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« Salam, Shalom, Salut » : La jeunesse nuancée prend la parole en France

Ce groupe de jeunes, rassemblé par l'association SOS Racisme, au sein de "Salam, Shalom, Salut", a entrepris un voyage à travers l'Hexagone, qui a débuté à Marseille

Le logo de "Salam, Shalom, Salut." (Capture d'écran/Facebook)
Le logo de "Salam, Shalom, Salut." (Capture d'écran/Facebook)

Ils ont une vingtaine d’années, sont Juifs, musulmans, parfois les deux mélangés, Marseillais ou Parisiens, de milieu social différent et ils veulent raconter le visage de « leur France » aux identités multiples qu’ils ne retrouvent pas dans le débat public.

Ce groupe de jeunes, rassemblé par l’association SOS Racisme, au sein de « Salam, Shalom, Salut », a entrepris un voyage à travers la France, qui a débuté à Marseille. Leur but ? Tendre le micro pendant la campagne présidentielle à une jeunesse « privée de parole », loin des stéréotypes et préjugés.

Ce mercredi soir à L’Oeuvre, l’un des derniers théâtres à l’italienne de Marseille situé dans un quartier populaire du centre-ville, ils sont près d’une centaine à avoir répondu à l’appel.

Sur scène, Kyra Ghedhab, longue chevelure blonde, présente au public le projet voué à « lutter contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations ».

« L’objectif est de travailler sur ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise », résume-t-elle face au jeune public assis sur les fauteuils rouges du théâtre, fondé par un immigré italien ayant fui dans les années 1920 son pays et le fascisme.

Les organisateurs de cette troisième édition le reconnaissent, l’élection présidentielle prévue en 2022 a donné une dimension particulière à leurs discussions, au terme desquelles plusieurs propositions seront formulées, du financement de séjours linguistiques et culturels, à l’obligation des CV anonymes, ou encore d’une aide aux transports pour les quartiers enclavés.

« Chaque jeune peut reprendre le pouvoir, occuper l’espace public et médiatique », les exhorte Kyra. « L’actualité médiatique ne nous représente pas », insiste la jeune Parisienne.

À ses côtés, Saphia Aït Ouarabi, étudiante, rappelle aux participants qu’un « certain Z s’est pavané dans Marseille« , a « déformé la réalité » et « craché » sur cette ville portuaire, construite par des vagues d’immigration successives et où vivent des communautés juives et musulmanes parmi les plus importantes de France.

LANCEMENT DE SALAM SHALOM SALUT À MARSEILLE ????Le Tour de France a débuté hier à Marseille. Alors qu’Eric Zemmour vient…

Posted by SOS Racisme on Thursday, December 2, 2021

« Cette campagne, c’est aussi un discours sur le long terme », met en garde la militante antiraciste, née d’une mère juive marocaine et d’un père musulman algérien, à propos du candidat Eric Zemmour, condamné à deux reprises pour provocations à la haine raciale puis religieuse.

« Ces personnes imposent leur discours dans les médias, il faut se réapproprier la parole », insiste la jeune femme, qui regrette que l’extrême droite oppose les communautés : « C’est comme si je voyais mes familles s’affronter. »

« On n’est pas que nos origines »

Tour à tour, chacun apporte la preuve d’une réalité complexe et nuancée.

« On n’est pas que nos origines, notre couleur de peau, là où on habite », souligne Sonia Bachelier, 17 ans, qui vit en Seine-Saint-Denis et a réussi avec difficulté à être scolarisée à Paris, passant « la frontière invisible du périphérique ».

« On a une identité mais on peut aller au-delà, on n’est pas figé », explique Florian Ribar, « Français de père tchadien », choqué par les propos anti-musulmans prononcés par son père qu’il a décidé « de ne pas laisser passer ».

Comme lui, Romain Montbeyre-Soussand qui a grandi entre des parents juifs, l’un Ashkénaze et l’autre Séfarade, ne pouvait pas accepter d’entendre, notamment au lycée, des « discours de haine contre les musulmans ». « La plupart de mes amis étaient de cette confession et je n’ai jamais senti aussi peu d’antisémitisme qu’au sein de leurs familles », témoigne-t-il.

À l’inverse, sa voisine sur scène Lucie Dedola déplore qu’il y ait « beaucoup de racisme » de chaque côté de sa famille, avec des branches d’origine italienne et camerounaise : « Lorsque je vais en Italie ils ont plein de préjugés sur les Noirs et quand je vais au Cameroun ils ont plein de préjugés sur les Blancs. »

Un jeune d’une cité marseillaise s’étonne lui, que dans le métro il n’ait pas été contrôlé alors qu’il portait un couteau et voyageait sans titre de transport, quand « le renoi » (noir) derrière lui, en revanche l’a été.

Une des idées avancées est d’instaurer un récépissé lors des contrôles d’identité pour éviter d’éventuelles procédures au faciès.

Le débat est ouvert. Les jeunes saisissent cette opportunité de parler, trop contents de raconter leur réalité. Prochaines étapes : Montpellier, Dijon et une vingtaine de villes en France.

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