Reconnaissance d’un Etat palestinien : 7 groupes juifs US refusent de rencontrer Barrot
Les principaux groupes affirment que la décision annoncée par la présidence française "encourage les extrémistes et sape la crédibilité de la diplomatie française"

Vendredi, une coalition de sept importants groupes juifs américains a refusé de rencontrer le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot après l’annonce, la veille, par Paris, de sa décision de reconnaître l’État palestinien en septembre, accusant Paris de « déshonorer les victimes du 7 octobre ».
Dans une déclaration commune, l’Anti-Defamation League, l’American Jewish Committee, l’American Israeli Public Affairs Committee, le Bnai Brith International, la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, l’UJA-Federation of New York et le Congrès juif mondial ont fait part de leur « profonde inquiétude quant au fait que l’approche de la France ne compromette les perspectives d’un avenir négocié entre Israéliens et Palestiniens ».
Barrot a contacté l’un de ces groupes, la Conférence des présidents, afin d’organiser une réunion à New York pour discuter de la décision de reconnaissance. Mais la Conférence a refusé.
Les groupes ont exprimé leur déception d’avoir été « invités à discuter d’une politique qui semble déjà finalisée ».
Ils ont exhorté le président français Emmanuel Macron à reconsidérer cette décision, et ont félicité la Maison Blanche « pour son opposition claire et ferme à la proposition française ».
Jeudi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a fait savoir que les États-Unis « rejetaient fermement » ce projet. « Il s’agit d’une décision imprudente, qui ne sert que la propagande du Hamas et qui fait reculer le processus de paix. C’est une gifle pour les victimes du 7 octobre », a-t-il affirmé.
Le président américain Donald Trump a pour sa part déclaré que « ce que [Macron] dit n’a aucune importance ».
« C’est un très bon gars. Je l’aime bien, mais sa déclaration n’a aucun poids », a-t-il confié aux journalistes à la Maison Blanche.
« En prenant une telle décision unilatérale, la France non seulement encourage les extrémistes, mais met également en danger la sécurité du peuple juif à travers le monde, tout en réduisant au silence les voix modérées et en sapant la crédibilité de la diplomatie française dans la région », ont souligné les groupes juifs.
Et d’accuser Macron d’être revenu sur les « conditions spécifiques » qu’il avait lui-même fixées il y a trois mois pour reconnaître l’État palestinien, qui comprenaient notamment « la libération des otages toujours détenus à Gaza et la reddition du Hamas ».
« Aucune de ces conditions n’a été remplie, ce qui contredit les engagements pris précédemment par le président », ont ajouté les groupes juifs. « En renonçant à ces conditions, la France récompense le Hamas pour sa brutalité persistante. Elle envoie un message dangereux, qui légitime le terrorisme tout en déshonorant les victimes du 7 octobre 2023. »
Des critiques balayées par Barrot, qui a remis jeudi une lettre exposant l’annonce de Macron au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.
« Le Hamas a toujours rejeté la solution à deux États », a-t-il tweeté jeudi. « En reconnaissant l’État de Palestine, la France donne tort à ce mouvement terroriste. Elle soutient le camp de la paix contre celui de la guerre. »
En Israël, la décision de la France a provoqué la colère. Vendredi, le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a rapporté dans un tweet s’être entretenu avec son homologue canadienne et l’avoir avertie qu’Israël envisageait une réponse non encore précisée.
« Face aux mesures unilatérales adoptées par la France et d’autres pays, Israël n’aura pas d’autre choix que de prendre ses propres dispositions », a-t-il écrit. « L’initiative française nuit aux chances de parvenir à un accord sur les otages et à un cessez-le-feu. Elle ne favorisera pas la stabilité dans la région. »
William Daroff, PDG de la Conférence des présidents, a déclaré que la décision de refuser l’invitation de M. Barrot n’était pas permanente.
« Nous rencontrons régulièrement des dirigeants étrangers, même lorsque nous sommes en désaccord avec leurs politiques. Toutefois, dans le cas présent, le groupe d’organisations invitées a décidé à l’unanimité de ne pas se joindre à la réunion. Le fait de parler d’une seule voix souligne la gravité de notre refus », a-t-il fait savoir dans un communiqué. « Si, à l’avenir, nous recevons d’autres invitations, nous les évaluerons au cas par cas. »
La décision de Macron intervient alors que la crise humanitaire s’aggrave à Gaza. Les agences humanitaires mettent en garde contre une généralisation de la famine, et les efforts visant à mettre fin à la guerre déclenchée par l’attaque du Hamas en octobre 2023 et à libérer les otages toujours détenus par le groupe terroriste ont échoué.
Netanyahu et une grande partie de la droite israélienne s’opposent depuis longtemps à la création d’un État palestinien, au motif que cela constituerait une menace pour la sécurité et offrirait un refuge aux terroristes.
Depuis l’offensive du Hamas en 2023, Jérusalem a également expliqué que reconnaître un État palestinien aujourd’hui encouragerait davantage la violence, récompensant ainsi les actes brutaux au cours desquels les terroristes ont tué quelque 1 200 personnes et pris 251 otages, dont 50 sont aujourd’hui toujours détenus, et parmi lesquels au moins 28 ont perdu la vie.
Selon l’analyste politique franco-israélienne Myriam Shermer, « les Juifs français et les Franco-Israéliens se sentent abandonnés par Macron ».
« Ils ont le sentiment d’être punis par Macron, qui multiplie ses critiques à l’égard d’Israël alors que, selon eux, la France aurait dû soutenir Israël dans sa lutte contre le terrorisme islamiste », a-t-elle indiqué.
Les ministres israéliens ont vivement critiqué Macron. Plusieurs membres éminents de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont même appelé Jérusalem à annexer la Cisjordanie en représailles.
Netanyahu, dans son propre communiqué, a estimé que Macron reconnaissait « un État voisin de Tel Aviv au lendemain du massacre du 7 octobre ».
« Une telle décision est une récompense décernée au terrorisme, et risque de créer un nouveau proxy de l’Iran, tout comme Gaza l’est devenu. Un État palestinien, dans ces conditions, serait une véritable rampe de lancement pour anéantir Israël, et non pour une coexistence pacifique. »
« Soyons clairs : les Palestiniens ne cherchent pas à créer un État aux côtés d’Israël ; ils cherchent à créer un État à la place d’Israël », a martelé le Premier ministre.
Israël est désormais susceptible de prendre des mesures punitives à l’encontre de la France, comme il l’a fait envers d’autres pays ayant reconnu l’État palestinien. Pour certains ministres, la réaction la plus appropriée serait d’annexer le territoire sur lequel les Palestiniens espèrent voir s’établir leur futur État.
« Je remercie le président Macron de nous avoir fourni une raison supplémentaire de faire enfin régner la souveraineté israélienne sur les régions historiques de Judée et de Samarie, et d’abandonner définitivement le concept voué à l’échec de création d’un État terroriste palestinien au cœur de la Terre d’Israël », a écrit le ministre des Finances Bezalel Smotrich dans un tweet rédigé en anglais.







