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Stanford s’excuse d’avoir limité les inscriptions de Juifs dans les années 1950

Une enquête a révélé que l’université avait agi de manière discriminatoire à l'encontre des candidats juifs, pratique que l’institution a admis avoir historiquement niée

Des étudiants marchent sur le campus de l'université de Stanford, à Stanford, en Califorbua, le 14 mars 2019. (Crédit : Ben Margot/AP)
Des étudiants marchent sur le campus de l'université de Stanford, à Stanford, en Califorbua, le 14 mars 2019. (Crédit : Ben Margot/AP)

Une enquête officielle de l’université de Stanford publiée mercredi a confirmé des soupçons anciens selon lesquels les administrateurs de l’université auraient pris des mesures pour limiter le nombre d’inscriptions des Juifs dans les années 1950 tout en le niant publiquement.

Le président de Stanford, Marc Tessier-Lavigne, a présenté ses excuses à la communauté juive au nom de l’université, conjointement avec la publication du rapport.

« Cet élément peu glorieux de l’histoire de Stanford, confirmé par ce nouveau document, est triste et profondément troublant », a écrit Tessier-Lavigne. « En tant qu’université, nous devons le reconnaître et confronter ce passé comme faisant partie de notre histoire, aussi répugnant soit-il, et nous efforcer de faire mieux. »

Tessier-Lavigne a également écrit que Stanford fera tout ce qui est en son pouvoir pour s’assurer qu’elle est accueillante pour les étudiants juifs contemporains en augmentant les formations contre les préjugés, par la création d’un comité consultatif pour mieux comprendre les besoins de la communauté, en accordant plus d’attention aux périodes de fêtes juives dans le calendrier universitaire ainsi que par d’autres mesures. Le premier jour de classes de l’université cet automne est tombé le jour de Rosh HaShana.

Stanford a créé un groupe de travail qui a rédigé ce document l’année dernière après la publication par un historien de documents qu’il a découverts et qui provenaient de Rixford Snyder, directeur des admissions de Stanford de 1950 à 1970. Ces documents détaillaient la partialité de ce dernier à l’égard des Juifs et son souhait de réduire les inscriptions de ces derniers à l’université.

Le groupe de travail, composée de membres du corps enseignant, du personnel, d’administrateurs, d’anciens élèves et d’étudiants, a abouti à la même conclusion.

« Pendant des dizaines d’années, de nombreux Juifs de Californie savaient que Stanford avait, ou même a encore aujourd’hui, des préjugés contre les candidats juifs », a déclaré Ari Y. Kelman, professeur d’histoire à Stanford et président du groupe de travail. « Ce que nous avons découvert, c’est que le directeur des admissions, avec la connaissance d’autres membres de la direction de l’université, a pris des mesures pour limiter le nombre d’étudiants juifs admis à Stanford. »

On a retrouvé la preuve des intentions de Snyder dans un mémo de 1953 rédigé par son collègue Fred Glover et envoyé au président de Stanford de l’époque, Wallace Sterling.

Glover indique que Snyder estime que trop de candidats masculins de Stanford sont Juifs et que l’université devait prendre des mesures pour modifier la situation.

« Snyder estime que ce problème est explosif et il voulait que vous en soyez informé, car il dit que la situation l’oblige à ignorer notre politique déclarée de ne prêter aucune attention à la race ou à la religion des candidats », écrit Glover.

Selon les documents d’archives, Snyder a fait le nécessaire pour atteindre son objectif de réduire les inscriptions de Juifs en ciblant les lycées Beverly Hills et Fairfax, deux écoles de Los Angeles dont la population étudiante est majoritairement Juive.

« Si nous acceptons quelques candidats juifs de ces écoles, l’année suivante, nous aurons un déluge de candidats juifs », écrit Glover, relayant l’inquiétude de Snyder.

Suite au mémo, Snyder a supprimé Beverly Hills et Fairfax de ses campagnes de recrutement auprès des écoles du sud de la Californie, comme le montrent les documents attestant des déplacements de Snyder retrouvés dans les archives de l’université.

Une analyse des inscriptions a révélé que, peu de temps après cela, Stanford a connu une forte baisse des inscriptions d’élèves en provenance de ces deux écoles.

L’histoire de la discrimination de Stanford à l’égard des Juifs et d’autres minorités est loin d’être unique parmi les universités d’élite. À des époques antérieures au XXe siècle, de nombreuses écoles de l’Ivy League appliquaient des politiques de discrimination bien plus flagrantes, avec notamment des quotas religieux et raciaux officiels, pour contrôler le nombre de Juifs inscrits. (Cette année, la Cour suprême des États-Unis examinera deux affaires relatives à la discrimination positive, une pratique contemporaine visant à garantir la diversité qui, selon ses détracteurs, équivaut à une discrimination à l’encontre des étudiants issus de certains milieux).

Le fait que l’antisémitisme découvert à Stanford ait été plus subtil et qu’il soit apparu plus tard est révélateur à un moment où les institutions dans le pays sont de plus en plus régulièrement confrontées à leur passé, a déclaré l’historienne de Stanford Emily J. Levine, qui faisait partie du groupe de travail.

« Dans les années 1950, il n’était plus acceptable d’être aussi ouvertement antisémite », a déclaré Levine. « L’antisémitisme n’a pas tant disparu qu’il est devenu clandestin. »

Et comme cette discrimination est devenue clandestine, des compétences de recherche spécialisées, du type de celles qui sont enseignées aux étudiants de Stanford, ont été nécessaires pour analyser les documents d’archives et comprendre les méthodes de limitation des inscriptions d’étudiants juifs et leur impact, a-t-elle ajouté.

L’université continue à être confrontée à des incidents antisémites. Le jour de Rosh HaShana, deux étudiants juifs diplômés ont découvert que leur mezouza avait été arrachée du cadre de leur porte dans un logement du campus, un acte sur lequel le département de la sécurité publique de l’université enquête.

L’année dernière, deux professionnels juifs des services de santé mentale de la clinique de soutien psychologique de l’université de Stanford ont déposé des plaintes fédérales pour discrimination sur le lieu de travail en raison de ce qu’ils ont appelé un harcèlement anti-juif « grave et persistant » de la part de leurs collègues.

Environ 7 % des étudiants de premier cycle à Stanford actuellement sont Juifs, selon les données rendues publiques par le groupe Hillel de l’université.

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