les riches »

Dans l’oasis situé près de Ryad, il faut débourser quelque 13.000 riyals (près de 3 000 euros) pour une nuit dans une tente « glamps » (contraction des mots « glamour » et « camping »).

Une tente à l' »Oasis de Riyad », une retraite de luxe dans le désert de Thumamah, à la périphérie de la capitale saoudienne, le 1er février 2021. (Crédit : FAYEZ NURELDINE / AFP)

« Les ‘glamps’ me coûtent près d’un mois de salaire. Ils ciblent la crème de la crème, les 1 % les plus riches », explique à l’AFP un employé des médias saoudiens, qui a requis l’anonymat, dans un pays notoirement intolérant à la liberté d’expression.

Adel Al-Rajab, le directeur général de Seven Experience, une société à l’origine de l’oasis, a reconnu qu’elle ne « visait pas tout le monde ».

« Vous ne vous attendez pas à ce que les masses aillent dans des hôtels cinq ou six étoiles », dit-il à l’AFP.

« Cette approche ‘que pour les riches’ pourrait se retourner contre eux », déclare à l’AFP un responsable occidental basé dans le Golfe.

Le royaume « devra trouver un équilibre entre des prix élevés et une inclusion plus large des Saoudiens », estime-t-il.

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