Quand des soldats protègent les frontières virtuelles d’Israël
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Quand des soldats protègent les frontières virtuelles d’Israël

Les majors Yod et Aleph ont reçu le prix Technologique du chef de l’armée pour leur "travail remarquable" opéré au sein de la division de la défense informatique de Tsahal

Les généraux Yod (à droite ) et Aleph, de la division de cyber-défense du Tech Center du département de la Défense et des cyber-communications de l'armée israélienne. (Crédit : armée israélienne)
Les généraux Yod (à droite ) et Aleph, de la division de cyber-défense du Tech Center du département de la Défense et des cyber-communications de l'armée israélienne. (Crédit : armée israélienne)

Au cours d’une période de temps dont la durée ne peut être dévoilée pour des raisons de sécurité, une équipe de soldats israéliens, chargés de faire en sorte que les systèmes informatiques de l’armée soient préservés des piratages informatiques, a été envoyée à une frontière. Pourvus seulement de leurs ordinateurs et de leurs cerveaux, ils devaient s’assurer que le nouveau système qu’ils venaient de mettre en place était protégé des menaces informatiques.

« Nous craignions que le système ne fonctionnerait pas, ce qui a effectivement été le cas, a déclaré le major Aleph, âgé de 29 ans et dont le nom entier ne peut pas être révélé pour des raisons de sécurité. Tout le monde était en état d’alerte maximal, mais nous avons réussi à identifier le problème et sommes parvenus à le résoudre ».

Selon lui, le risque d’une faille sécuritaire était bien réel, tout aussi grave qu’une brèche dans une barrière de sécurité, mais ici il s’agit d’une brèche virtuelle, a-t-il déclaré.

Le major Aleph sert comme commandant au centre technique de la Division Commune de Défense Informatique (DCDI) de Tsahal au sein de la Division de Défense et de Communications virtuelles de l’armée – un organe opérationnel chargé de fournir à l’armée israélienne, et à tous ses systèmes, la défense nécessaire pour contrer les attaques informatiques.

La division empêche des attaques découvertes en temps réel, et gère les conséquences en cas de piratage réussi.

(Image illustrative d’un hacker ; supershabashnyi, iStock / Getty Images)

« Nos systèmes sont programmés d’une certaine manière, mais quand ils sont déployés sur le terrain, il y a toujours des retombées inattendues », a déclaré le major Yod, qui travaille aux côtés du major Aleph.

« Les conditions sur le terrain sont différentes de ce que vous imaginez quand vous programmez le système. Nous avons besoin de trouver rapidement des solutions qui soient capables de détecter les failles dans le système et d’y remédier de manière pertinente et efficace ».

Plus tôt ce mois, le major Aleph et son commandant le major Yod ont reçu le prix de la reconnaissance Technologique du chef de l’armée israélienne pour leur « travail remarquable » et pour avoir directement contribué à la fortification des systèmes de combat de Tsahal.

Le travail des deux commandants a conduit à des succès opérationnels sur le terrain et a permis de faire avancer la défense dans l’espace virtuel, précisait l’éloge.

Avec leur équipe de soldats, les majors Aleph et Yod sont spécialisés dans l’attaque des propres systèmes et réseaux de Tsahal afin d’éradiquer les failles et les faiblesses avant que l’ennemi ne les découvre – et pour aider à trouver des solutions aussi vite que possible.

« Nous sommes l’équipe rouge de Tsahal, a déclaré le major Aleph, qui opère dans l’unité depuis sept ans, et dix ans au sein de l’armée. Notre travail consiste à réparer les faiblesses. Nous travaillons avec tous les acteurs de Tsahal pour résoudre les problèmes les plus complexes. La sécurité informatique est un élément qui affecte le monde entier, et beaucoup de gens s’en occupent, mais pas très bien malheureusement. Pour être capable de gérer les piratages, des organisations et Tsahal doivent innover et se réinventer constamment. Et c’est ce que nous faisons ».

« L’équipe rouge » est une expression utilisée pour décrire un groupe indépendant de personnes chargé de mettre au défi le système avec des attaques virtuelles fictives, mais réalistes, afin d’améliorer sa sécurité et son efficacité pour déjouer de telles attaques.

« Nous devons toujours avoir un coup d’avance sur l’assaillant, a déclaré le major Yod, qui s’est engagé dans l’armée à l’âge de 18 ans en 2006, et qui a depuis gravi tous les échelons pour commander l’unité.

« Les défis auxquels nous sommes confrontés au quotidien sont beaucoup plus complexes que ce qui est publié dans la presse ou même que ce que nous voyons dans le monde civil, a expliqué le major Yod. Chaque nouvelle arme que nous utilisons doit être examinée pour nous assurer qu’elle ne nous fragilise pas ».

La Division de Défense de Communications Virtuelle de l’armée, à laquelle appartient l’unité DCDI, a été mise en place il y a trois ans. « C’est une unité qui évolue vite, elle ressemble beaucoup à une start-up, et traite une grande variété de défis en matière de défense informatique », a déclaré le major Yod.

Les entreprises civiles essaient constamment de les attirer avec des salaires mirobolants, ont déclaré les majors Aleph et Yod.

Alors qu’Israël est confronté à une pénurie de programmeurs et d’ingénieurs qualifiés pour répondre à la demande de son éco-système technologique florissant, l’armée israélienne a de plus en plus de mal à conserver ses meilleurs soldats car des multinationales comme Google, Apple, Deutsche Telecom ou Bosch, attirent les plus talentueux à travers des salaires élevés et de nombreux avantages.

La nation crée environ 1 000 nouvelles start-up par an, et environ
6 000 start-ups sont actives en Israël. Dans le même temps, 320 multinationales mettent en place des centres de recherche dans le pays, selon les données rassemblées par la Centrale nationale des Start-up, une organisation à but non lucratif qui suit de près l’évolution de l’industrie.

« Elles (les multinationales) ne se contentent pas de nous approcher nous, elles s’intéressent aussi à nos soldats, parce qu’ils sont les plus brillants esprits du pays, a déclaré le major Yod. Mais nous devons garder nos soldats, et nous y parvenons. Ainsi, si les salaires sont plus élevés dans le civil, le travail au sein de Tsahal est très stimulant, varié, et c’est aussi pour la défense de notre pays. Le but est clair : défendre notre nation. Et c’est la meilleure récompense que nous puissions obtenir ».

« J’aime mon unité, et ce que je fais, a déclaré le major Aleph. Le monde et nos défis changent constamment, et nous sommes toujours à la pointe des innovations. Notre travail est complexe et important, mais c’est aussi amusant de faire partie de cette unité, aussi bien au niveau technologique qu’en termes de valeurs morales que le job nous procure ».

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