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Sous pression, Israël crée un panel pour examiner les investissements chinois

Washington a souvent averti Jérusalem de se protéger des investissements chinois, à mesure que les relations commerciales sino-israéliennes croissent

Le Premier ministre chinois Li Keqiang, 2e à droite, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, 2e à gauche, au Palais de l'Assemblée du Peuple, à Pékin, le 20 mars 2017. (Crédit : Lintao Zhang/Pool/AFP)
Le Premier ministre chinois Li Keqiang, 2e à droite, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, 2e à gauche, au Palais de l'Assemblée du Peuple, à Pékin, le 20 mars 2017. (Crédit : Lintao Zhang/Pool/AFP)

Face à la pression croissante des Etats-Unis au sujet des investissements chinois dans les compagnies israéliennes, et notamment dans les firmes technologiques, le cabinet de sécurité israélien a annoncé mercredi la formation d’un nouveau panel consultatif sur les investissements étrangers dans le pays.

Le panel sera placé sous l’égide du ministère des Finances, mais comprendra des membres des ministères du Conseil de Sécurité nationale et du ministère de la Défense, ainsi que des observateurs des ministères des Affaires étrangères et de l’Economie et du Conseil économique national.

Il sera chargé d’aider les régulateurs à intégrer des éléments de sécurité intérieure pour valider des investissements étrangers dans la finance, les communications, l’infrastructure, les transports et le secteur de l’énergie, indique un communiqué du bureau du Premier ministre.

Les régulateurs gouvernementaux qui examineront les nouveaux investissements dans les entreprises israéliennes seront en mesure de se tourner, « de leur propre chef », vers la nouvelle commission pour se rapprocher, de façon rationalisée, des organes de la Défense, de l’Économie et les instances diplomatiques concernées par cet investissement.

Les entreprises commerciales qui ne nécessitent pas d’approbation par le gouvernement ne seront pas soumises à un tel examen.

La commission sera formée dans les 45 jours, et les régulateurs pourront la contacter dès 2020. Le cabinet se réunira dans six mois pour revenir sur le travail de l’instance et faire les ajustements nécessaires.

Les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Australie et d’autres pays ont recours à des protocoles similaires.

Le processus de révision mettra en évidence les intérêts économiques et commerciaux d’une part et les considérations pour la sécurité nationale de l’autre, a indiqué le communiqué, qui ne mentionne nommément aucun pays.

Le président américain Donald Trump serre la main au président chinois Xi Jinping à la fin d’une conférence de presse au Grand Palais du peuple de Pékin, le 9 novembre 2017. (AFP Photo / Fred Dufour)

Les Etats-Unis et la Chine se livrent une guerre commerciale et se disputent l’influence mondiale depuis plusieurs années. Washington et les autres gouvernements occidentaux accusent le gouvernement chinois de se servir des liens commerciaux pour faire de l’espionnage et du vol de propriété intellectuelle à grande échelle. Une stratégie de sécurité nationale mise au point en 2018 par des agences de défense américaines a fait de la Chine le principal concurrent stratégique des États-Unis sur la scène mondiale.

Israël cherche depuis longtemps à améliorer ses liens avec la Chine, notamment commerciaux, et a été critiqué par les autorités américaines, car Washington estime que le pays ne se protège pas assez pour garantir que ces relations économiques naissantes ne placent pas Israël dans une position vulnérable face à l’influence chinoise et aux cyber-menaces.

En août, le ministère des Affaires étrangères a averti le cabinet de sécurité qu’Israël s’exposait à un conflit avec l’administration du président américain Donald Trump si de sévères restrictions n’étaient pas imposées aux investissements chinois dans le pays.

Le rapport décrivait cet élément comme le point de frictions majeur entre la Maison Blanche et le gouvernement de Benjamin Netanyahu ces deux dernières années. Il cite des responsables israéliens qui évoquaient la colère d’homologues américains face à l’inaction de Netanyahu.

En mars, Trump aurait averti le Premier ministre que si Israël ne limitait pas ses liens avec la Chine, les relations israélo-américaines en matière de sécurité pourraient en pâtir.

Un investisseur réagit en surveillant le cours des actions à la maison de courtage de Beijing le jeudi 6 juin 2019. (AP/Andy Wong)

Des messages similaires auraient récemment été relayés par de hauts responsables américains, notamment le secrétaire d’Etat Mike Pompeo et l’ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton.

En mars, Pompeo avait déclaré à la Treizième chaîne israélienne que les transactions avec la Chine étaient problématiques parce que le pays utilise « la dette comme un piège » et « procède à de l’espionnage au moyen des entreprises publiques et présente des risques via ses sociétés technologiques comme Huawei », ajoutant que cela « représente un réel risque pour le peuple d’Israël ».

En juin, le géant chinois des télécoms Huawei a annoncé qu’il intégrait le marché de l’énergie solaire israélien pour vendre des transformateurs, qui convertissent l’énergie solaire en énergie électrique.

Dan Brouillette, du département de l’Energie américain, qui se trouvait à Tel Aviv au moment de l’annonce de Huawei, a prévenu que « les données collectées par ces panneaux solaires pourraient être utilisés à d’autres fins… nous appelons simplement à la prudence. »

Washington a également fait part de ses craintes vis à vis d’une proposition consistant à confier la gestion du port de Haïfa à la Chine. La sixième flotte de la marine américaine accoste régulièrement à Haïfa, le port est un atout économique de taille pour la ville.

Dans un contexte de tensions avec les Etats-Unis, la Chine et Israël ont renforcé leurs liens commerciaux ces dernières années et entamé des négociations sur un accord de libre-échange.

En octobre 2018, Netanyahu et le vice-président chinois Wang Qishan ont co-animé une commission conjointe Chine-Israël sur la coopération et l’innovation à Jérusalem.

En 2013 et en 2017, Netanyahu s’est rendu en Chine, notamment pour discuter de l’entretien de ces liens commerciaux.

Les firmes chinoises ont pénétré de manière assez spectaculaire le marché israélien, notamment en prenant le contrôle de la firme agroalimentaire Tnuva en 2014 et en négociant des accords pour gérer les ports d’Ashdod et de Haïfa.

Le fondateur d’Alibaba Jack Ma, s’exprime à Tel Aviv, le 25 octobre 2018. (Tomer Neuberg/Flash90)

En 2018, les échanges bilatéraux entre les pays ont atteint le montant record de 15,3 milliards de dollars, contre 51,5 millions de dollars en 1992 et 13,1 milliards de dollars en 2017, selon Ofer Peleg, chef de la mission du ministère israélien des Finances en Chine. Il existe trois missions de ce type dans le monde.

Aucun chiffre n’est disponible concernant le volume exact des investissements chinois en Israël, mais les experts affirment qu’ils sont croissants, alors que Pékin étend sa portée mondiale et cherche à exploiter de nombreuses technologies qui ont valu à Israël une réputation de leader mondial.

En janvier, le chef du Shin Bet, Nadav Argaman, a averti que les investissements massifs chinois pourraient présenter un danger pour la sécurité nationale.

« L’influence chinoise en Israël est particulièrement dangereuse en termes d’infrastructures stratégiques et d’investissements dans de grandes entreprises, » avait-il déclaré lors d’un discours prononcé à huis-clos à l’université de Tel Aviv.

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