Israël en guerre - Jour 236

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Réactions après les violents affrontements à Tel Aviv impliquant des Érythréens

Les députés de la coalition tiennent la Cour pour responsable, tandis que l'opposition accuse le gouvernement radical "Netanyahu-Ben Gvir" d'être à l'origine des violents heurts

Un lieu endommagé par des demandeurs d'asile érythréens lors d'une manifestation contre le régime, à Tel Aviv, le 2 septembre 2023. (Crédit : Police israélienne)
Un lieu endommagé par des demandeurs d'asile érythréens lors d'une manifestation contre le régime, à Tel Aviv, le 2 septembre 2023. (Crédit : Police israélienne)

Liran, propriétaire d’un commerce situé à proximité des longs affrontements qui ont eu lieu samedi à Tel Aviv, a décrit au site d’information Ynet la scène semblable à « une zone de guerre » qu’il a découvert en arrivant sur les lieux.

« Nos commerces, qui nous coûtent beaucoup d’argent, de sang et de sueur, pour lesquels nous nous battons tous les jours (…) regardez ce qui se passe. Il n’y a pas de gouvernance. Nous devons tout quitter et venir ici en plein Shabbat à cause des émeutes », s’est-il indigné.

« Cela fait deux ans que nous avertissons que le sud de Tel Aviv est attaqué. Des toxicomanes aux cambriolages, en passant par les vols », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il a informé la police de ces incidents, mais que rien n’a changé.

« Nous ne sommes pas en sécurité ici aujourd’hui. J’ai l’impression d’être en Amérique du Sud, d’avoir peur et de devoir regarder derrière moi. Aujourd’hui, c’était comme ça, la même chose. Il n’est pas possible que nous ayons servi dans l’armée, étudié, servi le pays, aimé le pays, payé des impôts et qu’au bout du compte, nos commerces soient ruinés ; c’est tout simplement du gâchis », a-t-il déploré.

Les députés du Likud Tally Gotliv, à droite, et Boaz Bismuth assistant à la cérémonie du 75e anniversaire du Jour de l’Indépendance, au mont Herzl, à Jérusalem, le 25 avril 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les membres de la coalition ont attribué la responsabilité des affrontements à Tel Aviv à la Haute Cour de justice, qui a autorisé les demandeurs d’asile érythréens à résider dans les quartiers sud de la ville, tandis que les partis d’opposition accusent le gouvernement actuel d’être à l’origine des violences.

« Les juges de la Haute Cour mettent en danger l’existence de l’État d’Israël en tant que foyer national du peuple juif », a écrit Boaz Bismuth (Likud) sur X – anciennement Twitter. « L’annulation des lois de la Knesset conçues pour empêcher les infiltrés d’entrer dans le pays a été faite contre la loi et avec l’extrême myopie des juges. »

« Aujourd’hui, nous avons eu un nouvel aperçu de la façon dont cela nous explose à la figure », a-t-il ajouté.

« Les juges de la Haute Cour qui ont permis aux Érythréens de vivre à Tel Aviv ont réalisé aujourd’hui qu’ils avaient eu tort, que le fait d’avoir permis aux Érythréens d’envahir le sud de Tel Aviv et de menacer les habitants était une erreur fatale », a écrit la députée Tally Gotliv (Likud).

Elle a exprimé son soutien aux officiers de police. « Je ne serais pas surprise si cela ne dérangeait aucun juge dans leurs zones où il n’y a pas d’Érythréens », a-t-elle ajouté.

Les législateurs faisaient apparemment référence à un certain nombre de décisions, notamment à un arrêt de la Haute Cour de 2014 qui a annulé la « loi sur les infiltrés » – utilisant un terme commun au gouvernement et à l’armée pour désigner les personnes qui entrent illégalement en Israël – déclarant que la pratique de l’époque consistant à détenir des migrants africains dans des installations du sud d’Israël pendant une période pouvant aller jusqu’à un an était illégale, et a ordonné à l’État de fermer le centre de détention contesté de Holot dans un délai de 90 jours.

Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, leader de Yesh Atid, a reproché au gouvernement de ne pas avoir tenu sa promesse de s’occuper du problème des migrants en Israël.

« Comme d’habitude, avec eux, la situation ne fait qu’empirer et le chaos s’installe », a-t-il écrit sur X. « Nous nous en étions occupés discrètement, sans grandes déclarations, conscients de la complexité de la question. »

La députée de l’opposition Naama Lazimi (Avoda) a reproché aux autorités de ne pas avoir tenu compte des avertissements des membres de la communauté érythréenne en amont de l’événement officiel au cours duquel ont eu lieu les violents affrontements.

« La politique de l’autruche nous a conduits à cette situation. Il est temps pour nous d’ouvrir les yeux et d’exiger que tous ceux qui diffusent des slogans et des mots explosifs ne commencent à travailler au service de la population ou ne démissionnent. »

Le député Vladimir Beliak (Yesh Atid) a affirmé que les politiques du Premier ministre Benjamin Netanyahu en matière de demandeurs d’asile échouent depuis 15 ans.

« Netanyahu a nommé comme ministre – en charge de la police – un criminel et un clown de TikTok [Itamar] Ben Gvir, qui a démembré le sommet de la [hiérarchie de la] police, notamment dans le district de Tel Aviv. Il y a une réponse claire à l’échec du traitement des infiltrés dans le sud de Tel Aviv et à l’anarchie qui fait rage dans la région : le gouvernement Netanyahu-Ben Gvir », a écrit Beliak.

Le chef du parti HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, lors d’une conférence, à Tel Aviv, le 20 août 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le chef du parti HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, a quant à lui qualifié de « manifestation illégitime » les violents affrontements qui ont eu lieu à Tel Aviv entre les demandeurs d’asile qui soutiennent le gouvernement érythréen et ceux qui s’y opposent.

« Ce qui s’est passé aujourd’hui dans les rues de Tel Aviv n’était pas une manifestation légitime, mais une violence grave », a écrit Gantz sur X.

« Les coupables doivent être traduits en justice, l’ordre doit être rétabli et des leçons doivent être tirées de l’incident et de l’ensemble des dommages causés à la gouvernance sous le gouvernement actuel. Tout cela, en plus de la nécessité de formuler une politique qui traitera le problème des demandeurs d’asile à long-terme », a-t-il ajouté.

Au moins 40 personnes sont toujours hospitalisées dimanche matin, dont 12 dans un état grave, pour des blessures subies lors des violents affrontements qui ont duré plusieurs heures dans le sud de Tel Aviv entre partisans et opposants du gouvernement érythréen samedi.

Une cinquantaine de personnes ont été arrêtées à la suite des émeutes de Tel Aviv, qui ont fait quelque 170 blessés, dont 50 policiers.

Alors qu’elle était consciente du risque d’affrontements devant l’ambassade d’Érythrée à Tel Aviv à l’occasion d’un événement officiel pour célébrer le 30e anniversaire de l’accession au pouvoir du dirigeant du pays, la police s’est dite « surprise » par l’intensité des affrontements. Des forces massives ont été dépêchées sur les lieux lorsque les autorités ont pris conscience de l’ampleur des troubles.

Des sources policières anonymes qui se sont entretenues avec Haaretz dimanche ont décrit le chaos qui régnait au centre de commandement avancé des forces de police au fur et à mesure que les émeutes se déroulaient.

« La main droite ne savait pas ce que faisait la main gauche », a déclaré un haut fonctionnaire au quotidien (en hébreu).

Une source a déclaré à Haaretz que le chef de la police israélienne, Kobi Shabtaï, est finalement arrivé et a pris le contrôle direct de la situation à la place du chef de la police du district de Tel Aviv, Peretz Amar, furieux du chaos qui régnait.

Le chef de la police israélienne, Kobi Shabtaï, à gauche, et le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, sur les lieux d’un attentat terroriste dans l’implantation de Maale Adumim en Cisjordanie, à l’extérieur de Jérusalem, le 1er août 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Amar, ancien chef du district sud, a récemment remplacé l’ancien commandant régional Amichaï Eshed.

Eshed, qui avait refusé les multiples demandes du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir d’une répression plus sévère des blocages de routes, a été écarté de son poste par ce dernier et par Shabtaï – Ben Gvir ayant été mécontent de l’approche apparemment « trop laxiste » d’Eshed à l’égard des manifestants opposés à la refonte judiciaire.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la réunion du cabinet, au Bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 25 juin 2023. (Crédit : Abir Sultan/Pool Photo via AP)

Le Bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré samedi soir que Netanyahu et une équipe de ministres étudieraient la possibilité d’expulser les migrants qui se sont comportés de manière violente.
« Le Premier ministre a décidé de convoquer une équipe ministérielle spéciale pour examiner la possibilité de prendre des mesures contre les infiltrés illégaux qui ont pris part aux troubles, notamment l’expulsion », a déclaré le Bureau du Premier ministre, utilisant un terme commun au gouvernement et à l’armée pour désigner les personnes qui entrent illégalement en Israël. Selon la déclaration, l’équipe a prévu de se réunir dimanche.

La droite israélienne rejette largement les demandes d’asile des migrants africains et qualifie régulièrement l’ensemble des migrants, quels que soient leurs motifs et les circonstances, « d’infiltrés illégaux ».

Le chaos a éclaté lors d’une manifestation contre un événement officiel du gouvernement érythréen, marquant le 30e anniversaire de l’accession au pouvoir de l’actuel dirigeant. Les opposants au régime, vêtus de bleu, sont arrivés sur les lieux pour manifester contre les partisans, qui portaient du rouge. Les rassemblements ont rapidement dégénéré en violences de rue qui ont duré plusieurs heures.

Des Érythréens des deux camps se sont affrontés à coups de planches de bois de construction, de barres de métal, de pierres et d’au moins une hache, dans un quartier du sud de Tel Aviv où vivent de nombreux demandeurs d’asile. Les manifestants ont brisé des vitrines et des voitures de police, et des traces de sang ont été observées sur les trottoirs.

Des policiers en tenue anti-émeute ont tiré des gaz lacrymogènes, des grenades incapacitantes et des balles réelles, tandis que des agents de la garde montée tentaient de maîtriser les manifestants, qui avaient franchi des barricades et jeté des pierres sur les forces de l’ordre.

La police a déclaré que les agents ont eu recours à des tirs réels dans certains cas lorsqu’ils ont estimé que leur vie était en danger.

Des demandeurs d’asile érythréens manifestant contre le régime, à Tel Aviv, le 2 septembre 2023 (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Si nous n’avions pas été là aujourd’hui et si nous n’étions pas intervenus entre les deux groupes de manifestants – les partisans et les opposants au régime – nous serions en train de compter les corps », a déclaré un haut responsable de la police à la Douzième chaîne samedi.

« Nous nous sommes protégés et avons essayé de [les] séparer et de [ramener le] calme [sur] le terrain. Certains policiers, craignant pour leur vie, ont été contraints de tirer à balles réelles. Ils ont tiré des grenades incapacitantes afin de disperser [la foule] « , a-t-il ajouté.

Le directeur de l’hôpital Ichilov de Tel Aviv, où de nombreux blessés ont été soignés, a déclaré samedi qu’il ne se souvenait pas d’un événement d’une telle ampleur pour l’hôpital.

Haïm Boublil, chef de la police du district de Yarkon, a déclaré que les autorités s’étaient coordonnées avec les deux parties avant l’événement, mais que les groupes n’avaient pas respecté les exigences fixées par la police.

« Les opposants au régime ont franchi les barricades, se sont battus avec la police, ont jeté des pierres et des grillages. Nous avons utilisé des méthodes de dispersion de foule. Nous avons été surpris par l’intensité de la violence », a déclaré Boublil.

« Il s’agissait d’une violation de toutes les normes que nous autorisons », a déclaré Boublil. « Cela a créé une situation dans laquelle nous avons dû utiliser des moyens importants, y compris des tirs réels de la part des officiers de police. »

Une voiture de police endommagée par des demandeurs d’asile érythréens lors d’une manifestation contre le régime, à Tel Aviv, le 2 septembre 2023 (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Des représentants de la communauté érythréenne en Israël ont déclaré qu’ils avaient averti la police une semaine auparavant des menaces de violence entourant l’événement organisé par l’ambassade d’Érythrée.

Les Érythréens constituent la majorité des plus de 30 000 demandeurs d’asile africains en Israël. La plupart des demandeurs d’asile sont arrivés en Israël par l’Égypte entre 2007 et 2012.

Ceux qui sont arrivés disent avoir fui le danger et les persécutions d’un pays connu comme la « Corée du Nord de l’Afrique », avec la conscription militaire forcée à vie dans des conditions proches de l’esclavage.

En Israël, les migrants et les demandeurs d’asile sont confrontés à un avenir incertain, l’État s’efforçant de leur rendre la vie difficile et de les expulser. Le statut juridique de la plupart des membres de la communauté érythréenne en Israël est celui « d’infiltrés »  car les demandes d’asile ne sont souvent pas vérifiées, sont rejetées d’emblée ou n’ont jamais été déposées par les migrants.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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