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Retour sur la deuxième édition du Festival de Résilience des Juifs d’Allemagne

Se réapproprier la saison des fêtes de Tishri entachée par l'attentat de Halle et se sentir moins seuls dans le combat contre l'extrémisme : voici les objectifs de Rebecca Blady

  • Des participants au Festival de la résilience à Berlin construisent une sukkah. (Debi Simon pour Hillel Deutschland/ via JTA)
    Des participants au Festival de la résilience à Berlin construisent une sukkah. (Debi Simon pour Hillel Deutschland/ via JTA)
  • Des survivants de l'attaque de Halle partagent leurs expériences lors du Festival de la résilience. (Debi Simon pour Hillel Deutschland/ via JTA)
    Des survivants de l'attaque de Halle partagent leurs expériences lors du Festival de la résilience. (Debi Simon pour Hillel Deutschland/ via JTA)
  • Les participants du Festival de la résilience regardent une présentation. (Debi Simon pour Hillel Deutschland/ via JTA)
    Les participants du Festival de la résilience regardent une présentation. (Debi Simon pour Hillel Deutschland/ via JTA)
  • Des personnes déposent des fleurs devant la synagogue de Halle, en Allemagne, où un mémorial a été placé pour les victimes de la fusillade de mercredi. Le 11 octobre 2019. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
    Des personnes déposent des fleurs devant la synagogue de Halle, en Allemagne, où un mémorial a été placé pour les victimes de la fusillade de mercredi. Le 11 octobre 2019. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
  • La synagogue de Halle, en Allemagne, le 11 octobre 2019. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
    La synagogue de Halle, en Allemagne, le 11 octobre 2019. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)
  • Le charpentier Thomas Thiele, devant, enlève la porte criblée de balles d'une synagogue à Halle, en Allemagne, le 28 juillet 2020.
    Le charpentier Thomas Thiele, devant, enlève la porte criblée de balles d'une synagogue à Halle, en Allemagne, le 28 juillet 2020.

BERLIN (JTA) – L’année dernière, alors que la rabbin Rebecca Blady approchait de la date du premier anniversaire de l’attaque commise lors de Yom Kippour contre une synagogue à Halle, en Allemagne, elle savait qu’elle voulait le commémorer à sa façon.

Blady dirige Base Hillel Deutschland, une organisation pour les jeunes juifs de Berlin, et priait dans la synagogue de Halle le Yom Kippour de 2019 lorsqu’un tueur a tenté de défoncer la porte. Le tireur a ensuite tué deux personnes – Jana Lange, 40 ans, et Kevin S., 20 ans – à proximité, et purge aujourd’hui une peine de prison à vie.

Plutôt que de se contenter de la cérémonie de commémoration organisée par l’État, Blady a décidé de placer le judaïsme au centre de sa cérémonie de commémoration – et de construire des ponts avec d’autres communautés touchées par l’extrémisme. Avec d’autres organisations locales, Base Hillel a organisé un « Festival de la résilience », une série d’événements célébrant la façon dont sa communauté et d’autres ont su résisté face à la haine.

« Nous voulions qu’il s’agisse de notre communauté et pouvoir trouver un moyen de nous autonomiser dans un espace communautaire confortable », a déclaré Mme Blady. « Nous voulons créer des coalitions. Nous voulons partager des histoires. »

Le Festival de la résilience, qui en est à sa deuxième édition, ressemble davantage à une célébration de la vie juive qu’à une commémoration d’un événement sombre. Mme Blady l’a délibérément structuré autour de Souccot, la semaine de fête juive qui suit Yom Kippour et au cours de laquelle les Juifs mangent et passent traditionnellement du temps dans une souccah, ou cabane temporaire.

Cette année, le festival a débuté le 19 septembre avec un programme de construction de souccah, et a également inclus TischreiFest, une fête baptisée d’après le mois hébraïque de Tishri qui comporte les fêtes de la nouvelle année juive.

Illustration : Le rabbin Rebecca Blady, au centre, effectue la cérémonie de havdallah en 2017. (Courtoisie de Base BERLIN)

La pièce maîtresse du festival était la cérémonie de la résilience tenue le 23 septembre, au cours de laquelle des survivants de l’extrême-droite et leurs proches ont été invités à prendre la parole, notamment la survivante d’un incendie criminel meurtrier visant une famille turque en 1992 et la mère d’une victime de la fusillade anti-immigrés à Hanau le 19 février 2020, quelques mois après l’attentat de Halle.

Mais on aurait dit qu’on était plutôt avant un concert, avec la scène vide jouant une musique de fond calme tandis que les gens se pressaient, commandant une bière grâce au ticket donnant le droit à une boisson gratuite et prenant place à l’une des tables de pique-nique éparses. Une légère bruine est brièvement tombée, quelques gouttes seulement arrosant le toit de la souccah, qui était dressée près de la scène.

Blady a déclaré qu’une partie du but du festival est de se réapproprier la saison des fêtes de Tishri, que le tireur a entachée en 2019.

« Ce rassemblement, un peu comme le processus de 25 heures de prière et de jeûne que nous avons à Yom Kippour, consiste à transformer la mémoire en quelque chose dont on peut être témoin, quelque chose de tactile, de parfumé, de réel », a déclaré Blady lors de la cérémonie. « Nous voici deux ans après notre tragédie. Dans la souccah, nous nous tenons dans un symbole actualisé de notre protection avec des fruits et des plantes symboliques pour nous rappeler la bonté du monde. »

Des participants au Festival de la résilience à Berlin construisent une sukkah. (Debi Simon pour Hillel Deutschland/ via JTA)

Au-delà de la célébration de la vie juive, le festival est devenu un centre d’activisme pour transformer la douleur partagée entre les communautés en apprentissage et en action contre l’extrémisme de droite. Mischa Ushakov, ancien membre du conseil d’administration de l’Union des étudiants juifs d’Allemagne, un autre des organisateurs du festival, a qualifié le festival d’ « espace intersectionnel » qui « est devenu une institution dans le calendrier juif de Berlin ».

« [Blady] a envoyé un signe très fort de solidarité pour nos communautés en général », a déclaré Reuben Gerzikow, un autre ancien membre du conseil de l’Union des étudiants juifs. « Mais c’est aussi un signe que notre société ne se désolidarisera pas des attaques de l’extrême droite, que nous sommes solidaires en tant que victimes, en tant que groupes marginalisés. »

Lors du festival de l’année dernière, certains participants ont eu du mal à faire la fête, a déclaré Anastassia Pletoukhina, une autre survivante de la fusillade de Halle qui travaille pour l’Agence juive pour Israël et qui a également pris la parole lors de la cérémonie.

« L’année dernière a été très douloureuse et une guérison en même temps, car nous étions en plein procès contre l’auteur de la fusillade », a-t-elle déclaré. « Tout était à la surface, toutes les émotions, toutes les peurs, tous les traumatismes et les expériences réveillant le traumatisme au sein du groupe et des survivants de Halle. »

Les survivants de l’attentat de Halle partagent leurs expériences lors du Festival de la résilience. (Debi Simon pour Hillel Deutschland/ via JTA)

Cette année, dit-elle, c’est différent. Alors que le festival mêle naturellement la célébration et le deuil, Pletoukhina a déclaré que les survivants de l’attaque de Halle ont développé une camaraderie avec d’autres survivants victimes du racisme et de l’antisémitisme.

« Il était très douloureux d’entendre les histoires de mères qui ont perdu leurs enfants à cause de la terreur », a-t-elle déclaré. « En même temps, savoir que nous ne sommes pas seuls dans ce combat et que nous pouvons réellement faire quelque chose ensemble avait beaucoup de valeur pour moi. »

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