Responsables palestiniens : Liberman ‘conspire’ pour renverser Abbas et semer le chaos
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Insensé, répond le porte-parole de Liberman

Responsables palestiniens : Liberman ‘conspire’ pour renverser Abbas et semer le chaos

Le ministre de la Défense israélien est accusé de chercher à discréditer et à renverser le leader de l’AP en s’associant avec son rival

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, prend la parole lors d'une conférence de presse à la Knesset, le 18 mai 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, prend la parole lors d'une conférence de presse à la Knesset, le 18 mai 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un grand nombre de responsables palestiniens ont accusé le ministre de la Défense Avigdor Liberman de semer la discorde au sein des Palestiniens en renforçant ses liens avec les adversaires de Mahmoud Abbas. Objectif présumé : Renverser le président de l’AP.

Les responsables répondaient à des déclarations faites par Liberman — qui a rejeté les accusations formulées à son encontre – dans une interview accordée au quotidien palestinien Al Quds et publiée lundi.

Dans l’entretien accordé à Al-Quds, qui représente la toute première tentative de la part du ministre de la Défense de s’adresser aux Palestiniens, Liberman avait accusé Abbas de corruption et d’effacement devant les décisions difficiles mais nécessaires à prendre pour arriver à la paix.

Mercredi, Adnan Damiri, porte-parole official des forces de sécurité de l’AP, a paru assigner à Liberman une partie des responsabilités concernant l’émergence d’affrontements anti-Abbas dans trois camps de réfugiés palestiniens, mardi.

Dans un article de Wafa, l’organe de presse officiel de l’AP, intitulé « Qui est responsable de la crise dans les camps ?”, Damiri aurait dit, selon des informations, que « Liberman gère une conspiration contre le peuple palestinien… et cherche à allumer le feu de la sédition dans les rues palestiniennes pour des raisons personnelles, ou à imposer certaines personnalités dans la société ».

Damiri n’a pas spécifié pour autant qui Liberman tenterait ainsi de promouvoir auprès des Palestiniens. Il devait toutefois probablement se référer à Mohammad Dahlane, adversaire politique acerbe d’Abbas au sein du Fatah, le parti au pouvoir, qui a été expulsé de Gaza en 2011 par Abbas et qui vit dorénavant aux Emirats Arabes Unis.

Mohammad Dahlane en 2006. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)
Mohammad Dahlane en 2006. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)

Les émeutes survenues dans le camp de réfugiés étaient liées au renvoi d’un politicien populaire du Fatah, après qu’il a appelé à l’unité dans le parti, ce qui signifierait la nécessaire réconciliation entre Abbas et Dahlane.

Depuis le mois d’août, Abbas a renvoyé cinq leaders de son parti en raison du soutien dont ils faisaient preuve à l’égard de Dahlane. Il a également démis récemment de ses fonctions le porte-parole du Fatah à Jérusalem, Rafat Alayan, pour les mêmes raisons.

Dans un article paru la semaine dernière, avant l’interview d’Al Quds, Mahmoud Jaraba, chercheur au Centre Erlangen pour l’Islam et le Droit en Europe, avait affirmé que les attaques contre Abbas de la part du ministre de la Défense ainsi que les rumeurs, en juin 2015, d’une rencontre secrète entre Dahlane et Liberman, « avaient aidé à faire naître la suspicion concernant la position d’Israël sur la lutte de pouvoir au sein du Fatah. »

Jaraba avait ajouté que certains Palestiniens pensaient que Liberman pouvait faire partie d’un plan déterminé par les pays arabes “pour ’faciliter’ le retour de Dahlane au Fatah. Abbas n’a cessé par ailleurs de s’opposer de manière virulente à ce plan.

Damiri n’a pas été le seul officiel de haut-rang à suggérer une alliance entre Liberman et Dahlane.

Mercredi, Wafa a publié les déclarations de huit hauts responsables de l’Organisation pour la Libération de la Palestine (OLP) dénonçant les récents propos tenus auprès du quotidien Al-Quds par Liberman.

L’OLP est dirigée par Abbas et est la plus grande organisation-cadre politique représentant les Palestiniens.

Les huit officiels ont tous déclaré que Liberman oeuvrait au discrédit d’Abbas avec pour objectif final de l’écarter du pouvoir.

Amin Maqbul, secrétaire-général du Conseil révolutionnaire du mouvement du Fatah, est allé encore plus loin en suggérant que Liberman prétendait lui-même au remplacement d’Abbas.

Maqbul a mis en garde contre les “tentatives visant à construire des relations avec des personnalités palestiniennes au-delà du front national et à créer une direction alternative” de Liberman.

Maqbul n’a pas mentionné Dahlan spéficifiquement par son nom.

Le porte-parole de Liberman, Tzahi Moshe, dans un message adressé au Times of Israel, a qualifié les allégations portées à l’encontre du ministre de la Défense “d’insensées, ne méritant même pas qu’on y réponde”.

Des leaders arabes, en particulier au sein du dénommé Quartet arabe constitué de la Jordanie, de l’Egypte, des EAU et de l’Arabie Saoudite, ont récemment fait pression sur Abbas pour qu’il règle le problème des différends au sein du Fatah et qu’il se réconcilie avec Dahlane.

Abbas, jusqu’à présent, n’a pas montré de volonté d’accueillir à nouveau Dahlan au sein du Fatah, se livrant même curieusement à une forte diatribe contre les “capitales [arabes]” au mois de septembre, affirmant que “personne ne nous dictera une quelconque position ou idée.”

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