Réaction de la petite-fille de Mireille Knoll
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Réaction de la petite-fille de Mireille Knoll

Noa Goldfarb, qui vit en Israël depuis 20 ans, a écrit que sa grand-mère paternelle avait été assassinée par un voisin musulman

Mireille Knoll, raflée du Vel d'Hiv', retrouvée brûlée chez elle le 23 mars 2018 à Paris (Crédit : autorisation)
Mireille Knoll, raflée du Vel d'Hiv', retrouvée brûlée chez elle le 23 mars 2018 à Paris (Crédit : autorisation)

« Il y a vingt ans, j’ai quitté Paris en sachant que ni mon avenir ni celui du peuple juif ne s’y trouvent », a écrit en hébreu Noa Goldfarb, qui vit à Herzliya, à 10 km de Tel Aviv, sur Facebook, dans un post qui a été partagé à près de 1 200 reprises.

« Mais qui aurait cru que je laissais mes proches là où le terrorisme et la cruauté mèneraient à une telle tragédie ? Grand-mère a été poignardée à mort 11 fois par un voisin musulman qu’elle connaissait bien, qui a veillé à mettre le feu à sa maison et ne nous a laissé aucun objet, une lettre, une photo, pour se souvenir d’elle. Tout ce que nous avons, ce sont nos larmes et les uns les autres. »

Le parquet de Paris a retenu lundi le caractère antisémite dans l’enquête sur le meurtre d’une octogénaire à Paris, qui suscite de nouveau une forte émotion de la communauté juive un an après celui de Sarah Halimi. Et sans doute au-delà de la communauté juive de France.

Trois jours après la mort de Mireille Knoll, 85 ans, dont le corps lardé de coups de couteau et en partie brûlé a été retrouvé dans son appartement incendié à Paris, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour « assassinat à raison de l’appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion et sur personne vulnérable », a indiqué une source judiciaire.

Un suspect est en garde à vue depuis samedi et un deuxième y a été placé dans la nuit dimanche. Les deux hommes doivent être présentés à un juge d’instruction en vue de leur éventuelle mise en examen, selon cette source. Le parquet a requis leur placement en détention provisoire.

Née en 1932 à Paris, Mireille Knoll avait échappé dix ans plus tard de justesse à la rafle des Juifs du Vel d’Hiv’ de juillet 1942 en s’enfuyant de Paris avec sa mère.

« Mireille Knoll, 85 ans, rescapée de la rafle du Vel d’Hiv, est morte vendredi à Paris, poignardée à onze reprises, avant que son appartement ne soit incendié. Toute la lumière doit être faite sur ce crime odieux », a twitté le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. En visite à Jérusalem, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a fait part de son « émotion ».

« S’attaquer à un juif, c’est s’attaquer à la France et aux valeurs qui constituent le fondement même de la Nation », a déclaré dans un communiqué le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb en dénonçant un « acte de barbarie ».

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, a, lui, dénoncé un « assassinat ignoble », espérant que « chacun ouvre enfin les yeux sur le nouvel antisémitisme qui se développe dans notre pays ».

Ce meurtre a suscité des réactions émues au sein de la communauté juive française, déjà mobilisée ces derniers mois après le meurtre de Sarah Halimi, une juive orthodoxe de 65 ans tuée à Paris par son voisin en avril 2017. La juge d’instruction en charge de cette enquête avait mis près d’un an à en retenir le caractère antisémite.

Marche blanche

Le corps de Mireille Knoll avait été retrouvé en partie carbonisé vendredi peu avant 19H00 dans son appartement du 11e arrondissement où elle vivait seule. Les policiers se sont rapidement orientés vers la piste criminelle, après la découverte de plusieurs départs de feu dans l’appartement, puis de traces de coups de couteau sur son corps.

Mme Knoll habitait au deuxième étage d’un immeuble qui en compte dix et qualifié par les voisins d' »habituellement très calme » et dépourvu de tensions notables, selon un journaliste de l’AFP.

A la police, un membre de la famille de Mireille Knoll a dit soupçonner un voisin qui avait l’habitude de venir la voir et était passé dans l’appartement dans la journée. C’est cet homme, né en 1989, qui a été placé samedi en garde à vue.

« Apparemment ma mère le connaissait très bien », a déclaré à l’AFP le fils de la victime. Selon une source policière, il était connu des services de police pour des affaires de viol et d’agression sexuelle.

Selon cette source, le second suspect, âgé de 21 ans et connu pour des faits de vols avec violences, se trouvait dans l’immeuble de Mme Knoll le jour du meurtre.

Le mobile reste pour l’heure inconnu. « Nous sommes vraiment tous sous le choc. Je ne comprends pas comment on peut tuer une femme qui n’a pas d’argent, et vit dans un HLM », a ajouté le fils de la victime.

Le président du Consistoire israélite, Joël Mergui, a salué auprès de l’AFP la « réactivité » des enquêteurs et du parquet après que le mobile antisémite a été retenu.

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Francis Kalifat, a exprimé sur Twitter son « soulagement » que ce motif antisémite ait été retenu, mais aussi sa « colère » et son « inquiétude face à une telle barbarie ».

Le Crif et plusieurs autres organisations ont appelé à participer à une « marche blanche » en hommage à la victime mercredi à 18H30 à Paris.

Cette affaire suscite une vive émotion au sein de la communauté juive française, déjà mobilisée ces derniers mois après le meurtre de Sarah Halimi, une juive orthodoxe de 65 ans tuée à Paris par son voisin en avril 2017. Après des mois de bras de fer judiciaire, le caractère antisémite de ce meurtre a finalement été retenu début mars par la juge d’instruction.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a salué lundi aux côtés du ministre des Affaires étrangères, actuellement en visite en Israël et dans les Territoires palestiniens, Jean-Yves Le Drian, la « position des gouvernements et présidents français successifs, dont Emmanuel Macron », face à l’antisémitisme. « Elle est courageuse, claire et juste », a-t-il dit.

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