Rassemblements à Beyrouth pour le 1er anniversaire de l’explosion au port
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Rassemblements à Beyrouth pour le 1er anniversaire de l’explosion au port

214 morts, plus de 6 500 blessés et des quartiers entiers détruits. Et toujours aucune amélioration de la vie en général au pays du Cèdre

Un manifestant marche avec une pancarte indiquant en anglais « mon gouvernement a tué mon peuple, a pris nos maisons et a réduit notre ville en poussière » dans le quartier de Gemmayze alors que les manifestants se dirigent vers le port de la capitale libanaise le 4 août 2021, à l'occasion du premier anniversaire de l'explosion qui a ravagé le port et la ville. (Crédit :  JOSEPH EID / AFP)
Un manifestant marche avec une pancarte indiquant en anglais « mon gouvernement a tué mon peuple, a pris nos maisons et a réduit notre ville en poussière » dans le quartier de Gemmayze alors que les manifestants se dirigent vers le port de la capitale libanaise le 4 août 2021, à l'occasion du premier anniversaire de l'explosion qui a ravagé le port et la ville. (Crédit : JOSEPH EID / AFP)

Dans la douleur et la colère, les Libanais ont commencé à affluer mercredi dans le centre de Beyrouth pour marquer le 1er anniversaire de l’explosion dévastatrice et meurtrière au port, et fustiger l’impunité de la classe politique dans cette tragédie.

En ouvrant une nouvelle conférence internationale d’aide aux Libanais, le président français Emmanuel est revenu à la charge contre les dirigeants libanais accusés de bloquer la formation d’un gouvernement et l’enquête sur le drame.

« Les dirigeants libanais semblent faire le pari du pourrissement (…). Je pense que c’est une faute historique et morale », a-t-il lancé à l’ouverture de la Conférence internationale de soutien à la population libanaise, qui réunissait les représentants d’une quarantaine d’Etats et d’organisations internationales en distanciel.

« La crise que vit le Liban n’est pas un coup du sort, ni une fatalité. Elle est le fruit de faillites individuelles et collectives et de dysfonctionnements injustifiables », a martelé Emmanuel Macron, depuis le Fort de Brégançon, résidence d’été des présidents français, dans le sud de la France, accusant la classe politique libanaise de faire passer « ses intérêts individuels et partisans avant les intérêts du peuple libanais ». « Tous les rendez-vous ont été manqués, aucun engagement n’a été tenu », a regretté Emmanuel Macron. « Le Liban mérite définitivement mieux que de vivre de la solidarité internationale », a-t-il ajouté.

En attendant, il a annoncé une aide d’urgence de « près de 100 millions d’euros » de la France sur les douze prochains mois – après 85 millions d’euros en 2020 – pour subvenir aux besoins immédiats de la population libanaise en matière alimentaire, d’éducation ou de santé. La France va également envoyer 500 000 doses de vaccins anti-Covid.

Le président français Emmanuel Macron discute avec la population lors de sa visite du quartier de Beyrouth de Gemmayzeh, qui a subi d’importants dégâts lors de l’explosion massive dans la capitale libanaise, le 6 août 2020. (Autorisation : AFP)

Dans la foulée, le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a annoncé des engagements à hauteur de 40 millions d’euros, y compris pour les réfugiés syriens, après déjà 24 millions l’an dernier. Et l’UE de 5,5 millions d’euros pour faire face à la pandémie de Covid-19.

Une aide de 280 millions d’euros avait déjà réunie lors des deux premières conférences internationales organisées par la France, ex-puissance mandataire, en 2020.

« Mais il n’y aura aucun chèque en blanc au bénéfice du système politique libanais », a averti le président français.

« Il n’y a pas de temps à perdre. Le soutien international en dépend », a renchéri Heiko Maas.

Le 4 août 2020, peu après 18H00 locales, la capitale libanaise bascule dans l’horreur : des centaines de tonnes de nitrate d’ammonium, stockées depuis des années dans un entrepôt délabré et « sans mesure de précaution » de l’aveu même du gouvernement, explosent.

Choc, stupeur, dévastation, douleur et colère. 214 morts, plus de 6 500 blessés et des quartiers entiers détruits.

La catastrophe de trop dans un pays englué dans la pire crise socio-économique de son histoire et dirigé par une classe politique qui le laisse couler.

Pour réclamer justice, les familles des victimes et des militants organisent marches, veillées aux chandelles et cérémonies religieuses, face au port ou près du Parlement, à proximité.

Une photo prise par un drone montre la scène d’une explosion dans le port maritime de Beyrouth, au Liban, le 5 août 2020. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla) 

Drapeau national à la main, des Libanais ont afflué par petits groupes vers le centre-ville ou près du port, l’armée et la police déployant des barrages pour fermer à la circulation les grandes avenues du secteur, selon un correspondant de l’AFP sur place.

Dans la caserne des pompiers dans le quartier Karantina près du port, des membres des familles des victimes étaient assis, certaines femmes tout de noir vêtues, brandissant des portraits de proches morts. D’autres tenaient des fleurs blanches à la main.

Dès lundi, des familles des victimes ont menacé de « briser les os » de quiconque s’opposerait à leur colère dans la rue.

Parmi ces victimes, des pompiers, des employés du port, des automobilistes ou des habitants se trouvant chez eux, quand les vitres ont volé en éclat et le mobilier a valsé.

Jeffry Chartouni, 32 ans, qui travaille aux silos à grain du port, a perdu sept collègues.

Il ne comprend pas comment, des années durant, ils n’ont jamais été avertis du danger. « J’aurais pu, avec un coup de fil, dire aux jeunes de fuir (…) Les responsables sécuritaires, les ministres, le gouvernement, les douanes, évidemment ils savaient. Ils doivent tous rendre des comptes. »

Malgré l’ampleur du drame qui a choqué le monde entier, l’enquête locale n’a présenté aucun résultat concret et aucun coupable n’a été jugé, même si des ex-ministres sont dans le viseur de la justice.

A LIRE : Les révélations de l’enquête du FBI sur l’explosion au port de Beyrouth

Et pour cause ? La classe dirigeante. Elle est accusée de tout faire pour torpiller l’enquête et éviter des inculpations, en arguant d’une prétendue immunité.

Même si, un an plus tard, des blessures ont cicatrisé, des quartiers ont été reconstruits, grâce à des ONG et des volontaires – l’Etat ayant rien ou si peu fait -, la nation reste traumatisée.

Une famille sur trois a des enfants montrant encore des signes de « détresse psychologique », selon l’Unicef. Chez les adultes, c’est une personne sur deux.

« Toutes nos blessures ont été ravivées », a confié Mirvat Bakkour, en pleurs, lors d’un rassemblement mardi soir dans le quartier de Gemmayzé près du port.

« Je me souviens de la frayeur ressentie au moment de l’explosion, la peur pour ma fille. »

En un an, l’enquête n’a pas déterminé officiellement les causes de la déflagration. L’explosion s’est produite après un incendie dans le hangar, qui selon des sources de sécurité a été provoqué par des travaux de soudure.

Pour Amnesty International, les autorités ont « entravé de façon éhontée la quête de vérité ».

Le pape François se dit heureux, dans une vidéo diffusée jeudi, « d’écrire une nouvelle page dans l’histoire des relations entre les religions » en allant du 3 au 5 février aux Emirats arabes unis. (Crédit : AFPTV)

Le pape François a dit prier pour le Liban. « Nombreux sont ceux qui ont perdu aussi l’illusion de vivre », selon lui.

Le pays attend toujours un nouveau gouvernement censé enclencher des réformes réclamées par la communauté internationale en échange d’aides tant nécessaires, après la démission de celui de Hassan Diab quelques jours après l’explosion.

Mais quasiment inchangée depuis la guerre civile (1975-1990), la classe politique est accusée de négligence, de corruption et d’être complètement déconnectée de la réalité.

Même la menace de sanctions européennes ne semble en mesure de la tirer de sa léthargie.

Entretemps le pays s’enfonce : aggravation de la pauvreté, chute libre de la monnaie locale, restrictions bancaires inédites, hyperinflation, carburant et médicaments introuvables. Même l’électricité est devenue un luxe.

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