Rivlin : La realpolitik ne peut justifier les alliances avec l’extrême droite
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Rivlin : La realpolitik ne peut justifier les alliances avec l’extrême droite

Le président, à Yad Vashem, a accusé les dirigeants européens de droite et de gauche d'être imprégnés d'antisémitisme et a dénoncé les actes de violence aux États-Unis

Le président israélien Reuven Rivlin durant une cérémonie de Yom HaShoah à Yad Vashem, le 1er mai 2019. (Crédit : Noam Rivkin Fenton/Flash90)
Le président israélien Reuven Rivlin durant une cérémonie de Yom HaShoah à Yad Vashem, le 1er mai 2019. (Crédit : Noam Rivkin Fenton/Flash90)

Le président Reuven Rivlin a mis en garde mercredi le gouvernement contre la formation d’alliances avec des politiciens d’extrême droite en Europe, alors qu’Israël célébrait la 74e commémoration du meurtre de six millions de Juifs sur tout le continent lors de la Shoah.

S’exprimant lors de la cérémonie officielle à Yad Vashem marquant le Yom HaShoah, le Jour du souvenir de la Shoah, Rivlin a également tiré la sonnette d’alarme sur une flambée de violence dirigée contre les Juifs aux Etats-Unis et en Europe, quelques jours après que des hommes armés blancs et nationalistes ont tiré dans une synagogue de Californie et tué une fidèle de 60 ans, Lori Gilbert-Kaye.

Bien que l’Europe soit devenue un modèle de démocratie et de libéralisme dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, le continent voit réapparaître « les fantômes du passé », a déclaré M. Rivlin.

« Les idées de supériorité, de pureté nationale, de xénophobie, d’antisémitisme flagrant de gauche et de droite planent sur l’Europe », a-t-il déploré.

Il a critiqué la volonté diplomatique d’Israël de nouer des liens avec les gouvernements de droite en Europe, dont certains refusent de reconnaître les atrocités commises pendant la Shoah.

« Aucun intérêt et aucune considération pour la realpolitik ne peuvent justifier une alliance déshonorante avec des groupes ou des éléments racistes qui ne reconnaissent pas leur passé et leur responsabilité dans les crimes de la Shoah », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban visite le mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 20 juillet 2018. (AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

Rivlin n’a pas cité de personnalités politiques spécifiques en Europe, mais semblait vraisemblablement se référer au Premier ministre hongrois Viktor Orban et au parti au pouvoir en Pologne, Droit et justice. Tous deux ont été accusés de dénaturer le rôle de leur pays pendant la Shoah.

Sous la direction du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Israël a développé des liens étroits avec la Hongrie et la Pologne ainsi qu’avec d’autres États ayant des dirigeants nationalistes, une approche diplomatique qui lui a parfois valu des critiques sur des questions concernant la Shoah.

Netanyahu et ses partenaires ont soutenu que les alliances étaient importantes pour obtenir le soutien d’Israël dans les instances internationales.

Dans son propre discours suivant celui de Rivlin, le Premier ministre a mentionné une caricature antisémite parue dans le New York Times et a qualifié l’Iran de menace plus grande que les attaques croissantes contre les Juifs en Occident.

La caricature, qui a été publiée jeudi et pour laquelle le New York Times s’est depuis excusé, a été suivie quelques jours plus tard d’une fusillade mortelle dans une synagogue Habad près de San Diego par un homme armé nationaliste blanc. La juxtaposition a mis en évidence les querelles entre les communautés juives américaine et israélienne sur la question de savoir si la droite ou la gauche est à blâmer pour l’antisémitisme.

Des fleurs et des messages sont disposés en face de la synagogue Habad de Poway, le dimanche 28 avril 2019, à Poway, en Californie. Un homme a ouvert le feu samedi dans la synagogue près de San Diego, alors que les fidèles célébraient le dernier jour de la grande fête juive de Pessah. (AP Photo/Denis Poroy)

Un rapport publié cette semaine par l’Anti-Defamation League (ADL) fait état d’une recrudescence des attaques antisémites aux États-Unis, la grande majorité d’entre elles par des tenants de la suprématie blanche.

Rivlin a attribué la responsabilité aux deux camps dans son discours à Yad Vashem.

« De la droite et de l’extrême gauche, l’antisémitisme imprègne le cœur des dirigeants européens et nous constatons des niveaux records d’attaques antisémites en Grande-Bretagne et en France », a déclaré M. Rivlin.

« Nous n’avons plus besoin de convaincre qui que ce soit que les paroles perverses de l’extrême gauche anti-sioniste selon lesquelles le seul moyen pour Israël d’exister est de ne plus être un État juif est antisémite. De plus en plus de nos alliés dans le monde le voient et le comprennent », a-t-il affirmé.

« Il n’y a rien de tel qu’aimer Israël et haïr les Juifs, tout comme il n’y a rien de tel qu’aimer les Juifs et haïr Israël. Le jeu est terminé. Les masques sont tombés », a-t-il ajouté.

Bien que n’ayant pas peur pour la sécurité d’Israël ou du peuple juif, M. Rivlin a déclaré que le pays a le devoir de dénoncer l’antisémitisme sous toutes ses formes.

« Chaque pays et chaque société a le droit légitime et même le devoir de choisir sa politique et de protéger son identité », a-t-il souligné.

Le Président Reuven Rivlin, (à droite), avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban à la résidence du Président à Jérusalem, le 19 juillet 2018. (AP Photo/Ariel Schalit)

« L’antisémitisme sous toutes ses formes, le racisme et la xénophobie, sont en contradiction avec les valeurs, les principes et l’esprit sur lesquels l’État d’Israël a été fondé. Nous n’oublions pas et nous ne pardonnons pas », a-t-il dit, dans une apparente pique aux commentaires récents du président brésilien pro-israélien Jair Bolsonaro. « Notre passé doit être la base de nos valeurs, de nos actions et de nos alliances. C’est notre histoire et notre héritage. »

Yom HaShoah, le jour du souvenir de la Shoah, l’une des célébrations les plus solennelles d’Israël, a commencé mercredi au coucher du soleil et se poursuivra jusqu’à la tombée de la nuit jeudi.

M. Rivlin a annoncé qu’il accueillerait les dirigeants du monde entier au Mémorial Yad Vashem à Jérusalem en janvier prochain pour marquer le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz, en mettant l’accent sur la lutte contre l’antisémitisme, le racisme et la négation de la Shoah.

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