SpareEat, une application israélienne contre le gaspillage alimentaire
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SpareEat, une application israélienne contre le gaspillage alimentaire

En Israël, environ 35 % de la nourriture produite termine à la poubelle – soit 2,5 millions de tonnes d’aliments chaque année

Capture d'écran du site SpareEat.
Capture d'écran du site SpareEat.

« Téléchargez l’application et combattez le gaspillage alimentaire en
Israël ! » Telle est la promesse de SpareEat, une nouvelle application israélienne.

Peu après son lancement, plus de 400 personnes et 16 commerces – restaurants, cafés, supermarchés et hôtels – avaient déjà téléchargé SpareEat (disponible sur iPhone et Android).

Apparue mi-août, l’application propose à ses utilisateurs d’acheter à bas coût les invendus de commerces qui, sans cette revente, auraient terminé à la poubelle.

SpareEat met ainsi en relation les deux parties, et permet aux clients de payer directement en ligne. Elle présente les plats et produits disponibles à la vente, à venir récupérer sur place (généralement en fin de service, donc dans la soirée).

En Israël, environ 35 % de la nourriture produite termine à la poubelle – soit 2,5 millions de tonnes d’aliments chaque année, pour un montant s’élevant à environ 19,7 milliards de shekels.

Selon le rapport 2019 de l’organisation Leket, le foyer moyen israélien jette environ 3 200 shekels de produits alimentaires par an, soit environ l’équivalent d’un mois et demi de dépenses alimentaires pour une famille. Les fruits et les légumes sont les aliments les plus touchés par ces pertes – environ 23 % des fruits et des légumes achetés par les Israéliens ne sont pas consommés, et ils représentent 75 % des produits gaspillés.

Le gaspillage alimentaire concerne les produits perdus à un moment où à un autre de la chaîne d’approvisionnement, que ce soit parce qu’ils n’ont pas été ramassés dans les champs agricoles ou parce qu’ils se sont gâtés sur le rayon d’un supermarché, ou qu’ils n’ont pas été consommés par le consommateur/acheteur.

Le rapport souligne que la moitié de ces aliments pourrait être sauvée car ils sont toujours bons à la consommation. Il défend également que le sauvetage de ces aliments pour les nécessiteux reviendrait moins cher et constituerait un avantage écologique.

Les fabricants ont une responsabilité dans le gaspillage alimentaire lorsqu’ils décident des prix, explique Gidi Kroch, PDG de Leket Israel. « Les consommateurs subissent ces coûts », indique-t-il.

« S’il n’y avait pas de déchets alimentaires, le coût de la vie s’effondrerait. » Leket estime que les fabricants ajoutent 11 % au coût final des produits alimentaires pour prendre en compte le gaspillage.

« Le motif central du sauvetage des aliments n’est pas la charité ou la tsedaka, mais une alternative financière à la production d’aliments, qui vaut le coup pour le marché à côté de l’importante contribution à la réduction des inégalités du marché », déclarait suite à son rapport 2016 Gidi Kroch.

Israël est le pays qui connaît le plus fort taux de gaspillage au sein de l’OCDE après le Danemark en matière d’alimentation. Pour Kroch, il est incontestable qu’Israël doit augmenter la proportion de nourriture sauvée afin de la redistribuer.

De façon paradoxale, malgré ce gaspillage alimentaire important, le nombre d’Israéliens souffrant d’insécurité alimentaire, et notamment les enfants, ne cesse de croître au fil des années – 1 800 000 Israéliens sont touchés. Les restaurants, les salles, les restaurants d’entreprise, les chaînes de détail et les hôtels évitent généralement de donner leurs excédents et préfèrent les mettre à la poubelle par crainte de devoir répondre judiciairement aux éventuels dégâts causés par la nourriture donnée.

Afin de palier à cette question, Israël est devenu l’an dernier le 5e pays à adopter une loi qui absout les donateurs de toute responsabilité légale pour les dommages qui pourraient être causés par des produits alimentaires offerts. Une initiative historique qui, selon ses partisans, doit aider à réduire de manière spectaculaire le gaspillage et le nombre de citoyens en situation d’insécurité alimentaire.

La loi, qui a été promue par les députés Uri Maklev et Elie Alalouf, encourage les restaurants à collecter et à donner leurs excédents de nourriture en dégageant leur responsabilité pénale et civile pour les produits cédés – dans la mesure où ils adhèrent aux exigences de sûreté alimentaires établies par le ministère de la Santé.

« Cette loi offre une alternative aux organisations et aux entreprises qui disposent d’excédents alimentaires substantiels et de qualité, qui ne les donnent pas parce qu’elles craignent des retombées. Selon les estimations, ce texte va multiplier par trois la portée des dons alimentaires », a expliqué Gidi Kroch après l’adoption de la législation, citant une « opportunité énorme de s’attaquer à l’insécurité alimentaire et aux écarts sociaux en Israël ».

Le député Maklev pour sa part, a déclaré qu’en « Israël, un enfant sur trois souffre de la faim et une personne sur quatre de la pauvreté… Les propriétaires de restaurants, les hôtels et les organisations ne doivent pas jeter les aliments, parce que détruire de la nourriture, c’est comme détruire l’âme ».

Il existe en Angleterre une application baptisée « Too good to go » qui se spécialise aussi depuis 2016 dans la lutte contre le gaspillage alimentaire.

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