Que sous-tend la référence du Vatican à la « Palestine » ?
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Analyse

Que sous-tend la référence du Vatican à la « Palestine » ?

Pour les experts, il faut distinguer les relations interreligieuses du conflit israélo-palestinien

Le pape François saluant président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas après la cérémonie de canonisation à la Cité du Vatican, le 17 mai 2015. (Franco Origlia / Getty Images / JTA)
Le pape François saluant président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas après la cérémonie de canonisation à la Cité du Vatican, le 17 mai 2015. (Franco Origlia / Getty Images / JTA)

WASHINGTON (JTA) – Devant l’inclinaison du Vatican vers la reconnaissance d’un Etat palestinien, il faut penser « Israël-Vatican » et non « juifs-catholiques », déclarent les responsables juifs engagés dans le dialogue avec l’Eglise.

L’annonce du 13 mai sur un accord concernant le fonctionnement de l’Eglise dans les zones sous contrôle palestinien a fait sourciller en raison de sa référence à « l’Etat de Palestine ».

Le bouleversement a été aggravé par une confusion quant à savoir si le pape François, lors d’une réunion ce week-end avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, a salué ce dernier comme un « ange de la paix » ou l’a encouragé à mériter ce beau qualificatif.

Mardi, un porte-parole du Vatican a déclaré qu’il était « très clair » que le pape « défend un engagement pour la paix ».

Mais l’équipe de Vatican est passée de l’appellation « Organisation de libération de la Palestine » – acceptée par Israël – à « Palestine », dans le contexte d’une Europe plus favorable aux aspirations de l’Etat palestinien, selon les responsables juifs.

Se référer à un Etat de Palestine est « inquiétant, mais non critique », a déclaré Abraham Foxman, le directeur national de l’Anti-Defamation League, dans une interview avec le JTA.

Abe Foxman de l'ADL. (Crédit : Autorisation Shilo Productions)
Abe Foxman de l’ADL. (Crédit : Autorisation Shilo Productions)

Les relations entre juifs et catholiques et la diplomatie entre Israël et le Vatican suivent « des trajets différents », a déclaré Foxman.

Des responsables israéliens, restés anonymes, affirment avoir été « déçus » par l’utilisation du terme « Etat de Palestine ».

« Cela ne favorise pas le processus de paix et éloigne les dirigeants palestiniens d’un retour à des négociations directes bilatérales. Israël étudiera l’accord et examinera sa prochaine action », a confié un responsable à l’AFP.

Plusieurs républicains du Congrès ont également exprimé leur « déception » devant les propos du pape, a rapporté Politico.

Marshall Breger, professeur à l’Université catholique de America’s School of Law, qui a mené un certain nombre de dialogues avec les juifs et les autres religions, affirme que l’utilisation du terme « Palestine » résulte d’une évolution dans la perception de la communauté internationale vis-à-vis de la question palestinienne.

« De facto, le Vatican a accepté la Palestine comme un Etat. Il ajoute simplement un pays aux 130 qui ont reconnu la Palestine. »

Il s’agit d’une question de diplomatie et ne viole pas les questions sensibles débattues entre juifs et catholiques, tandis qu’ils célèbrent le 50e anniversaire de Nostra Aetate, la déclaration qui absout les Juifs de la responsabilité de la mort de Jésus, précise Breger.

« C’est un événement mineur. Il ne devrait pas interférer dans les relations entre les deux communautés. »

Se basant sur Nostra Aetate, les responsables juifs et catholiques débattent depuis des années des références problématiques aux juifs dans la liturgie catholique et du rôle du Vatican durant la période nazie.

Morton Klein, le président de l’Organisation sioniste d’Amérique, a déclaré au Washington Post que la référence « ‘Palestine’ apaise les musulmans radicaux » et signale « l’inimitié historique des catholiques envers les juifs ».

Les organisations juives traitant avec le Vatican sont préoccupées par la déclaration, mais seulement parce qu’elle représente un nouveau succès dans les efforts déployés par les Palestiniens pour obtenir la reconnaissance d’un Etat en dehors du contexte des négociations avec Israël.

« Nous sommes pleinement conscients de la bonne volonté du pape et de son désir d’être une voix pour la coexistence pacifique, sera plus utile, nous le croyons, en encourageant une reprise des pourparlers de paix israélo-palestiniens, que par des gestes unilatéraux en dehors du cadre de la table de négociations », a déclaré David Harris, directeur de l’American Jewish Committee, dans un communiqué.

Lorsque le Vatican a entamé des pourparlers avec les Palestiniens en 2000, il faisait référence à l’autre partie comme à « l’OLP », mais il a progressivement employé le mot « Palestine ».

Dans sa visite en Israël et en Cisjordanie en 2014, le pape François a parlé de sa « présence aujourd’hui en Palestine », lors d’une halte à Bethléem, et des « bonnes relations entre le Saint-Siège et l’Etat de Palestine ».

Pour Daniel Mariaschin, directeur du B’nai B’rith International, cette reconnaissance de la Palestine soulève des préoccupations, mais doit être considérée dans le contexte d’une volonté accrue en Europe de reconnaître un Etat palestinien et non dans le cadre des relations entre juifs et catholiques.

Il l’a comparée aux reconnaissances non contraignantes des parlements français et britannique de la Palestine et à la décision de la Suède de reconnaître un Etat palestinien.

« C’est important, j’en conviens, mais cela ne doit pas être perçu en dehors de ce contexte plus large », a déclaré Mariaschin. « Cela élève les attentes des Palestiniens à des niveaux inédits et frustre les Israéliens qui affirment ne pouvoir obtenir d’accord équitable avec la communauté internationale. »

Les responsables de l’administration Obama maintiennent que la reconnaissance de la Palestine en dehors du contexte des pourparlers de paix est contre-productive.

Seymour Reich, ancien président de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, également impliqué dans le dialogue judéo-catholique, affirme que la reconnaissance de la Palestine devrait servir de « réveil » à Israël.

« Cela n’affecte nullement les relations [du Vatican] avec Israël », précise Reich.

La reconnaissance de la Palestine par le Vatican, fait-il valoir, est une autre manifestation de la distanciation de l’Europe avec les politiques bellicistes de Benjamin Netanyahu et l’expansion des implantations.

« Cela ne fait que mettre de pression sur le gouvernement israélien », conclut Reich.

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