Presque un nouveau cas de COVID-19 sur quatre est enregistré chez les Haredim
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Presque un nouveau cas de COVID-19 sur quatre est enregistré chez les Haredim

Plus positif, le taux de vaccination chez les ultra-orthodoxes rattrape celui de la population générale tout en restant bas dans certains foyers du virus

Des milliers de juifs ultra-orthodoxes assistent à un cortège funèbre pour le chef de la yeshiva Brisk, le rabbin Meshulam Dovid Soloveitchik, à Jérusalem le 31 janvier 2021. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)
Des milliers de juifs ultra-orthodoxes assistent à un cortège funèbre pour le chef de la yeshiva Brisk, le rabbin Meshulam Dovid Soloveitchik, à Jérusalem le 31 janvier 2021. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Presque un quart des nouveaux cas de coronavirus concernent des membres de la communauté ultra-orthodoxe, ont révélé des chiffres du ministère de la Santé qui ont été diffusés lundi, soulignant la propagation désastreuse de la COVID-19 à travers les villes et les quartiers haredim.

Cette information survient dans un contexte de colère, dans le pays, face aux violations répétées des directives adoptées dans la lutte contre le coronavirus de la part de la communauté ultra-orthodoxe et alors que le variant britannique du virus, qui se répand particulièrement rapidement dans les environnements très peuplés, se déchaîne.

Les données du ministère de la Santé – elles se basent sur la moyenne des nouveaux cas qui ont été enregistrés la semaine dernière – ont montré que 23 % des personnes testées positives au coronavirus étaient originaires de secteurs largement haredim, alors que seulement 12 % des Israéliens appartiennent à la communauté ultra-orthodoxe.

Les données montrent également qu’environ 20 % des tests de dépistage parmi les jeunes habitants des zones haredim sont revenus positifs, alors que la moyenne nationale est de 9,8 % dans cette catégorie d’âge.

Les huit localités sans exception présentant le taux le plus élevé de cas de COVID-19 par tête sont majoritairement haredim ou comptent une population ultra-orthodoxe importante.

« Nous sommes très inquiets », commente Tehila Kalagy, professeure elle-même ultra-orthodoxe à l’université Ben-Gurion qui étudie la politique sanitaire au sein de sa communauté, au Times of Israel.

Les médecins avertissent que si la morbidité parmi les Haredim d’âge moyen a été basse jusqu’à aujourd’hui, le chiffre des infections, qui est renforcé par le variant britannique, implique que les choses pourraient rapidement changer.

Une équipe de bénévoles portant une combinaison de protection aide un patient atteint de la COVID-19 à faire sa prière dans l’unité de coronavirus de l’hôpital Shaare Zedek, à Jérusalem, le 27 janvier 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Maintenant, c’est réel », déclare le docteur Ian Miskin, qui dirige la réponse au coronavirus à la caisse d’assurance-santé de la Clalit dans le secteur de Jérusalem. « Tant qu’ils ne comprendront pas, qu’ils ne comprendront pas qu’ils doivent respecter les directives et aller se faire vacciner, il y aura des morts ».

Ces statistiques sont révélées dans un contexte de colère face au mépris affiché par certaines parties de la communauté haredi à l’égard des restrictions mises en place. Cette colère est encore montée d’un cran, dimanche, lorsque les autorités se sont trouvées dans l’incapacité d’interrompre deux importantes cérémonies de funérailles organisées par les ultra-orthodoxes qui ont réuni des milliers de personnes qui ont ouvertement contrevenu aux directives de confinement et ont totalement ignoré les règles de distanciation sociale.

Cela fait plus de quatre semaines que l’Etat juif se trouve en confinement et, malgré une campagne de vaccination sans précédent dans le monde, le nombre de nouvelles infections reste obstinément élevé. Il y a environ 6 500 nouveaux cas de coronavirus par jour dans le pays, selon les moyennes établies sur sept jours par le ministère de la Santé.

Des milliers d’hommes ultra-orthodoxes assistent aux funérailles de feu le rabbin Meshulam Dovid Soloveitchik à Jérusalem, le 31 janvier 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

De nombreux Israéliens ont déploré le manque d’intervention de la police face aux violations du coronavirus au sein de la communauté haredi, des citoyens assis seuls dans des parcs de Tel Aviv écopant d’une amende alors que les importants rassemblements ultra-orthodoxes continuent à se dérouler sans encombre, largement ignorés par les autorités.

La police patrouille à Tel Aviv, le 1er février 2021. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Dimanche, le ministre de la Défense Benny Gantz a critiqué le « faux confinement » du gouvernement et une « mise en vigueur inégalitaire » de ce dernier.

Certains membres de la communauté ultra-orthodoxe ont également dénoncé le manque d’esprit de responsabilité sur le sujet de la part des rabbins et des personnalités politiques.

Le chef des services de secours ZAKA, Yehuda Meshi-Zahav, qui a perdu ses deux parents et un frère ces dernières semaines des suites de la COVID-19, a confié au Times of Israel que les rabbins qui approuvaient les violations des règles avaient « du sang sur les mains ».

Responsables et experts soulignent s’inquiéter de ces violations répétées, ajoutant que les facteurs environnementaux jouent aussi un rôle important dans les taux élevés de contamination chez les Haredim – et que la situation n’a été qu’aggravée avec la propagation rapide du variant britannique.

Des milliers de juifs ultra-orthodoxes assistent à un cortège funèbre pour le chef de la yeshiva Brisk, le rabbin Meshulam Dovid Soloveitchik, à Jérusalem le 31 janvier 2021. (MENAHEM KAHANA / AFP)

« Il faut se souvenir que de nombreux membres de cette communauté vivent dans des conditions où ils sont les uns sur les autres », note Kalagy.

Mini Hadad, membre de l’équipe du ministère de la Santé qui a analysé les chiffres, remarque pour sa part que « le variant britannique plus contaminant se propage de manière disproportionnée parmi les Haredim, qui vivent dans de larges familles et souvent dans les logements surpeuplés ».

Réponse immunitaire

Les ultra-orthodoxes se ruent vers les centres de vaccination, bien plus que cela n’avait été anticipé – même s’ils restent peu nombreux à s’y rendre dans certaines villes où le virus est pourtant excessivement présent.

« Ils sont réticents à l’idée de se faire vacciner, plus que les autres. Alors qu’en fait, au vu des taux d’infection largement supérieurs au sein de la communauté haredi, nous aurions vraiment besoin d’une hausse du taux de vaccination dans cette catégorie de la population », déplore Miskin.

La localité actuellement en tête en termes de nouveaux cas positifs enregistre par ailleurs un taux de vaccination au plus bas – la moitié de la moyenne nationale concernant les personnes âgées : Seulement 41 % des habitants de 60 ans et plus de Tifrah, un moshav haredi, sont considérés comme immunisés ou en cours d’immunisation à l’issue d’une vaccination initiale. La moyenne nationale est, pour sa part, de 81 %.

Un centre de vaccination vide à Jérusalem, le 31 janvier 2021. (Crédit : Joshua Davidovich/Times of Israel)

Seulement 65% des résidents de Beitar Illit âgés de 60 ans et plus sont au moins partiellement immunisés et à Emmanuel, ce n’est le cas que de 44 % des habitants. A Bnei Brak, l’un des plus célèbres foyers de la pandémie dans le pays – la communauté se hisse actuellement à la 13e place dans le classement des nouvelles infections – ce taux est de 63 %.

Dans l’ensemble, toutefois, 72 % des personnes habitant des secteurs haredim et âgées de 60 ans et plus ont été vaccinées, soit seulement 8 % de moins que la moyenne nationale pour cette catégorie d’âge.

Le terme immunisation, dans ces statistiques, est utilisé par les responsables pour désigner les personnes qui ont reçu leur première dose depuis au moins deux semaines, ou celles qui ont guéri du coronavirus – et qui seraient dotées en conséquent d’une immunité (elles sont considérées comme inéligibles à la vaccination par les directives actuelles). Les officiels soulignent qu’il s’agit d’un outil statistique et qu’aucune immunité ne peut finalement être acquise avant qu’une semaine se soit passée après l’administration de la deuxième dose.

Un Haredi se fait vacciner contre la COVID-19 dans un centre de vaccination Clalit de Jérusalem, le 28 janvier 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les statistiques soulignent d’importantes variations au niveau régional, ce qui laisse suggérer que la culture locale – et plus précisément le soutien apporté par les rabbins à la vaccination – joue un rôle déterminant. Dans l’implantation haredi de Modiin Illit, environ 96 % du groupe d’âge des 60 ans et plus ont eu recours à la vaccination et à Kiryat Yearim, où la municipalité a vivement recommandé la vigilance face au virus, ce taux est de 84 %.

Hadad déclare que de plus en plus de rabbins font dorénavant la promotion de la vaccination et suppose que les faibles taux de vaccination, dans certains secteurs, pourraient aussi être dus à des personnes ayant attrapé le coronavirus et ayant guéri – elles ne peuvent donc pas prétendre se faire vacciner – et qui n’avaient jamais été enregistrées dans les statistiques officielles parce qu’elles avaient été dépistées dans le privé.

« Nous pensions que ce serait beaucoup, beaucoup plus dur de promouvoir les vaccins [auprès des Haredim] et que les taux seraient bien inférieurs », s’exclame Hadad. « Nous sommes très contents. Nous considérons vraiment que nous avons réussi. L’écart n’est pas important et il se réduira encore », ajoute-t-elle.

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