Présidentielle en Iran : craintes face au nombre de candidats militaires
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Présidentielle en Iran : craintes face au nombre de candidats militaires

Les analystes et les experts expriment leur inquiétude après la fuite d'un enregistrement de Zarif dénonçant l'influence excessive de l'armée sur la politique du pays

L'ancien chef des Gardiens de la Révolution iranienne Mohsen Rezai participe à une manifestation contre les crimes américains dans la capitale Téhéran le 3 janvier 2020 après l'assassinat de Qassem Soleimani, un haut commandant des Gardiens de la Révolution, dans une frappe américaine sur son convoi à l'aéroport international de Baghdad. (Photo par  ATTA KENARE / AFP)
L'ancien chef des Gardiens de la Révolution iranienne Mohsen Rezai participe à une manifestation contre les crimes américains dans la capitale Téhéran le 3 janvier 2020 après l'assassinat de Qassem Soleimani, un haut commandant des Gardiens de la Révolution, dans une frappe américaine sur son convoi à l'aéroport international de Baghdad. (Photo par ATTA KENARE / AFP)

Le nombre important de candidats déclarés ou potentiels issus des rangs militaires à la présidentielle du 18 juin suscite des remous en Iran, sur fond de craintes d’une militarisation de la République islamique.

La participation « de candidats ayant des antécédents militaires n’est pas nouvelle », déclare à l’AFP Ahmad Zeidabadi, journaliste indépendant à Téhéran.

Ainsi, l’amiral Ali Chamkhani, secrétaire-général du Conseil suprême de la sécurité nationale, le général Mohsen Rézaï, ancien commandant-en-chef des Gardiens de la Révolution (puissante armée idéologique de la République islamique), le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf ou son prédécesseur Ali Larijani, tous deux passés par le Sépah (le corps des Gardiens, en persan) ont déjà tenté leur chance à la présidentielle.

Mais « aucun de ces candidats ne s’était présenté […] en étant membre d’une force militaire », dit à l’AFP Habib Torkachvand, journaliste à l’agence Fars, proche des ultra-conservateurs.

Or cette année, alors que s’ouvre mardi la période de dépôt des candidatures, non seulement on a « la plus longue liste [de postulants à une présidentielle] ayant un parcours militaire », comme l’a relevé l’agence officielle Irna, mais certains d’entre eux sont encore en situation d’active.

C’est le cas du général Saïd Mohammad : s’il a démissionné de son poste de commandement au sein du Sépah avant d’annoncer sa candidature, il reste conseiller du chef des Gardiens, le général Hossein Salami.

Idem pour l’amiral Rostam Ghassémi. Cet ancien ministre du Pétrole est actuellement adjoint pour les questions économiques auprès du chef de la Force Qods, unité d’élite des Gardiens.

Le ministre iranien de la Défense, Hossein Dehqan. (Crédit : capture d’écran YouTube/PressTV News Videos)

Outre ces deux officiers, le général Hossein Dehqan, ministre de la Défense dans le premier gouvernement du président sortant Hassan Rouhani (2013-2017) et actuel conseiller du Guide suprême Ali Khamenei, a été la première personnalité à annoncer sa candidature, fin 2020, avant Ezzatollah Zarghami, un ancien du Sépah passé par la tête de l’audiovisuel d’État, et tout récemment le général Rézaï.

Et MM. Chamkhani, Ghalibaf et Larijani font figure de candidats potentiels.

Tous les candidats devront être validés par le Conseil des Gardiens de la Constitution, chargé de dire qui peut se présenter au scrutin.

Mais le quotidien modéré Jomhouri-yé Eslami a déjà jugé que l’élection d' »un militaire à la tête du gouvernement » pourrait avoir des « conséquences négatives » pour le pays.

Ali Motahari, député iranien considéré comme modéré, au parlement, à Téhéran, en août 2016. (Crédit : Tasnim News Agency/CC BY 4.0/WikiCommons)

L’ex-député réformateur Ali Motahari, candidat ayant peu de chances d’être validé, a dressé un parallèle avec les « anciens » régimes militaires en « Turquie et au Pakistan », notant que ces pays « ont lutté avec beaucoup de difficultés pour se libérer de la domination militaire ».

Comme pour balayer ces critiques, le général Dehqan a récemment assuré qu' »en Iran, il n’y a aucune possibilité de militariser l’Etat ».

En son temps, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, père fondateur de la République islamique, avait appelé les militaires à ne pas « interférer dans la politique ».

Mais sous son successeur, l’ayatollah Khamenei, les Gardiens de la Révolution ont étendu leur emprise dans le champ économique et politique au point, selon des observateurs, de former un véritable Etat dans l’État.

« Initiative personnelle »

« La loi n’interdit pas la participation de militaires aux élections (…) mais l’interférence » militaire dans les élections, comme dans le cas où « une force armée [annoncerait] un candidat [ou] agirait d’une façon qui changerait le résultat des élections », a déclaré à l’AFP le porte-parole du Conseil des Gardiens de la Constitution, Abbas-Ali Kadkhodaï.

Les craintes de ceux qui redoutent une militarisation du système ont pu être renforcées après la fuite et la publication fin avril d’un enregistrement du ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, dans lequel celui-ci déplore le « règne » du champ militaire dans le pays.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, prend la parole lors d’une conférence à Téhéran, en Iran, le mardi 23 février 2021. (AP Photo / Vahid Salemi)

M. Zarif a dû s’excuser. Et après la publication de l’enregistrement, le général Rézaï a annoncé sa candidature en prenant des accents anti-Zarif.

Preuve sans doute que le débat est loin d’être clos, le général Salami, chef des Gardiens, a déclaré le 6 mai à la télévision que « si un Gardien ou un militaire se présente à une élection, c’est une initiative personnelle ».

Pour M. Zeidabadi, les critiques « s’inquiètent qu’une présidence militaire entraîne une concentration sans précédent du pouvoir ».

Mais selon M. Torkachvand, ces critiques ne sont qu’une attaque « à des fins électorales » pour tenter de déstabiliser la mouvance conservatrice. Victorieuse aux législatives de 2020, celle-ci part favorite à la présidentielle après la déception provoquée au sein de l’opinion publique par l’alliance des modérés et réformateurs soutenant M. Rouhani.

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