Risquant une pénurie de viande casher, la Hongrie accepte l’entrée de chohatim
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Risquant une pénurie de viande casher, la Hongrie accepte l’entrée de chohatim

Un million de poulets devraient être traités d'ici la fin de l'année et livrés en Europe, le gouvernement ayant autorisé l'entrée d'abatteurs israéliens et belges dépistés

Yaakov Schwartz est le rédacteur adjoint de la section Le monde juif du Times of Israël

Des chohatim, sacrificateurs pour la viande casher, arrivent en Hongrie, le 20 avril 2020. (Autorisation EMIH/ Nezer Hakashrut)
Des chohatim, sacrificateurs pour la viande casher, arrivent en Hongrie, le 20 avril 2020. (Autorisation EMIH/ Nezer Hakashrut)

Dans un contexte de craintes de pénurie de viande casher dans certaines régions d’Europe en raison de la pandémie de coronavirus, le gouvernement hongrois a accepté d’autoriser 12 sacrificateurs rituels à contourner la quarantaine de deux semaines normalement requise et à commencer immédiatement leur travail dans un abattoir casher du sud du pays.

La moitié des hommes sont arrivés de Belgique le 3 mai, tandis que les autres, venus d’Israël, opèrent sur place depuis le 20 avril. Ils ont tous été contrôlés et ont subi plusieurs dépistages avant leur départ de leur pays d’origine afin de s’assurer qu’ils n’étaient pas porteurs du coronavirus. Le processus a été coordonné par l’EMIH – Association juive hongroise orthodoxe, en collaboration avec l’entreprise alimentaire casher Nezer Hakashrut, qui procède à des abattages rituels dans des établissements partout en Europe.

Comme de nombreux pays de l’Union européenne ont fermé leurs frontières à la mi-mars pour empêcher la propagation du virus, la petite communauté religieuse hongroise craignait de manquer non seulement de viande casher, mais aussi d’aliments casher de toutes sortes – dont une grande partie est importée.

Mais comme toute la production de viande est en grande partie congelée, la diminution des réserves signifie que d’autres pays européens pourraient bientôt faire face à des pénuries de viande casher. En plus des défis auxquels sont confrontés tous les abattoirs en raison des réglementations renforcées pendant la pandémie, les abattoirs casher nécessitent un personnel formé et agréé.

Beaucoup, sinon la plupart, de ces abatteurs rituels vivent en Israël et se rendent chez les grands producteurs européens de viande casher pour des séjours d’une ou deux semaines.

Les sacrificateurs rituels casher d’Israël se préparent à partir pour la Hongrie, le 20 avril 2020. (Autorisation EMIH/ Nezer Hakashrut)

Juste avant la fermeture des frontières hongroises le 17 mars, Slomo Koves, rabbin exécutif de la communauté EMIH affiliée au mouvement hassidique Habad Loubavitch, s’est entretenu avec le vice-Premier ministre hongrois Zsolt Semjen, qui a ensuite abordé le sujet de la nourriture casher lors d’une réunion du gouvernement.

« Non seulement il nous a assuré que nous serions en mesure d’importer de la nourriture casher selon les besoins, mais il est allé encore plus loin pour aider la communauté juive », a déclaré Slomo Koves au Times of Israel. « Ils ont abordé ces questions aux plus hauts niveaux du gouvernement ».

Il existe quelques modestes moyens de production d’aliments casher en Hongrie, notamment des boulangeries, une petite laiterie et un abattoir de 4 000 mètres-carrés, l’un des plus grands d’Europe, selon M. Koves.

Alors que l’abattoir, construit par l’EMIH en 2017, était auparavant équipé pour traiter les oies, la fin des mariages et autres événements festifs en raison des restrictions liées aux virus a fait chuter la demande de viande haut de gamme, tandis que le besoin de produits de base plus simples comme le poulet a augmenté. L’installation a alors été convertie pour traiter d’autres volailles.

L’abattoir prévoit de produire un million de poulets casher d’ici la fin de l’année, dont 90 % de la viande sera exportée vers les plus grandes communautés juives d’Europe, dont la France, la Belgique, la Suisse, l’Italie, l’Autriche et le Royaume-Uni. La production de dindes et de canards devrait commencer la semaine prochaine.

De plus, comme de nombreuses communautés préfèrent avoir leurs propres représentants présents pour superviser le processus d’abattage rituel en fonction de leurs besoins spécifiques, un accord est en cours d’élaboration avec le ministère hongrois de l’Intérieur pour les autoriser dans le pays par rotation.

Illustration : Le vice-Premier ministre hongrois Zsolt Semjén et le grand rabbin de l’EMIH, Shlomo Koves, signent un accord le lundi 11 novembre 2019. (Autorisation)

« Nous allons abattre chaque semaine pour une communauté différente, donc par exemple, deux semaines pour la France, une semaine pour le Royaume-Uni, une semaine pour la Belgique, et ainsi de suite, et nous travaillons sur un accord pour être autorisés à leur donner une liste hebdomadaire des abatteurs qui viendraient la semaine suivante », explique M. Koves.

Shimon Cohen, directeur de campagne du groupe Shechita UK, basé à Londres, qui milite en faveur de l’abattage casher en Grande-Bretagne et dans l’UE, a qualifié la démarche du gouvernement hongrois de « très favorable ».

« Je ne crois pas qu’il y ait actuellement une pénurie, mais s’il n’y avait pas d’abattage casher, il y en aurait une, et je suppose donc que la communauté et les autorités hongroises sont conscientes de cela », indique M. Cohen.

Shimon Cohen, directeur de campagne du groupe de défense Shechita UK, basé à Londres. (Autorisation)

« Ces gens ont trouvé des solutions alternatives pour contourner le problème des restrictions de voyage », poursuit-il, et continuent de produire de la viande casher alors que le Covid-19 continue de paralyser le continent européen.

« Nous faisons plus d’abattage au Royaume-Uni maintenant qu’auparavant », souligne-t-il, ajoutant que les facteurs économiques précédant la pandémie, tels que le Brexit, ont également incité les producteurs à travailler plus localement.

Il a également noté le contraste entre l’interdiction de l’abattage rituel des juifs et des musulmans dans certains pays – notamment les restrictions de 2019 dans certaines régions de Belgique qui ont obligé les grands producteurs de viande casher à se délocaliser – et les mesures que le gouvernement hongrois va prendre pour faciliter l’accès à la viande casher.

Alors que la zone de libre-échange de l’UE signifie que la viande casher est tout aussi accessible aux Juifs belges aujourd’hui qu’auparavant, l’interdiction a été considérée par de nombreux habitants comme un signe que les Juifs ne sont pas les bienvenus.

Concernant le récent accord hongrois sur l’abattage casher, M. Koves se réjouit : « Outre les applications pratiques, il contient également un message symbolique fort ».

Dans une déclaration écrite, il a indiqué qu’“il ne fait aucun doute que si certains dans le monde choisissent d’attiser les flammes de l’antisémitisme, la Hongrie choisit d’être un modèle contre un tel sentiment”.

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