Si Israël passe au gaz naturel, une hausse de 8% des gaz à effet de serre suivra
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Si Israël passe au gaz naturel, une hausse de 8% des gaz à effet de serre suivra

Avec la transition vers le gaz naturel, la pollution va chuter mais les fuites de gaz des puits ou des centrales risquent d'empêcher le pays d'atteindre ses cibles écologiques

Un ouvrier sur la plateforme de gaz naturel Leviathan, au large des côtes israéliennes (Crédit : Albatross)
Un ouvrier sur la plateforme de gaz naturel Leviathan, au large des côtes israéliennes (Crédit : Albatross)

Le méthane émanant des infrastructures de gaz naturel en Israël augmente l’émission des gaz à effets de serre – qui contribuent au réchauffement climatique – d’environ 8 % dans le pays et il empêchera probablement ce dernier d’honorer ses obligations internationales sur le changement climatique, selon un nouveau rapport qui a été émis par l’organisation de défense de l’environnement Adam Teva VDin.

Ces conclusions viennent contredire les affirmations du ministre de l’Energie Yuval Steinitz, qui avait déclaré que la transition de l’Etat juif vers le gaz naturel, en abandonnant le charbon, aiderait Israël à atteindre ces cibles de diminution des émissions des gaz responsables du réchauffement.

Le potentiel de réchauffement global du méthane sur vingt ans – le méthane est l’élément principal du gaz naturel – représente 84 fois celui du dioxyde de carbone, avait fait savoir le panel intergouvernemental sur le changement climatique des Nations unies.

En d’autres mots, une seule molécule de méthane absorbe 84 fois autant d’énergie solaire qu’une seule molécule de dioxyde de carbone et contribue ainsi 84 fois plus au réchauffement climatique.

Arie Vanger, responsable des problèmes liés à l’air au sein de l’organisation non-gouvernementale Adam Teva VDin (Autorisation)

Dans le rapport qui se concentre sur le réchauffement global par contraste avec la pollution de l’air, Arie Vanger, responsable des questions liées à la pollution de l’air au sein de l’organisation, tente d’estimer la quantité de méthane libérée à partir de la chaîne entière de production et de distribution des puits gaziers israéliens de Tamar et Leviathan, jusqu’à l’arrivée dans les centrales électriques alimentées au gaz.

« Les émissions de méthane provenant des réservoirs de gaz surviennent à chaque phase de la chaîne de production », écrit-il, « depuis le puits, en passant par les canalisations de transmission, jusqu’aux plateformes de traitement ; à travers l’ensemble des canalisations qui transportent le gaz de la plateforme au réseau côtier et au système de distribution ; et à travers les stations de réduction de pression jusqu’aux consommateurs finaux, dans l’industrie ou dans le secteur de l’énergie ».

Jusqu’à présent, les seules informations collectée par l’Etat juif sur les émissions de méthane liées au gaz naturel ont été celles qui ont été transmises au ministère de la Protection environnementale par les plateformes Tamar et Mari-B (cette dernière est dorénavant fermée).

Pour toute l’année 2017, par exemple, la plateforme de Tamar avait fait savoir que ses émissions de méthane avaient été de seulement 3 950 tonnes. Les chiffres sont publiés, chaque année, dans un registre des émissions industrielles.

Des travailleurs de la plate-forme israélienne de gaz «Tamar», située à 24 km au large de la côte sud israélienne d’Ashkelon. (Crédit : Moshe Shai / Flash90)

Il n’y a pas encore eu d’informations sur le méthane émis sur la plateforme de gaz Leviathan, qui a connu de nombreux problèmes d’opération depuis le début de sa production commerciale, à la fin du mois de décembre. Le ministère de l’Energie vient d’embaucher des consultants en génie privés qui seront chargés d’examiner la raison pour laquelle la torche a été utilisée à de nombreuses occasions, ces derniers mois, pour brûler le gaz suite à des pannes du système.

La troisième communication nationale d’Israël sur le changement climatique – qui avait été soumise à la convention-cadre de l’ONU sur le changement climatique en 2018 – avait fait état d’émissions, en 2015, atteignant 66,9 millions de tonnes de dioxyde de carbone mais de seulement 7 000 tonnes de méthane environ (mesurées en équivalent CO2). Ce chiffre, modeste, était constitué des émissions de méthane émanant des décharges et non de l’industrie du gaz naturel.

Parce que le ministère de la Protection environnementale ne mesure pas de manière aussi minutieuse les émissions de gaz naturel le long de centaines de kilomètres d’infrastructure – certaines se trouvent par ailleurs hors des eaux territoriales israéliennes – Vanger a utilisé des chiffres provenant d’installations à l’étranger et des détails figurant dans la presse professionnelle concernant les équipements.

Prenant pour hypothèse – sur la base d’une étude antérieure dont il avait été le co-auteur – que les systèmes de Tamar et de Leviathan émettaient 2,26 % de la quantité totale de gaz présentes dans les puits, il a calculé que les émissions de méthane annuelles des deux plateformes s’élevaient à
372 672,2 tonnes – ce qui est bien supérieur au rapport transmis par l’Etat à l’ONU qui évoquait 7 000 tonnes et l’équivalent de 31,3 millions de donnes de dioxyde de carbone.

« Ce sont des émissions énormes à l’échelle nationale et qui ne sont ni mesurées, ni rapportées », écrit Vanger.

La côte de Hadera avec la centrale électrique d’Orot Rabin, le 16 avril 2013 (Crédit : Flash90)

Dans son rapport, l’activiste calcule qu’au cours des prochaines années, alors qu’Israël fera sa transition en passant du charbon et du pétrole au gaz naturel, les émissions à effet de serre augmenteront en moyenne, chaque année, de 6,4 millions de tonnes, soit l’équivalent de 8 % par an.

En d’autres mots, alors que la fermeture des centrales électriques au charbon et au pétrole améliorera la qualité de l’air en réduisant les gaz polluants comme le dioxyde de carbone, et alors que le passage au gaz naturel apportera -selon Vanger – une sécurité énergétique au pays ainsi qu’un gain financier via le paiement de taxes et autres à destination d’un fonds souverain, la transition vers le gaz naturel, qui deviendra une source déterminante d’énergie dans le pays, va augmenter la contribution de l’Etat juif au dérèglement climatique, un phénomène qui ne fera que s’accroître avec le développement de nouveaux puits et la construction de nouvelles centrales au gaz.

Appelant le ministère de la Protection environnementale à cartographier les émissions de gaz à effet de serre à travers toutes les composantes du système gazier, à les ajouter aux calculs d’émissions nationales et à créer un plan de minimisation du problème, Vanger conclut que « les cibles nationales de réduction du réchauffement climatique sont des cibles modestes et l’inclusion des émissions de méthane dans le calcul national illustrera probablement le futur échec d’Israël à atteindre ces modestes cibles que le pays a défini pour lui-même ».

Le passage au gaz naturel, une énergie fossile, est devenu de plus en plus controversé en Israël – et à l’étranger. Au mois de novembre, plus de cent éminents scientifiques israéliens avaient signé un courrier appelant Steinitz à revenir sur la décision prise par son ministère de construire un réseau de centrales électriques fonctionnant au gaz, lui demandant plutôt de travailler davantage sur la transition vers les énergies renouvelables.

Le ministre de l’Energie Yuval Steinitz, lors de la réunion hebdomadaire des ministres
dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem,le 29 octobre 2017. (Ohad Zwigenberg/Flash90)

Au début du mois, le ministre de l’Energie a indiqué que les objectifs poursuivis en matière d’énergies renouvelables seraient officiellement revus à la hausse, passant de 17% à 30%, dans un plan estimé à 80 milliards de shekels, au cours de la prochaine décennie.

Mais, parmi les recommandations faites par une équipe interministérielle qui avaient été publiées au mois de décembre 2018 et approuvées par le gouvernement un mois plus tard, l’une d’entre elles soulignait l’importance de garantir un approvisionnement de gaz au marché israélien à hauteur de 500 milliards de mètres-cubes chaque année jusqu’en 2042 et de prendre « des mesures supplémentaires pour inciter à l’exploration pétrolifère et aux activités de production offshore« .

Vanger déclare dans son rapport que « les réservoirs existants de gaz donnent à Israël la quantité de gaz dont le pays a besoin et la sécurité énergétique qui lui sera nécessaire au cours des trente prochaines années. C’est une opportunité donnée pour passer à une économie énergétique à faible émission de carbone, sur la base des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Cette opportunité disparaîtra au fur et à mesure que davantage de centrales électriques seront construites, avec des opérations qui dureront pendant des décennies ».

Le ministère de l’Energie a noté dans un communiqué que si les émissions relevaient de la responsabilité du ministère de la Protection environnementale, il avait mené une étude minutieuse du méthane, au mois de mars, qui avait conclu que le passage du charbon au gaz réduirait de moitié les émissions entraînées par la production d’électricité et les couperait d’un tiers dans la production de chaleur.

Sur les base de coefficients et de moyennes globaux, les chiffres de Vanger ne sont « pas nécessairement » justes en ce qui concerne Israël, continue le communiqué, qui souligne que les infrastructures menant et provenant des plateformes de Tamar et de Leviathan sont équipées de technologies visant à identifier les fuites et à réduire la libération du méthane – comme c’est le cas des torches installées sur la plateforme.

Le ministère de la Protection environnementale a fait savoir que l’utilisation du gaz naturel était une étape nécessaire dans la fermeture des unités fonctionnant au charbon – très polluantes – au sein de la centrale électrique Orot Rabin et en faveur de la réduction de l’usage des combustibles polluants en général, et qu’elle représentait une phase transitoire vers une économie basée sur les énergies renouvelables.

Il a également critiqué les coefficients adoptés par Vanger, trop généraux selon lui, et souligné que « dans le cadre des permis d’émissions, le ministère de la Protection environnementale exige au bénéficiaire du permis de soumettre un plan d’évaluation des émissions de gaz à effet de serre, afin d’évaluer la quantité des émissions de gaz ainsi que les moyens de les réduire ».

Les émissions de gaz à effet de serre baisseront probablement de manière significative avec le temps en raison de la transition vers les énergies renouvelables, a-t-il ajouté.

Vanger, pour sa part, a estimé que si le ministère critiquait son utilisation des coefficients globaux, il devait alors mesurer les infrastructures de gaz naturel locales pour définir des coefficients israéliens.

« Cela ne change en rien l’argument principal du rapport – en particulier le fait que la transition au gaz réduit majoritairement la pollution de l’air mais qu’elle ne réduit pas de manière significative – et qu’elle augmente même très probablement – les émissions de gaz à effet de serre », a-t-il commenté.

« Le développement de réservoirs supplémentaires de gaz ou la construction de nouvelles centrales électriques alimentées au gaz ne feront qu’ajouter des émissions », a-t-il conclu.

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