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Sécurité : Charlie Cytron-Walker exhorte le Congrès à augmenter les fonds

Le rabbin de Colleyville s'inquiète de la nécessité de prendre des mesures qui pourraient rendre les synagogues moins accueillantes

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le rabbin Charlie Cytron-Walker s'adresse aux journalistes à l'extérieur de l'église méthodiste unie de Whites Chapel après un service spécial, le 17 janvier 2022, à Southlake, au Texas. (Emil Lippe/Getty Images/AFP)
Le rabbin Charlie Cytron-Walker s'adresse aux journalistes à l'extérieur de l'église méthodiste unie de Whites Chapel après un service spécial, le 17 janvier 2022, à Southlake, au Texas. (Emil Lippe/Getty Images/AFP)

WASHINGTON – Le rabbin du Texas, détenu sous la menace d’une arme pendant 11 heures avec trois autres fidèles dans sa synagogue le mois dernier, a expliqué comment la décision de laisser entrer celui qui s’est révélé preneur d’otages, a continué de le hanter, alors qu’il exhortait les législateurs américains à doubler le financement pour améliorer la sécurité des institutions religieuses lors d’une audition au Congrès mardi.

« J’ai beaucoup réfléchi à ce moment-là. J’ai accueilli un terroriste dans ma congrégation. Quatre d’entre nous auraient pu mourir et j’aurais été responsable. Je vis avec cette responsabilité », a déclaré Cytron-Walker au Comité de la sécurité intérieure de la Chambre des représentants des États-Unis lors d’un émouvant témoignage.

Le Congrès a doublé le financement du programme de subventions de sécurité à la fin de 2020, à 180 millions de dollars, mais les groupes confessionnels demandent qu’il soit doublé à nouveau.

Le mois dernier, différents groupes religieux ont exhorté le président américain Joe Biden à doubler le financement, et le sénateur Chuck Schumer, démocrate de New York et chef de la majorité, s’est joint à cette demande.

Le leader de la minorité au Sénat Chuck Schumer, démocrate de New-York, lors de la conférence politique 2019 de l’AIPAC au centre de conférences de Wahington, le 25 mars 2019 (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)

Des groupes juifs, dont les Fédérations juives d’Amérique du Nord (JFNA), l’Orthodox Union (OU) et Agudath Israël en Amérique, ont contribué à l’élaboration de la législation qui a créé le fonds au milieu des années 2000 après un certain nombre d’attaques contre des institutions juives.

Les groupes juifs ont été pendant des années les principaux bénéficiaires des subventions, qui servent à sécuriser les institutions vulnérables et à ajouter des systèmes de sécurité, mais ces dernières années, d’autres groupes confessionnels ont réclamé des fonds suite à des attaques menées contre des mosquées, des temples sikhs et des églises d’Afro-américains.

L’audience de mardi a eu lieu moins d’un mois après que Malik Faisal Akram, un ressortissant britannique de 44 ans, a frappé à la fenêtre de la congrégation Beth Israel à Colleyville et a demandé un abri. Cytron-Walker l’a laissé entrer et lui a préparé du thé alors qu’il préparait la synagogue pour l’office du samedi matin.

Peu de temps après que quatre fidèles ont commencé à prier, Akram a sorti son arme et a retenu les fidèles en otage pendant 11 heures, exigeant la libération d’un ressortissant pakistanais purgeant une peine de 86 ans de prison pour terrorisme dans une prison voisine. Akram a libéré l’un des otages durant une pause dans les tractations, et les trois autres ont réussi à s’échapper indemnes juste avant que des agents du FBI ne pénètrent dans le bâtiment et n’éliminent l’attaquant lors d’une fusillade.

Cette photo du 2 janvier 2022 fournie par OurCalling, LLC montre Malik Faisal Akram, dans un refuge pour sans-abri de Dallas. (OurCalling, LLC via AP)

En exhortant le Congrès à augmenter le financement des organisations à but non-lucratif à risque, Cytron-Walker a parlé mardi de ses sentiments mitigés sur le sujet, étant donné que le renforcement de la sécurité dans les synagogues peut parfois conduire à des environnements moins accueillants.

« Je ressens des émotions mitigées et contradictoires », a déclaré Cytron-Walker au comité de la Chambre.

« Je suis horrifié que dans notre société, les chefs religieux doivent se consacrer à la formation à la sécurité, à la façon de sécuriser nos installations. C’est nécessaire et pourtant contradictoire avec le Commandement d’aimer l’étranger. »

Le rabbin a poursuivi en expliquant le défi de gérer une petite synagogue, en ce sens qu’il n’y a pas toujours assez de fonds pour recruter du personnel de sécurité à temps plein. « J’étais en retard, je vérifiais le système de sonorisation et j’essayais de faire un million de choses », a-t-il déclaré, se souvenant des moments qui ont précédé l’arrivée de l’attaquant.

Jeffrey Cohen, membre de la congrégation Beth Israel, s’entretient avec le Times of Israel via Zoom le 17 janvier 2022. (Capture d’écran/Zoom)

Dans le même temps, Cytron-Walker a précisé qu’il avait toujours fait de son mieux pour scruter Akram avant de le laisser entrer. « Ce n’était pas un cas où j’ouvrais la porte simplement parce que j’apprécie l’hospitalité », a déclaré Cytron-Walker.

Bien qu’il ait admis que sa décision de laisser entrer Akram avait été erronée avec le recul, il a noté – comme l’a fait un autre des otages dans une interview avec le Times of Israel – qu’il avait utilisé la formation à la sécurité dispensée à la synagogue et qu’Akram ne montrait aucun signe d’instabilité.

Cytron-Walker lui a servi du thé juste avant de commencer l’office. « Cela m’a donné l’occasion de voir s’il agissait nerveusement. La sécurité et l’hospitalité peuvent aller de pair. Je n’ai pas vu de drapeaux rouges. Bien sûr, j’avais tort ; malgré toute [la formation que j’ai suivie], j’ai quand même ouvert la porte », a-t-il témoigné.

« Mais grâce aux plans, au financement, aux cours et aux dizaines de petites choses qui se sont déroulées, nous avons pu nous échapper », a-t-il ajouté. Cytron-Walker a déclaré qu’il avait suivi six cours de formation à la sécurité en autant d’années gérés par les forces de l’ordre locales et fédérales ainsi que par des organisations juives privées.

La police devant la congrégation Beth Israel à Colleyville, au lendemain d’une prise d’otages de plus de dix heures à l’intérieur de ce lieu de culte duu Texas, le 16 janvier 2022. (Crédit : AP Photo/Brandon Wade)

Cependant, il a déclaré que moins de la moitié des demandes soumises par la Congrégation Beth Israel pour recevoir des subventions de sécurité fédérales avaient été acceptées, citant un nombre insuffisant de membres du personnel disponibles pour statuer sur les demandes.

Les législateurs présents lors de l’audience ont noté une augmentation constante des crimes de haine à travers les États-Unis, en particulier dans les communautés juives. Bien qu’ils ne représentent que 2 % de la population, les Juifs ont été ciblés dans 55 % de tous les crimes de haine fondés sur la religion, selon les chiffres du FBI.

A LIRE : En Europe les synagogues sont des forteresses. Est-ce la solution pour les USA ?

La JTA a contribué à cet article.

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