Shai Nitzan dénonce des « théories complotistes » après les attaques du Likud
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Shai Nitzan dénonce des « théories complotistes » après les attaques du Likud

L'ancien procureur de l'État rejette les allégations des alliés du Premier ministre selon lesquelles il aurait contraint Avichai Mandelblit à mettre en examen Benjamin Netanyahu

L'ancien procureur général de l'État, Shai Nitzan, s'exprime lors de la conférence Calcalist à Tel Aviv, le 31 décembre 2019. (Miriam Alster/FLASH90)
L'ancien procureur général de l'État, Shai Nitzan, s'exprime lors de la conférence Calcalist à Tel Aviv, le 31 décembre 2019. (Miriam Alster/FLASH90)

Shai Nitzan a réagi vendredi à la publication d’anciens enregistrements dans lesquels on entend le procureur général Avichai Mandelblit fustiger l’ancien procureur de l’État pour ne pas l’avoir innocenté d’un acte répréhensible dans un vieux scandale.

L’intéressé a rejeté les allégations infondées selon lesquelles il aurait fait chanter Avichai Mandelblit pour qu’il mette en examen le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour corruption, en qualifiant à plusieurs reprises les accusations de « sans fondement » et « irréalistes », lors d’entretiens avec les Douzième et Treizième chaînes à l’occasion de ses premières apparitions publiques depuis la publication des enregistrements.

Dans les enregistrements, qui datent de 2015 et 2016, Mandelblit qualifie Nitzan de « connard » pour ne pas l’avoir innocenté dans l’affaire Harpaz de 2010. Il s’agissait de conversations entre celui qui était alors secrétaire de cabinet et le chef de l’Association du Barreau israélien de l’époque, Efi Nave.

Dans l’affaire Harpaz, Mandelblit, qui était à l’époque l’avocat général de l’armée, avait été brièvement soupçonné d’avoir aidé des soldats à dissimuler une campagne de diffamation. Il avait ensuite été innocenté par la Haute Cour de justice.

La publication des enregistrements a provoqué un tollé au sein du Likud, des députés affirmant que c’était la preuve que Shai Nitzan tenait Mandelblit à la gorge et qu’il avait forcé le procureur général à poursuivre Benjamin Netanyahu dans ses trois affaires – une affirmation que le procureur a vigoureusement rejetée.

Le procureur général Avichai Mandelblit, (à gauche), et le procureur sortant Shai Nitzan assistent à une cérémonie d’adieu organisée pour Nitzan à Jérusalem, le 18 décembre 2019. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Dans l’interview de vendredi accordée à la Douzième chaîne, qui avait diffusé les anciens enregistrements plus tôt dans la semaine, Shai Nitzan affirme que les accusations portées contre lui étaient absurdes et sans fondement tout comme celles selon lesquelles les mises en examen du Premier ministre relevaient d’une manœuvre de la gauche qu’il aurait orchestrée avec Mandelblit et l’ancien chef de la police israélienne Roni Alsheich, en particulier compte tenu des antécédents des trois.

« Ces théories infondées, selon lesquelles nous sommes tous d’extrême gauche, ce n’est pas comme si je venais d’atterrir ici depuis l’espace », a dénoncé l’ancien magistrat.

Le Commissaire de police Roni Alsheich (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie pour Alsheich, au début de son mandat, dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 3 décembre 2015. (Miriam Alster / Flash90)

« Tout le monde sait d’où vient Mandelblit. Tout d’un coup, nous sommes tous devenus des radicaux de gauche ? Roni Alsheich, qui a vécu dans [les implantations de Cisjordanie] pendant une partie de sa vie ? Mandelblit, qui porte une kippa noire ? Moi, qui suis diplômé d’une yeshiva ? Nous sommes tous des radicaux de gauche ? Et nous nous sommes tous réunis pour faire tomber le Premier ministre Netanyahu ? Tout cela est tellement infondé. Il est tout simplement incroyable que quelqu’un puisse croire à ces absurdités », a fustigé Shai Nitzan.

Avichai Mandelblit a prononcé la mise en examen pour corruption du Premier ministre en novembre dernier, et Shai Nitzan était un personnage clé de cette décision. En tant que premier policier d’Israël, Roni Alsheich a supervisé les enquêtes sur Netanyahu.

Tous trois ont été la cible du Premier ministre et de ses alliés, qui ont tenté de discréditer les accusations portées contre Netanyahu, et tous ont été nommés à leurs postes sous la surveillance de ce dernier en tant que Premier ministre.

Pour prouver le manque de fondement de ces accusations, Shai Nitzan a souligné l’annonce faite par Mandelblit jeudi qu’il n’ordonnera pas d’enquête formelle sur Netanyahu concernant ses transactions boursières ou la réouverture de la soi-disant affaire des sous-marins qui implique certains des associés du Premier ministre.

C’est une preuve de plus qu’il est infondé de dire : « Si c’est Bibi, ils vont enquêter et si ce n’est pas le cas, ils n’enquêteront pas », a souligné l’ancien procureur.

« Cela prouve seulement que nous travaillons en fonction des preuves. Ce qu’Avichai Mandelblit traverse actuellement m’est arrivé pendant longtemps, alors que l’affaire contre Benjamin Netanyahu était en cours. C’est une situation étrange. Nous sommes des fonctionnaires qui faisons notre travail. Personne ne peut prouver qu’il y a d’autres considérations ici », a indiqué Shai Nitzan.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, s’entretient avec le secrétaire du cabinet de l’époque, Avichai Mandelblit, lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 21 septembre 2014. (AP Photo/Menahem Kahana, Pool)

Sans mentionner directement le Premier ministre ou ses alliés du Likud, il a déclaré : « Les gens, qui gouvernent la population, colportent des théories de conspiration ».

Shai Nitzan a qualifié les appels entre Avichai Mandelblit et Efe Nave de conversation privée entre amis proches qui n’indiquait aucune interférence dans leur vie professionnelle ou leur travail.

Les enregistrements récemment diffusés, tout en mettant en évidence un désaccord entre les deux magistrats des années avant le début des enquêtes sur le Premier ministre, ne fournissent aucune preuve de chantage.

Dans l’affaire Harpaz, Avichai Mandelblit a été brièvement soupçonné d’avoir aidé des officiers de l’armée à couvrir une campagne de diffamation.

Il a été interrogé en juin 2014, alors qu’il avait déjà quitté l’uniforme et qu’il était le secrétaire de cabinet de Benjamin Netanyahu. Il a ensuite été innocenté par la Haute Cour de justice qui a statué qu’il n’avait « rien fait de mal ».

Toutefois, il appartenait à Shai Nitzan et au ministère public de déclarer si l’affaire était close en raison du manque de preuves ou de l’absence de fondement d’une accusation.

Pour Mandelblit, la conclusion d’un manque de preuves aurait pu anéantir ses espoirs d’être nommé procureur général. Il a finalement été nommé procureur général et a pris ses fonctions en février 2016, bien que l’affaire Harpaz n’ait pas été officiellement classée.

L’affaire ouverte contre Mandelblit a été utilisée contre lui par des proches de Netanyahu qui ont cherché à discréditer le ministère public dans sa mise en examen du Premier ministre.

« Comprenez-vous que cet imbécile ne prend pas de décision sur mon affaire ? », peut-on entendre Mandelblit dire à Nave dans les enregistrements, en référence à Nitzan. « Je ne sais pas quoi faire de lui. »

« Il le fait exprès. Je ne sais pas quoi faire », déplore l’intéressé. « Il est possible qu’il veuille me prendre à la gorge. Je ne sais pas à quoi il pense. A la fin, je vais perdre mon sang-froid et causer un gros scandale à cause de ça. »

L’ancien président de l’Association du Barreau israélien, Efi Nave, au tribunal de Tel Aviv, le 16 janvier 2019. (Koko/Pool/Flash90)

Mandelblit s’est excusé jeudi auprès de Nitzan pour les enregistrements.

« Après la diffusion de ces enregistrements, j’ai parlé avec Shai Nitzan et nous avons clarifié les choses. Shai a accepté et nous avons réglé tout
cela », a-t-il ajouté. « Ces enregistrements ont été utilisés par des parties intéressées qui ont bêtement tenté d’attiser un incendie sans fondement, sur la base du complot. »

Des députés du Likud, dont le président de la Knesset, Yariv Levin, et le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana, ont fustigé Mandelblit à la suite de ces révélations.

Miki Zohar, le chef de la coalition, a menacé Mandelblit de publier d’autres enregistrements préjudiciables si celui-ci ne démissionnait pas et ne retirait pas la mise en examen de Netanyahu. Miki Zohar est ensuite revenu sur ses menaces, clamant qu’il avait été mal compris.

En juillet, un médiateur du ministère public a critiqué Nitzan pour son refus d’innocenter Mandelblit, affirmant que la police et les procureurs avaient fait preuve d’une « conduite inappropriée » en ne déclarant pas que l’affaire était close en raison d’une absence de culpabilité.

Nave et Mandelbit étaient des amis proches, et le procureur général s’est récusé de traiter les propres affaires criminelles de Nave dans lesquelles il est soupçonné de préconiser des nominations judiciaires en échange de relations sexuelles.

La Douzième chaîne a expliqué que les enregistrements diffusés mardi avaient été obtenus par des moyens légaux et ont été créés avec une application sur le téléphone de Nave qui enregistre automatiquement les conversations.

Le mois dernier, des informations affirmaient que la couverture par Nitzan d’éventuelles fautes de la police avait pour but d’éviter de donner des munitions aux alliés du Premier ministre, qui cherchaient à présenter les affaires criminelles contre celui-ci comme une « chasse aux sorcières ».

Israël est privé de procureur permanent depuis décembre 2019, date de la fin du mandat de Nitzan. Depuis la fin de celui d’Alsheich en décembre 2018, la police est sans chef permanent en raison d’élections répétées et de désaccords de coalition empêchant une nomination.

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