Sondage Ipsos : les clichés contre les Juifs restent tenaces en France
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Sondage Ipsos : les clichés contre les Juifs restent tenaces en France

"Les juifs ont beaucoup de pouvoir," "il y a un peu trop de juifs en France," et les juifs "sont trop présents dans les médias" obtiennent de trop nombreuses réponses affirmatives

Des Kippot (Crédit : http://www.shutterstock.com/pic-186718244/stock-photo-yarmulkes-or-yamakas-sold-in-preparation-for-passover-in-jaffa-flea-market-tel-aviv-israel.html?src=UXwPZg48jIm6qXGmkyA1Ug-1-3)
Des Kippot (Crédit : http://www.shutterstock.com/pic-186718244/stock-photo-yarmulkes-or-yamakas-sold-in-preparation-for-passover-in-jaffa-flea-market-tel-aviv-israel.html?src=UXwPZg48jIm6qXGmkyA1Ug-1-3)

Un sondage intitulé « Perceptions et attentes de la population juive : le rapport de l’autre et aux minorités » a été réalisé par l’Institut de sondages français Ipsos à la demande de la Fondation du Judaïsme Français.

Cette enquête s’est étendue sur une période de 18 mois commençant en 2014 avant les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher et s’est achevée en juillet 2015.

Comme l’explique l’Institut Ipsos, ce sondage se divise autour de trois volets. Des questions ont été posées à l’ensemble de la population française sans distinction d’appartenance religieuse ou communautaire.

Le sondage s’est également concentré sur des questions posées à des personnes françaises « se considérant comme juives » et à des personnes françaises « se considérant comme musulmanes ».

En France, depuis 1872, la loi interdit de demander la religion de ses citoyens lors des recensements.

Ainsi, comme l’explique le rapport Ipsos, la méthode qui a été utilisée par l’étude est celle de « l’auto-définition des personnes elles-mêmes. Est juif celui ou celle qui se considère comme tel. » Cette méthode a également été appliquée à la population qui se dit musulmane française.

« La meilleure façon de procéder est de partir de la définition par l’interviewé lui-même, quels que soient les critères qu’il mobilise : religieux, culturels, familiaux… » explique le Directeur Général Délégué France au JDD, Brice Teinturier.

Les résultats du sondage illustrent l’existence de clivages importants dans la société française. Il met en lumière l’existence de l’enracinement de préjugés notamment antisémites.

Ainsi 56 % estiment que « les juifs ont beaucoup de pouvoir » et qu’ils sont plus riches que la moyenne des Français. »

53 % estiment que les juifs sont plus attachés à Israël qu’à la France, 41 % estiment que les juifs « sont trop présents dans les médias » et 24 % des sondés considèrent que les juifs « ne sont pas vraiment des Français comme les autres ».

13 % pensent « qu’il y a un peu trop de juifs en France ».

74 % considèrent que « les juifs ont beaucoup de pouvoir » chez les sondés qui se disent être musulmans, 66 % considèrent aussi qu’ils « sont plus riches que la moyenne des Français, » et 67 % d’entre eux estiment que les juifs « sont trop présents dans les médias ».

62 % des répondants musulmans français considèrent que les juifs « sont plus attachés à Israël qu’à la France. »

Du côté des répondants juifs français, 92 % des juifs considèrent qu’il y a eu une augmentation de l’antisémitisme en France. Les juifs perçoivent cette augmentation majoritairement auprès de la communauté musulmane mais également au sein de toute la communauté nationale française.

Le sentiment d’insécurité lié à l’antisémitisme existe auprès de la communauté juive. 76 % estiment qu’il est aujourd’hui « difficile d’être juif en France. » 45 % ont ainsi témoigné de leur vigilance en faisant attention de « ne pas montrer qu’ils sont juifs ».

Le sondage souligne l’importance de l’assassinat d’Ilan Halimi auprès de la communauté juive qui a été vécu comme un basculement et qui, selon elle, n’aurait pas été suffisamment condamné notamment par les musulmans (83 %) et par le Front national (80 %).

D’autre part, concernant l’attaque antisémite contre l’Hyper Cacher, 87 % des juifs considèrent que la réaction du gouvernement et du président François Hollande a été suffisante. Tel n’est pas le cas des manifestations anti-israéliennes qui se sont déroulées au moment de l’Opération Bordure protectrice, seulement 36 % considèrent que le gouvernement a réagi suffisamment.

Un manifestant avec un masque de Guy Fawkes et un drapeau algérien lors d'affrontements avec les agents anti-émeute de la police française, place de la République à Paris, suite à l'interdiction d'une manifestation contre l'opération militaire israélienne à Gaza et pour soutenir l'Autorité palestinienne le 26 juillet 2014 (Crédit : Kenzo Triboillard / AFP)
Un manifestant avec un masque de Guy Fawkes et un drapeau algérien lors d’affrontements avec les agents anti-émeute de la police française, place de la République à Paris, suite à l’interdiction d’une manifestation contre l’opération militaire israélienne à Gaza et pour soutenir l’Autorité palestinienne le 26 juillet 2014 (Crédit : Kenzo Triboillard / AFP)

Cette crainte de la communauté juive se traduit par la volonté, pour plus de la moitié, de partir en Israël. Ainsi 54 % des répondants envisageraient de faire leur alyah, et 61 % de juifs se considèrent plus en sécurité en Israël qu’en France.

Néanmoins, 44 % des répondants estiment que les religions coexistent « plutôt bien entre elles ».

Ce sondage souligne l’existence d’une méfiance vis-à-vis de la population musulmane. 89 % des Français considéreraient que les musulmans sont mal intégrés. 53 % estiment que « l’intégrisme religieux est un phénomène développé en France ».

Ce sondage n’a pas été bien accueilli par de nombreux élus et citoyens.

Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche, a réagi sur Twitter en se demandant comment un tel sondage pouvait être imaginé.

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