Ryad double l’aide humanitaire au Yémen à 540 millions USD
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Ryad double l’aide humanitaire au Yémen à 540 millions USD

Cette trêve de cinq jours n'est "pas suffisante eu égard aux besoins de la population," a déclaré Médecins sans frontières

Un combattant chiite Houthi se tient en dehors de la résidence privée du président yéménite Abedrabbo Mansour Hadi dans le quartier de Khor Maksar de la ville côtière du sud du Yémen d'Aden le 2 avril 2015 (AFP PHOTO / Saleh al-Obeidi)
Un combattant chiite Houthi se tient en dehors de la résidence privée du président yéménite Abedrabbo Mansour Hadi dans le quartier de Khor Maksar de la ville côtière du sud du Yémen d'Aden le 2 avril 2015 (AFP PHOTO / Saleh al-Obeidi)

Le roi Salmane d’Arabie saoudite a annoncé mercredi avoir doublé l’aide humanitaire au Yémen, à 540 millions de dollars, au premier jour de la trêve dans la campagne conduite par son pays contre les rebelles yéménites.

« Nous annonçons l’octroi d’un milliards de riyals (266 millions de dollars) aux opérations humanitaires » au Yémen, a déclaré le souverain saoudien cité par l’agence SPA, en précisant que cette enveloppe s’ajoutait aux 274 millions USD promis par Ryad à l’ONU pour financer son action au Yémen.

Le roi Salmane a fait cette annonce lors d’une cérémonie pendant laquelle il a lancé un centre de secours et d’action humanitaire portant son nom et par le biais duquel les Saoudiens veulent centraliser l’aide au Yémen, ravagé par la guerre et où la situation humanitaire a été qualifiée de « catastrophique ».

« Ce centre va accorder la plus haute attention aux besoins humanitaires du peuple yéménite frère », a-t-il dit.

Le 18 avril, l’Arabie saoudite a annoncé l’octroi à l’ONU d’une aide de 274 millions de dollars pour financer ses opérations humanitaires au Yémen, en réponse à un appel lancé par l’organisation internationale pour répondre aux besoins de 7,5 millions d’habitants touchés par le conflit.

La trêve humanitaire est entrée en vigueur mardi à 20H00 GMT à l’initiative de l’Arabie saoudite, qui a pris le 26 mars la tête d’une coalition arabe pour lancer des frappes contre les rebelles pro-iraniens qui menaçaient de prendre le contrôle de l’ensemble du Yémen, frontalier du royaume pétrolier.

Cette trêve semble tenir alors qu’aucune opération militaire d’envergure n’a été signalée mercredi.

L’aide humanitaire commence à arriver mercredi au Yémen à la faveur d’une trêve qui semble tenir après sept semaines de combats et de raids aériens de la coalition menée par l’Arabie saoudite contre les rebelles chiites.

Un navire affrété par le Programme alimentaire mondial (PAM) et chargé de carburant, qui a récemment accosté au port de Hodeida sur la mer Rouge, a entamé la distribution de sa cargaison aux différentes provinces du Yémen, a annoncé à l’AFP une source portuaire.

Un second navire affrété par le PAM a également commencé à décharger des vivres à Hodeida, selon la même source.

Dans l’espoir de remplir leur réservoir, des automobilistes se sont déjà précipités dans les stations service où ils faisaient la queue comme à Sanaa, a rapporté un correspondant de l’AFP.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a exhorté tous les belligérants à respecter la trêve et « permettre l’entrée et la livraison des secours essentiels à la population civile, y compris la nourriture, les médicaments et le carburant ».

La population, affectée par une crise humanitaire jugée « catastrophique » par l’ONU et des ONG, exprimait son soulagement.

« Sanaa a vécu une nuit calme après qu’ont cessé les déflagrations des missiles de la DCA et les bombardements qui faisaient peur à la population », a déclaré Tawfic Abdelwahab, un habitant de la capitale, contrôlée par les rebelles chiites.

La coalition a prévenu les rebelles qu’elle reprendrait ses raids aériens en cas de violation du cessez-le-feu et annoncé poursuivre ses opérations de « renseignement, de reconnaissance et de surveillance » au dessus du Yémen.

Une trêve prolongée ?

Mercredi à l’aube, des rebelles ont tiré des missiles anti-aériens à Sanaa alors que des avions de reconnaissance de la coalition ont brièvement survolé la ville, ont indiqué des témoins, ajoutant que le calme était ensuite revenu dans la capitale.

En milieu de matinée, les rebelles ont tiré trois obus de chars à Dhaleh dans ce qui semble être un acte isolé, ont rapporté des témoins.

« Nous espérons que cette trêve deviendra permanente. Nous avons finalement réussi à dormir tranquillement », a déclaré Mohamed al-Saadi, 25 ans, un habitant de Sanaa.

Des habitants et des combattants anti-rebelles ont fait état de brèves escarmouches dans les provinces de Dhaleh et de Chabwa ainsi qu’à Taëz (sud-ouest) et à Mareb, à l’est de Sanaa, peu après le début du cessez-le-feu.

Cette trêve de cinq jours vise à permettre la livraison de matériel de secours désespérément attendus par la population, bien que les organisations humanitaires ont averti qu’elles avaient besoin de plus de temps.

Médecins sans frontières (MSF) veut « profiter de la trêve qui semble effective » pour élargir ses interventions dans le pays, a déclaré mercredi à l’AFP sa représentante au Yémen, Marie-Elisabeth Ingres.

Mais cette trêve de cinq jours n’est « pas suffisante eu égard aux besoins de la population », a-t-elle ajouté, en indiquant qu’un avion affrété par MSF et transportant notamment du personnel médical était attendu mercredi et un deuxième suivra jeudi.

Alors que des dirigeants arabes du Golfe se trouvaient à Washington pour un sommet avec le président Barack Obama, focalisé sur l’Iran, Téhéran a sévèrement mis en garde les Etats-Unis si un bateau iranien d’aide humanitaire était empêché d’atteindre le Yémen.

Un haut gradé à Téhéran, le général Masoud Jazayeri, a laissé entendre que l’Iran avait bien l’intention de délivrer l’aide dans un port yéménite, et non via la plateforme mise en place par l’ONU à Djibouti, comme le lui a demandé Washington.

Depuis le lancement de l’opération aérienne de la coalition, 828 civils ont été tués selon l’ONU.

Le conflit a en outre aggravé la situation humanitaire dans ce pays, où 12 millions de personnes sont en insécurité alimentaire.

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