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Procès Netanyahu : témoignage de Nir Hefetz

L'ancien conseiller et confident de l'ex-Premier ministre a notamment évoqué les recommandations de Shaul Elovitch au chef de gouvernement de l'époque

L'ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, arrive pour une audience dans son procès pour corruption au tribunal de Jérusalem, le 16 novembre 2021. (Crédit :   JACK GUEZ / AFP)
L'ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, arrive pour une audience dans son procès pour corruption au tribunal de Jérusalem, le 16 novembre 2021. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Nir Hefetz, ancien conseiller et confident de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, a déclaré à la barre des témoins, lundi, qu’il avait transmis des informations de la part du propriétaire de Bezeq, Shaul Elovitch au chef de gouvernement de l’époque – notamment sur l’identité des personnalités que le magnat des télécommunications souhaitait voir au poste de ministre des Communications.

Il a ajouté qu’Elovitch était très inquiet de la désignation d’un nouveau ministre à ce portefeuille après le départ de Gilad Erdan, qui avait pris un nouveau poste.

Elovitch souhaitait avoir un droit de regard sur la personnalité susceptible de prendre la tête du ministère des Communications en raison de l’existence d’un accord de fusion potentiel entre son entreprise Bezeq et la firme satellite YES, une fusion qui devait ramener des millions de shekels à l’homme d’affaires.

Finalement, cela avait été Netanyahu qui était devenu ministre des Communications. Hefetz a néanmoins précisé qu’Elovitch avait présenté une liste de candidats potentiels qu’il trouvait intéressants – liste dans laquelle le Premier ministre de l’époque apparaissait comme étant son premier choix.

« Elovitch a donné une liste et il a déclaré que son choix numéro un, pour le ministère des Communications, était que ce soit Netanyahu qui en prenne la tête, avec Tzachi Hanegbi qui arrivait en deuxième choix et Yuval Steinitz en troisième. Il a aussi dit qu’il avait entendu parler d’Ofir Akunis mais qu’il ne savait pas si ce serait une bonne chose pour lui ou non », a indiqué Hefetz, se référant à des députés du Likud.

Hefetz témoigne actuellement dans l’Affaire 4000, dans laquelle Netanyahu est accusé d’avoir privilégié de manière illicite et lucrative les intérêts de l’actionnaire majoritaire de la firme de télécommunications Bezeq, Shaul Elovitch, en échange d’une couverture positive des actions du Premier ministre sur le site d’information Walla, propriété de Bezeq. Il est aussi mis en cause pour avoir abusé de son autorité lorsqu’il était à la fois Premier ministre et ministre des Communications, de 2014 à 2017. Il ne cesse de clamer son innocence.

Nir Hefetz à la cour de district de Jérusalem, le 22 novembre 2021. (Crédit : Oren Ben Hoken/Pool)

Hefetz a ajouté qu’il était totalement sûr que Netanyahu avait connaissance des conversations qu’il avait avec le propriétaire de Bezeq.

« Cent pour cent sûr, je me souviens d’avoir transmis les messages d’Elovitch, tels que je les percevais, à Netanyahu », a affirmé Hefetz. « Les discussions que j’avais avec Elovitch n’avaient pas lieu dans le dos de Netanyahu ».

Le témoin a aussi dit au tribunal que l’attitude adoptée par Netayahu à l’égard des médias était de « contacter le propriétaire » et d’aller droit au but.

Lors d’un moment déterminant, lundi, les procureurs ont fait savoir aux avocats de Netanyahu que Hefetz avait « établi clairement » qu’il n’avait pas été envoyé par Netanyahu pour discuter avec le directeur-général du ministère des Communications de l’époque, Shlomo Filber, au sujet des régulations qui concernaient Bezeq. Hefetz avait apparemment, dans le passé, déclaré aux enquêteurs que cela avait été le cas.

Shaul Elovitch arrive à la cour de district de Jérusalem pour une audience dans le procès Netanyahu, le 22 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu a fait aujourd’hui sa quatrième apparition seulement devant le tribunal depuis le début de son procès, il y a un an et demi.

Hefetz a commencé son témoignage en détaillant sa carrière et en expliquant comment il avait pris en charge à la fois les affaires relatives au parti du Likud, dirigé par Netanyahu, et les affaires privées de la famille Netanyahu.

« Netanyahu se préoccupait des questions liées aux médias presque de la même manière dont il s’inquiétait des dossiers sécuritaires », a dit Hefetz. « Netanyahu est plus qu’un maniaque du contrôle », a-t-il ajouté. « Quand on en vient aux médias, il veut tout savoir – tout, jusqu’aux moindres détails ».

« S’occuper de la famille Netanyahu faisait partie du contrat de travail », a continué Hefetz, selon la Treizième chaîne. « J’ai considéré cela comme une requête nécessaire parce que l’attention portée par les médias à la famille interférait de manière très importante avec la gestion du pays par le Premier ministre ».

Netanyahu et Hefetz ont semblé faire des efforts délibérés pour éviter de se regarder, ont noté les journalistes qui se trouvaient dans la salle.

Netanyahu était accompagné par trois députés du Likud, Amir Ohana, Galit Distel Atbaryan et Shlomo Karhi. Un petit groupe de partisans de l’ex-Premier ministre s’était rassemblé à l’extérieur du tribunal.

Hefetz témoigne dans l’Affaire 4000 – le dossier de corruption le plus grave impliquant le Premier ministre qui est mis en cause dans trois affaires distinctes. Netanyahu, qui est accusé de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance dans l’Affaire 4000, dit que toutes les accusations lancées à son encontre ont été fabriquées par la police et par le Parquet et il n’a cessé de clamer son innocence.

Hefetz devait passer à la barre des témoins dès la semaine dernière, mais son témoignage avait été reporté suite à une demande de la défense qui avait réclamé le temps nécessaire pour examiner de nouvelles révélations faites dans ce dossier.

Avant le début du témoignage, Netanyahu a refusé de répondre aux questions des journalistes concernant ces nouveaux éléments qui concerneraient de nouveaux cadeaux coûteux qui auraient été faits à la famille de l’ancien-Premier ministre, de manière illicite, par de riches bienfaiteurs, notamment au sujet d’un bracelet de diamants offert à Sara Netanyahu.

Un bracelet qui aurait été offert de manière illicite à Sara Netanyahu. (Crédit : Douzième chaîne)

Hefetz devrait évoquer la profonde implication de l’épouse et du fils du Premier ministre dans les médias quand Netanyahu était au pouvoir.

Hefetz s’est récemment entretenu avec les procureurs du Parquet pour préparer son témoignage et certains détails de cette rencontre ont fuité, la semaine dernière, auprès de la Treizième chaîne.

L’ex-conseiller du Premier ministre devrait témoigner de l’implication de Sara Netanyahu dans l’embauche de porte-paroles au sein du Bureau du Premier ministre, selon ces fuites.

Hefetz devrait souligner devant les juges « l’obsession » des médias nourrie par la famille Netanyahu, particulièrement à l’égard du site Walla. Il avait ainsi été expliqué à des porte-paroles qu’une partie de leur travail serait de « corriger les injustices historiques à l’encontre de Sara Netanyahu, des injustices résultant du rôle public assumé par son mari », a dit Hefetz aux procureurs.

L’épouse de l’ancien Premier ministre a souvent été décrite de manière peu flatteuse dans les médias pour son comportement violent à l’égard de ses employés.

Hefetz affirmera également que Netanyahu savait très bien que certains de ses aides, en particulier Jonathan Urich et Topaz Luk, étaient chargés de prendre en charge les questions relatives à la défense de Sara dans la sphère publique.

De droite à gauche, Ofer Golan, le manager de la campagne du Likud, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le conseiller numérique Topaz Luk et le porte-parole du Likud Jonatan Urich à la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 20 mars 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon le témoin de l’accusation, Netanyahu et son épouse ont été lourdement impliqués – et même à l’origine – de certains coups portés contre l’ancien concierge de la résidence du Premier ministre, Meni Naftali, qui avait préalablement accusé le couple de dépenses excessives et de mauvais usage des fonds publics.

L’ancien conseiller révélera aussi l’ampleur de l’implication de la famille Netanyahu lors du sauvetage de la Vingtième chaîne d’extrême-droite, qui avait manqué s’effondrer au cours de la dernière décennie.

Hefetz a expliqué que Yair, le fils de Netanyahu, avait lui-même tenté d’embaucher des journalistes pour la chaîne, transmettant une liste de noms où cette dernière devait faire son choix. Quand les candidats n’avaient pas été sélectionnés, Yair avait rencontré les responsables de la chaîne pour faire part de sa frustration, a noté Hefetz.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara devant leurs partisans pendant la nuit des élections israéliennes au siège du parti du Likud, à Tel Aviv, le 3 mars 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Il affirmera aussi que Yair et Sara Netanyahu ont été impliqués dans le choix d’Eran Tiefenbrunn à un poste de rédacteur-en-chef sur le site d’information Walla. Sara Netanyahu aurait conditionné son consentement à l’embauche de Tiefenbrunn à un accord conclu engageant ce dernier à écrire des articles défavorables au propriétaire du journal Yedioth Ahronoth, Noni Mozes — qui est lui-même sur le banc des accusés dans un autre dossier de corruption contre Netanyahu.

Pour sa part, la défense devrait diffuser des extraits de vidéos tournées pendant l’interrogatoire de Hefetz par la police, et elle affirmera que Hefetz a été contraint, de manière illégale, à devenir témoin de l’accusation, ce qui rend invalide son témoignage, a fait savoir dimanche la chaîne Kan.

En ce qui concerne les accusations d’actes répréhensibles de la part des enquêteurs pendant son emprisonnement et ses interrogatoires, Hefetz a déclaré aux procureurs qu’il prévoyait de porter plainte contre l’État.

Hefetz était devenu témoin de l’accusation après avoir été arrêté et interrogé pendant une période de plus de deux semaines, et il aurait fourni aux procureurs des informations déterminantes en tant qu’intermédiaire entre Netanyahu et Elovitch, de Bezeq.

Hefetz a fait des milliers d’enregistrements de conversations pendant toutes les années où il a travaillé avec la famille Netanyahu.

La semaine dernière, l’ancien conseiller a porté plainte après des menaces de mort proférées à son encontre, à l’extérieur du tribunal, par un partisan de l’ex-Premier ministre. L’homme en question a ainsi crié « Nir Hefetz doit mourir, Nir Hefetz ne doit pas vivre » dans un haut-parleur lors d’un rassemblement qui était organisé à l’extérieur de la cour de district de Jérusalem, où Hefetz devait témoigner dans ce dossier contre Netanyahu – qui était lui aussi présent, ce jour-là, dans la salle d’audience.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

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