Rivlin à Duda: « de nombreux Polonais » ont aidé à tuer des Juifs pendant la Shoah
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Rivlin à Duda: « de nombreux Polonais » ont aidé à tuer des Juifs pendant la Shoah

Le président israélien faisait référence aux récents efforts du gouvernement polonais de minimiser la complicité des Polonais dans la violence anti-juive pendant et après la Shoah

Le président Reuven Rivlin et son homologue polonais Andrzej Duda en Pologne, le 27 janvier 2020 (Crédit : Amos Ben Gershon/GPO)
Le président Reuven Rivlin et son homologue polonais Andrzej Duda en Pologne, le 27 janvier 2020 (Crédit : Amos Ben Gershon/GPO)

Le président Reuven Rivlin a atterri lundi à Cracovie pour rencontrer son homologue polonais Andrzej Duda. Il a convié celui-ci à se rendre en Israël.

A l’occasion de la Journée internationale de commémoration de la Shoah, le président Reuven Rivlin a fait remarquer que si « le peuple polonais a combattu avec courage et force contre l’Allemagne nazie… de nombreux Polonais sont restés spectateurs et ont même participé au meurtre de Juifs ».

A son arrivée, Rivlin a déposé une gerbe de fleurs au mémorial rendant hommage à Witold Pilecki, un héros de la Seconde Guerre mondiale et de la lutte contre les nazis. Figure de la résistance polonaise, ce dernier s’était porté volontaire pour être emprisonné à Auschwitz afin de récolter des renseignements et s’est ensuite enfui du camp.

Durant la cérémonie d’hommage, le président a rencontré la fille du héros. Il a ensuite été reçu par Duda, avec qui il a eu un entretien à huis-clos. Celui-ci portait sur l’avancement des relations bilatérales.

Selon un communiqué du bureau du président, Rivlin a exprimé son chagrin de voir les liens entre les deux pays ternis par des ingérences politiques sur des éléments historiques. Il a souligné que ces questions devraient être confiées aux historiens et aux experts et que les chefs d’État devraient s’abstenir de les évoquer, afin de maintenir les liens entre les pays et les nations.

Le président a également remercié son homologue polonais pour son engagement dans la lutte contre l’antisémitisme, ses propos sur le souvenir de la Shoah et sa relation avec la communauté juive, selon le communiqué.

Rivlin a exprimé l’espoir que cette rencontre et l’évènement à Auschwitz permettront de reconstruire les ponts entre les deux peuples. Le président a également déclaré que les relations bilatérales en matière de tourisme et d’économie sont en plein essor et que les relations dans le secteur de l’enseignement et des sciences sont en développement.

Les deux présidents ont également parlé de la situation au Moyen-Orient, et Rivlin a souligné le besoin d’adopter une position claire et ferme à l’égard de l’agression iranienne. Il a également émis le vœu que la coopération régionale se renforce, tout comme la coopération sécuritaire, poursuit le communiqué.

Rivlin et Duda ont tenu une conférence de presse à l’issue de leur entretien.

« Il n’y a pas d’alternative à la Journée internationale de commémoration de la Shoah à Auschwitz », a déclaré le président israélien au début de la conférence de presse. « Il n’y a aucune alternative à cette cérémonie, qui fait la promesse ‘Plus jamais' ».

« Nous nous souvenons que la Pologne et le peuple polonais sont des victimes de la Seconde Guerre mondiale. Plus d’un million de Juifs ont été exterminés à Auschwitz, ainsi que des milliers de Tsiganes et de Sintés. Et nous nous souvenons des milliers de Polonais exterminés à Auchswitz. Nous nous souvenons que l’Allemagne nazie a initié, planifié et mis en œuvre le génocide du peuple juif en Pologne, entre autres, et qu’elle a assumé l’entière responsabilité de ses actions. Et nous nous souvenons également, douloureusement, qu’une aide importante est venue de toute l’Europe, ce qui exige aussi de prendre ses responsabilités. »

« Nous sanctifierons toujours l’œuvre des Justes parmi les nations, qui ont risqué leurs vies pour sauver des Juifs. Mais nous nous souviendrons aussi que ces nobles étaient trop peu nombreux, plus faibles que l’Allemagne nazie qui a fait de la Pologne le plus grand site d’extermination des Juifs. La Pologne, endroit où le peuple juif a prospéré pendant des siècles, est devenue son plus grand cimetière. Nous nous souvenons que pendant la guerre, le peuple polonais a combattu avec courage et force contre l’Allemagne nazie. Mais nous nous souvenons aussi que de nombreux Polonais sont restés spectateurs et ont même participé au meurtre de Juifs ».

Rivlin faisait référence aux récents efforts du gouvernement polonais de minimiser la complicité de certains Polonais dans la violence anti-juive pendant et après la Shoah tout en affirmant que la nation polonaise, comme le peuple juif, avait été victime du régime nazi.

« La superbe histoire des Juifs de Pologne, la réussite dont ont fait preuve les communautés juives tout au long de l’histoire, associés aux évènements terribles qui se sont produits ici, créent un lien incassable entre le peuple juif et l’État d’Israël d’une part, et la Pologne et le peuple polonais de l’autre. C’est un lien qui se tourne vers l’avenir et repose sur un engagement inébranlable envers la mémoire des faits du passé. C’est un lien qui doit sanctifier la pureté de l’histoire, laisser le travail de recherche historique aux historiens et aux experts d’Israël, de Pologne et d’autres pays qui font des recherches sur la Shoah, et laisser les dirigeants politiques prendre la responsabilité de façonner le présent et l’avenir », a poursuivi Rivlin.

Le président a appelé à une lutte sans compromis contre l’antisémitisme, en déclarant que « c’est le moment, aujourd’hui, de se pencher sur l’antisémitisme et le racisme qui relèvent à nouveau la tête et menacent de saper nos fondements démocratiques. Nous entendons aujourd’hui les voix de la haine sur Internet, dans la rue et dans la vie politique. Elle se manifeste dans toute l’Europe, dans le monde entier ».

Il a conclu ses remarques en exprimant l’espoir d’un avenir commun, en invitant le président polonais à se rendre à Jérusalem et en déclarant : « Nous tendons la main au peuple polonais aujourd’hui et lui demandons de travailler ensemble pour l’avenir de la prochaine génération, en respectant l’Histoire et en s’inspirant de la paix, de la justice, de la tolérance et du partenariat », a-t-il poursuivi.

« Monsieur le Président, je vous invite à vous rendre à Jérusalem pour des discussions qui renforceront nos relations et l’importante coopération entre nos pays, relations que nous construisons en bonne intelligence depuis 30 ans. Nos relations ont de multiples facettes, sont d’une importance vitale et contribuent aux deux parties. Que la mémoire de nos frères et sœurs, et la mémoire de toutes les victimes du nazisme, soient gravées dans le cœur de la nation ».

Le président polonais Duda a remercié le président Rivlin pour sa
présence : « Je remercie le président d’être venu en Pologne et de la réunion que nous avons tenue, au cours de laquelle nous avons discuté des relations entre la Pologne et Israël. Je vous remercie d’être venu à la cérémonie marquant les 75 ans de la libération du camp de la mort d’Auschwitz. C’est un moment important dans l’histoire du monde. Je suis particulièrement touché par le fait que près de 200 survivants d’Auschwitz soient venus ici, et le musée ici est une preuve de ce qui s’est passé ici et un avertissement pour le monde entier. Le peuple juif a subi la terrible Shoah, et la Journée internationale de commémoration de la Shoah nous permet de nous en souvenir. Merci encore, Monsieur le Président, d’être ici. C’est une preuve supplémentaire de notre opposition à toute forme d’antisémitisme et de racisme. »

Duda a évoqué son absence à la cérémonie de Yad Vashem et estimé que « la participation polonaise à la lutte épique contre les nazis a été ignorée », et qu’il ne pouvait donc pas y prendre part. « Je tiens à souligner que les Polonais se sont battus pour la liberté du monde entier et que de nombreux citoyens polonais sont tombés dans la bataille pour la liberté dans la guerre contre les nazis. Nos morts sont gravés dans les annales de l’histoire polonaise, nous nous souvenons d’eux, nous les honorons et nous attendons des autres qu’ils fassent de même ».

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