Sayeeda Warsi dénonce la « faille » qui permet aux Juifs britanniques de s’enrôler dans l’armée israélienne
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Sayeeda Warsi dénonce la « faille » qui permet aux Juifs britanniques de s’enrôler dans l’armée israélienne

La communauté juive est furieuse suite aux propos de la baronne musulmane qui estime que les soldats israéliens devraient être poursuivis au même titre que ceux qui rejoignent les groupes paramilitaires

La barone Sayeeda Warsi, au centre, lors d'une cérémonie commémorant les 175 hommes d'outre-mer qui ont remporté l'honneur militaire le plus élevé de la Grande-Bretagne, la Croix de Victoria, pour leur service pendant la Première Guerre mondiale, le 26 juin 2014 (Crédit : Foreign and Commonwealth Office / Wikipedia)
La barone Sayeeda Warsi, au centre, lors d'une cérémonie commémorant les 175 hommes d'outre-mer qui ont remporté l'honneur militaire le plus élevé de la Grande-Bretagne, la Croix de Victoria, pour leur service pendant la Première Guerre mondiale, le 26 juin 2014 (Crédit : Foreign and Commonwealth Office / Wikipedia)

LONDRES – Une politicienne britannique autrefois éminente a été critiquée par les dirigeants juifs et conservateurs pour avoir assimilé des citoyens britanniques qui ont intégré l’armée israélienne à des musulmans qui ont rejoint les groupes paramilitaires et terroristes.

La baronne Sayeeda Warsi, qui a démissionné du gouvernement en 2014 après avoir qualifié la politique de ce dernier à l’égard d’Israël comme « moralement indéfendable », a tenu cette déclaration provocatrice lors d’un entretien du 29 mars avec le Middle East Eye (MEE) à l’occasion de la présentation de son nouveau livre, intitulé « Ennemi intérieur ».

Avant de démissionner, Warsi était la présidente du Parti conservateur et la ministre des Affaires étrangères, ce qui lui a valu d’être la politicienne musulmane ayant atteint les plus hautes sphères du pays.

Dans l’interview de cette semaine avec le MEE, Warsi s’est plainte de la « faille conçue pour protéger Israël » et a déclaré que « la seule raison pour laquelle nous laissons la faille exister est l’armée, parce que nous ne sommes pas assez courageux pour dire que si vous avez la citoyenneté britannique, vous faites un choix. Vous devez seulement lutter pour notre état ».

Lors de l’interview, Warsi a ajouté qu’elle avait demandé au ministère des Affaires étrangères des précisions sur les distinctions entre les armées nationales et non-étatiques. Ceux qui ont rejoint les groupes paramilitaires, a prétendu Warsi, ont été poursuivis à leur retour en Grande-Bretagne. Elle a estimé que les mêmes lois devraient être appliquées à ceux qui ont combattu pour d’autres armées telles que celle d’Israël.

« Si vous allez là-bas et que vous vous battez pour n’importe quel groupe, vous serez soumis à des poursuites lorsque vous revenez. Si vous partez et que vous vous battez pour Assad, je présume que, selon notre loi, ça va. Cela ne peut pas être juste », a déclaré Warsi.

Le débat, est-elle persuadée, est « exclusivement axé sur l’exigence de loyauté des musulmans britanniques ».

« La même règle devrait s’appliquer à tous », a-t-elle estimé. « Mettons fin à cette faille. Si vous ne vous battez pas pour la Grande-Bretagne, vous ne vous battez pas ».

Sofa Landver, ministre de l'Intégration des immigrants, et le rabbin Yehoshua Fass, cofondateur et directeur exécutif de Nefesh B’Nefesh, entourés de soldats seuls pour Yom Sidurim, à Tel Aviv, le 16 février 2017. (crédit : Shahar Azran/Nefesh B'Nefesh)
Sofa Landver, ministre de l’Intégration des immigrants, et le rabbin Yehoshua Fass, cofondateur et directeur exécutif de Nefesh B’Nefesh, entourés de soldats seuls pour Yom Sidurim, à Tel Aviv, le 16 février 2017. (crédit : Shahar Azran/Nefesh B’Nefesh)

Mais Stuart Polak, le président d’honneur des amis conservateurs d’Israël, n’est pas d’accord.

« Mettre sur le même plan les actions de l’armée israélienne et les acteurs non étatiques qui peuvent inclure des groupes terroristes vils tels que l’État islamique, est erronée. Cette attitude blasée est à la fois négligente et montre un manque total de compréhension sur la seule véritable démocratie au Moyen-Orient », a déclaré Lord Polak.

Le président du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn (à droite), avec le président du Board of Deputies of British Jews, Jonathan Arkush (au centre) et sa directrice Gillian Merron (à gauche), le 9 février 2016. (Autorisation)
Le président du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn (à droite), avec le président du Board of Deputies of British Jews, Jonathan Arkush (au centre) et sa directrice Gillian Merron (à gauche), le 9 février 2016. (Autorisation)

Jonathan Arkush, le président du Conseil des représentants juifs, est allé plus loin.

« Sayeeda Warsi a perdu tout contact avec la réalité quand elle a quitté le gouvernement en raison de ses problèmes avec Gaza, et qu’elle est rentrée dans l’obscurité bien méritée », a-t-il dit au Times of Israël.

« Si elle suggère vraiment qu’un Britannique qui se porte volontaire pour la Légion étrangère française ou qui sert dans les forces armées d’un proche allié est un traître, alors personne ne peut la traiter sérieusement », a ajouté Arkush.

Il n’y a pas de chiffres disponibles sur le nombre de Juifs britanniques qui se sont portés volontaires pour entrer dans l’armée israélienne dans le cadre de son programme Mahal. Un porte-parole de Mahal a indiqué au MEE que le nombre exact était un « secret d’État » et a renvoyé les requêtes au ministère de la Défense.

La barone Sayeeda Warsi (Crédit : Wikimedia commons/ http://www.cabinetoffice.gov.uk/content/baroness-warsi-minister-without-portfolio /Open Government Licence v1.0)
La barone Sayeeda Warsi (Crédit : Wikimedia commons/ http://www.cabinetoffice.gov.uk/content/baroness-warsi-minister-without-portfolio /Open Government Licence v1.0)

Warsi a également confié au MEE qu’elle croyait qu’Israël avait commis des crimes de guerre à Gaza en 2014, et que la politique britannique envers Israël avait « des défauts ».

« Si vous revenez aux déclarations faites par [le ministre des Affaires étrangères de l’époque] William Hague [au sujet de] la reconnaissance de la Palestine comme un État, le gouvernement avait répondu non pas maintenant, peut-être dans six mois », a déclaré Warsi.

« Maintenant, quatre ou cinq années plus tard, qu’est-ce qui a changé ? Les colonies sont encore en construction. Il n’y a pas de reconnaissance formelle [de la Palestine], le processus de paix n’est pas allé plus loin. La réalité sur le terrain est en train de changer », a-t-elle poursuivi.

La Première ministre Theresa May, a déclaré Warsi, a montré un « véritable manque de courage moral et de leadership » en n’assistant pas à la conférence de paix de Paris en janvier et en empêchant l’UE d’adopter sa déclaration finale.

« Toutes sortes d’opposition légitime à la politique actuelle du gouvernement israélien est maintenant perçue comme illégitime », a déclaré Warsi.

Paul Charney, le premier dirigeant de la Fédération sioniste britannique (ZF) à avoir été un soldat de Tsahal décoré (Crédit : Jenni Frazer / Times of Israel)
Paul Charney, le premier dirigeant de la Fédération sioniste britannique (ZF) à avoir été un soldat de Tsahal décoré (Crédit : Jenni Frazer / Times of Israel)

Le président de la Fédération sioniste, Paul Charney, commandant de l’armée israélienne décoré, a qualifié les comparaisons de Warsi d’ « irrationnelles ».

« Les commentaires de la Baronne Warsi sont dangereusement proches des comparaisons entre les forces de défense de l’Etat démocratique d’Israël et les forces extrémistes en Syrie », a déclaré Paul Charney, le président de la Fédération sioniste. « C’est une comparaison farouchement irrationnelle et sert simplement à diaboliser non seulement l’armée du Moyen-Orient, mais sans doute l’armée la plus morale du monde ».

Charney a noté que les citoyens britanniques ont servi plusieurs armées en dehors de celle de la Grande-Bretagne, y compris dans l’armée israélienne, ainsi que l’armée française, l’armée espagnole – « et même l’armée britannique ».

« En effet, les volontaires internationaux ont été l’une des principales raisons pour lesquelles Israël a pu éviter l’anéantissement total pendant la guerre des Six Jours, dont nous célébrerons le 50e anniversaire plus tard cette année », a déclaré Charney.

« La baronne Warsi est motivée par un but personnel, qui est anti-israélien, et préfèrerait plutôt voir la capacité d’Israël à se défendre limitée que de soutenir la seule véritable démocratie dans la région », a affirmé Charney.

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