Rivlin peut-il trouver une solution magique à l’énigme de la coalition ?
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Analyse

Rivlin peut-il trouver une solution magique à l’énigme de la coalition ?

Le président a une vision du prochain gouvernement et prévoit de ne ménager aucun effort pour s'assurer qu'Israël ne soit pas entraîné dans de nouvelles élections

Shalom Yerushalmi

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Les membres de la Liste arabe unie rencontrent le Président Reuven Rivlin à la Résidence du Président à Jérusalem, le dimanche 22 septembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
Les membres de la Liste arabe unie rencontrent le Président Reuven Rivlin à la Résidence du Président à Jérusalem, le dimanche 22 septembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Cela fait 35 ans qu’un président israélien n’a pas été confronté au genre de crise politique à laquelle Reuven Rivlin fait aujourd’hui face à la suite des élections du 17 septembre, qui ont vu les partis Likud et Kakhol lavan pratiquement à égalité et avec eux, la droite et le centre-gauche.

La dernière fois que cela s’est produit, c’était en 1984, lorsque le Parti travailliste (alors appelé l’Alignement) dirigé par Shimon Peres remporta 44 sièges à la Knesset, et le Likud dirigé par Yitzhak Shamir, 41, obligeant les deux partis à former un gouvernement d’unité nationale avec rotation du Premier ministre.

Au cours des trois dernières décennies, le processus de consultation traditionnel du président avec les représentants des partis politiques avant la désignation d’un Premier ministre potentiel – généralement le chef du plus grand parti – a été largement cérémoniel, sans tracas et presque superflu.

Mais pas cette fois-ci.

Les consultations de dimanche avec les représentants des partis Kakhol lavan, Likud et Yisrael Beytenu ont illustré la gravité de l’impasse politique dans laquelle se trouve Israël – une impasse qui doit être résolue si nous voulons éviter une troisième élection générale en un an.

Comme prévu, Kakhol lavan, qui a obtenu 33 sièges, a recommandé que le chef du parti Benny Gantz soit chargé de former le prochain gouvernement. Le Likud, avec ses 31 sièges et le soutien garanti de tous les partis de droite, a recommandé que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ait la première chance de relever ce qui est clairement devenu une mission colossale. Pour sa part, le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, est resté déterminé à forcer un gouvernement d’unité nationale large et libéral, et n’a soutenu aucun d’eux.

Les membres du parti Kakhol lavan rencontrent le président Reuven Rivlin à la résidence du président à Jérusalem, le 15 avril 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Rivlin a d’abord rencontré les représentants de Kakhol lavan et exposé sa vision pour la prochaine coalition : un gouvernement d’unité comprenant au moins les deux principaux partis ; un gouvernement dans lequel les deux grands partis ont un nombre égal de ministres, et avec une rotation au poste de Premier ministre.

Il a également estimé que puisque Netanyahu, qui fait face à des accusations de corruption dans trois affaires distinctes, n’a pas encore été inculpé, rien ne l’empêche de tenter de former le prochain gouvernement.

Rivlin, comme il l’a dit, essaie de forcer les responsables politiques à former un gouvernement, plutôt que de les voir faire avaler une autre élection à la population.

Kakhol lavan veut former un gouvernement libéral d’unité nationale sans Netanyahu. Dirigeant la réunion avec Rivlin, le co-fondateur du parti, Moshe Yaalon, a abandonné la partie « coalition laïque » de son discours, bien qu’il s’agisse de la promesse électorale qui a permis au parti de séduire d’autres électeurs dans les derniers jours précédant les élections.

Cela revient à une sorte de fraude électorale et certainement à un stratagème politique bon marché. Le parti a détourné les électeurs d’Yisrael Beytenu avec de fausses promesses, pour ensuite revenir à l’ancienne formule qui pourrait ouvrir la voie aux partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah de finalement rejoindre le bloc de centre-gauche, en dépit du fait qu’ils ont soutenu Netanyahu.

Entre-temps, la Liste arabe unie, une alliance comprenant les partis arabes ou principalement arabes Balad, Raam-Taal et Hadash, a décidé de rompre avec la tradition et d’appuyer un candidat auprès du président, en la personne de Gantz.

Mais le parti, qui a remporté 13 sièges à la Knesset, a peut-être rendu un mauvais service à Gantz, surtout lorsque, quelques heures après l’annonce, les membres du parti Balad ont retiré leur soutien. En termes de nombre, cela signifie que seuls 10 des députés de la Liste arabe unie soutiennent Gantz.

Le chef du parti de la Liste arabe unie Ayman Odeh. (Yonatan Sindel/Flash90)

Rivlin a ensuite rencontré lundi des membres des partis Yahadout HaTorah et Yamina, qui ont soutenu Netanyahu, ainsi que le Parti travailliste-Gesher et le Camp démocratique, qui ont eux appuyé Gantz.

Après tout cela, les calculs donnent au bloc de Netanyahu une mince avance sur les recommandations obtenues par Gantz – à savoir 55 contre 54.

Compte tenu de l’incertitude politique prolongée, le mois prochain mettra également à l’épreuve tous les engagements pris par le cofondateur de Kakhol lavan, le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, qui, pendant la campagne, a déclaré à plusieurs reprises qu’une fois que le président chargera Kakhol lavan de former le gouvernement, « Tout le monde se joindra à nous ».

Les chiffres mis à part, si Rivlin décide de donner à Gantz la première chance de 28 jours pour former le gouvernement et qu’il échoue, le délai ne sera pas prolongé et Netanyahu aura sa propre chance de faire de même pendant quatre semaines.

Dans ce scénario, la pression de l’opinion publique et la possibilité très réelle de troisièmes élections sont susceptibles de jouer en faveur de Netanyahu.

Mais Gantz n’est pas complètement dépourvu d’avantages : la nouvelle Knesset prêtera serment le 3 octobre, et Kakhol lavan prendra le contrôle de la Commission des arrangements du Parlement – un panel formé spécifiquement après les élections pour surveiller le début de la législature parlementaire.

Il s’agit en fait de la pré-Commission des affaires parlementaires de la Knesset, l’organe directeur du Parlement, qui décide de la composition des différentes commissions et de la nomination de leur président, et qui traite également de la question de l’immunité des députés. Kakhol lavan pourra ainsi installer un de ses députés à la tête de la commission, en remplacement du député Likud, Miki Zohar. Il s’agit d’une prise de position en soi.

Néanmoins, la question de savoir si Kakhol lavan pourra ou non remplacer le président de la Knesset, Yuli Edelstein, par le député Meir Cohen de Yesh Atid – afin de démontrer qu’un nouvel ordre a commencé – dépend d’Avigdor Liberman.

Le président d’Yisrael Beytenu est un proche associé d’Edelstein, il est donc peu probable qu’il soit partie prenante d’une telle démarche, et il ne voudra pas non plus donner l’impression de coopérer avec un bloc de centre-gauche qui compte sur les partis arabes. Pour ces raisons, Edelstein peut probablement souffler, mais pas complètement.

Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, (à gauche), et le président de la Knesset, Yuli Edelstein, le 14 mars 2013. (Yonatan Sindel/Flash90)

Liberman, le futur faiseur de rois, semble faire osciller un pendule politique dont le mouvement de balancement est suivi par tous avec anxiété.

Entre-temps, tout le monde a perdu de vue le fait que ce dernier soit un nationaliste radical qui déteste les Arabes, qu’il a été la cible d’une enquête policière qui a duré dix ans et qui a abouti à une recommandation – jamais appliquée – de le poursuivre en justice et qu’il est le leader d’un parti imprégné de corruption.

A LIRE : Une ex-procureur déplore l’échec de l’inculpation de Liberman

Beaucoup d’amis et d’associés de Liberman ont purgé diverses peines de prison ou sont sur le point de le faire. C’est l’homme qui a déclenché les élections et qui tient maintenant le sort du prochain gouvernement entre ses mains.

Mais aucune bonne action ne reste impunie.

Liberman doit s’asseoir et regarder les partis arabes, avec lesquels il ne veut rien avoir à faire, qui se renforcent de façon exponentielle et jouent un rôle central dans la nature des futurs pourparlers de coalition. Sans parler de l’attention médiatique sans précédent dont ils font l’objet.

Pour l’ancien ministre de la Défense, qui a été le moteur de l’augmentation du seuil d’éligibilité de 2 % à 3,25 % pour maintenir les partis arabes hors de la Knesset, c’est une pilule amère à avaler.

Une fois les consultations terminées, le président a invité Netanyahu et Gantz à une réunion lundi soir pour tenter de faire avancer le processus de formation de la coalition. Tous deux ont confirmé leur présence.

Reuven Rivlin parviendra-t-il à forcer un gouvernement d’unité avec une rotation du Premier ministre dans une situation où l’un des candidats est confronté à une audience judiciaire et éventuellement à une mise en examen ?

Si c’est le cas, il aura véritablement agité la baguette magique politique qui a, jusqu’à présent, maintenu Netanyahu au pouvoir.

La version originale de cet article a été publiée en hébreu sur le site jumeau du Times of Israel, Zman Yisrael.

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