Sur le lieu de l’attaque à Jérusalem, une tente de protestation pour ne pas oublier
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Reportage

Sur le lieu de l’attaque à Jérusalem, une tente de protestation pour ne pas oublier

Des résidents juifs et arabes de la Vieille Ville critiquent des personnes extérieures coupables d'avoir commencé la violence, mais envisagent difficilement un retour à la normale

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Des adolescents juifs allument des bougies en forme d'étoile de David sur le site de l'attaque de coup de poignard de la semaine dernière dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, le 8 octobre, 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Des adolescents juifs allument des bougies en forme d'étoile de David sur le site de l'attaque de coup de poignard de la semaine dernière dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, le 8 octobre, 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

VIEILLE VILLE, Jérusalem — Lorsqu’un terroriste palestinien a poignardé un couple juif et un rabbin qui venaient à leur secours dans le quartier musulman samedi dernier, tuant les deux hommes, Hemda al-Hai était assis dans la Soucca de sa famille quelques rues plus loin.

« Nous avons entendu des coups de feu très forts et nous avons tout de suite compris que quelque chose avait eu lieu, mais nous ne savions pas quoi exactement », a déclaré au Times of Israel l’étudiant en éducation âgé de 23 ans. « Le garde de sécurité situé sur notre toit s’est immédiatement précipité pour porter assistance. Lorsqu’il est revenu, il nous a dit qu’une terrible attaque avait eu lieu ».

El-Hai vit dans un bâtiment juif gardé appelé Beit Hatsalam (« la maison du photographe ») acheté en 1989 par l’organisation à but non lucratif israélienne Ateret Kohamim, qui loge des Juifs dans des quartiers majoritairement arabes de la Vieille Ville.

Jeudi, El-Hai s’est joint à quelques dizaines de jeunes résidents du quartier dans une manifestation avec une tente improvisée qui a été érigée sur la rue Hagai immédiatement après l’attaque contre la famille Benet et le rabbin Nehemia Lavi.

L’attaque au couteau a eu lieu juste devant la maison de Lavi, dans un autre bâtiment juif fourni par Ateret Kohanim en 1987.

Le bâtiment Wittenberg, appelé en l’honneur de son propriétaire juif russe du 19e siècle, contient aussi un appartement acheté la même année par l’ancien Premier ministre Ariel Sharon.

A la suite de la deuxième attaque au couteau juste quelques mètres plus loin mercredi, une partie de la rue Hagai, partant de la Porte de Damas jusqu’aux auspices Autrichiens, a été bouclée par des barrières en métal de la police.

Manifestants juifs dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 8 octobre, 2015 (Crédit : Elhanan Miller / Times of Israël)
Manifestants juifs dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 8 octobre, 2015 (Crédit : Elhanan Miller / Times of Israël)

Des policiers armés des deux côtés de la rue ont contrôlé les passants dans l’une des artères piétonnes les plus importantes de la Vieille Ville.

Devant le bâtiment Wittenberg, des adolescents juifs portant des t-shirts bleus où l’on peut lire « Jérusalem est à moi » sont assis sur des chaises en plastique, en jouant de la darbouka et de la clarinette. A côté d’un amas de cire fondue des bougies, placé au sol pour dessiner une Etoile de David, des rafraîchissements pour les soldats et des t-shirts en vente sur deux tables.

« C’est important pour moi d’être ici dans la rue », a déclaré El-Hai, expliquant que la manifestation de tente est gérée 24 heures sur 24 par des résidents locaux.

« Je ne veux pas que ce meurtre devienne quelque chose de normal ».

Ce matin là, les adolescents avaient des questions dures pour le maire de Jérusalem en visite Nir Barkat et les chefs de l’oppostion Isaac Herzog et Tzipi Livni, qui étaient venus exprimer leurs condoléances. Les jeunes ont demandé que les boutiques locales palestiniennes, où Adèle Benet, blessée, a déclaré qu’elle avait demandé de l’aide mais avait été violemment rejettée, restent fermées.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Sécurité intérieure rendent visite à Adèle Benet et à son bébé, qui ont été blessés le 3 octobre 2015 dans un attentat terroriste dans la Vieille Ville de Jérusalem au cours duquel Aharon Benet a été assassiné, à l'hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem, le 5 octobre 2015 (Crédit : Kobi Gideon / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Sécurité intérieure rendent visite à Adèle Benet et à son bébé, qui ont été blessés le 3 octobre 2015 dans un attentat terroriste dans la Vieille Ville de Jérusalem au cours duquel Aharon Benet a été assassiné, à l’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem, le 5 octobre 2015 (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

« Hey, continuez comme cela ! » a crié Yair Dan, un jeune organisateur local, à une adolescente voilée qui passait à côté de la tente. « Elle a crié ‘merde’, vous ne l’avez pas vu, ça ? »

Dan, âgé de 24 ans, a récemment déménagé de la Vieille Ville pour l’implantation d’Eli dans le nord de la Cisjordanie.

Il a déclaré qu’il a été « rappelé au devoir » en urgence à la suite de l’attaque, pour garder un œil sur la jeunesse juive et s’assurer qu’ils ne font pas quelque chose de stupide.

« Les gens de cet âge sont plein d’émotions et peuvent perdre le contrôle dans des situations comme cela. Il y a beaucoup de colère et mon objectif est de calmer les choses », a déclaré Dan.

Il a ajouté que plusieurs provocateurs avaient été identifiés, principalement de la communauté locale extérieure. Dan a grandi dans le quartier chrétien, où il a déclaré qu’environ 100 familles juives vivent, généralement en paix, avec leurs voisins arabes.

« C’est malheureux que des personnes de l’extérieur viennent pour nuire à l’atmosphère calme qui devrait exister entre les quartiers, a-t-il déclaré. Nous respectons nos voisins et voulons une vie normale ».

« La jeunesse comprend qu’en grandissant à l’intérieur des murs de Jérusalem, ils réétablissent la présence juive et rendent la fierté juive au lieu. Cela ne crée pas un conflit avec nos voisins, ils peuvent continuer à vivre ici et nous n’avons pas de problème avec eux, » a ajouté Dan.

L'organisateur Yair Dan se trouve à côté d'un jeune arbre à la tente de protestation, le 8 octobre, 2015 (Crédit : Elhanan Miller / Times of Israël)
L’organisateur Yair Dan se trouve à côté d’un jeune arbre à la tente de protestation, le 8 octobre, 2015 (Crédit : Elhanan Miller / Times of Israël)

La fermeture forcée des boutiques palestiniennes avec le bouclage de la partie de la ville est, en fait une perturbation claire de la vie commerciale. Devant les deux boutiques fermées, des manifestants juifs ont placé des pancartes peintes à la main où l’on pouvait lire : « Ici étaient des complices du meurtre ».

Dan a déclaré qu’il espérait que les propriétaires de boutiques qui n’avaient pas aidé les Juifs blessés lors de l’attaque seront punis en ayant leurs boutiques fermées définitivement. Il a déclaré qu’il avait entendu le Premier ministre Benjamin Netanyahu demander exactement cela au procureur général.

Mais Abu Muhammad, âgé de 40 ans, un résident palesitnien de la Vieille Ville se trouvant devant la tente, a déclaré qu’il aurait eu trop peur de s’approcher du terroriste qui avait pris l’arme à Lavi et avait ouvert le feu sur la police, s’il avait assisté à l’attaque.

« N’importe qui dans la rue qui aurait approché ce jeune homme aurait également pu être blessé », a-t-il déclaré au Times of Israel, refusant de révéler son nom complet.

« Deuxièmement, et de manière encore plus importante, l’armée, la police ou des habitants auraient pu passer par là et vous tirer immédiatement dessus, pensant que vous êtes un complice du crime. Les gens avaient vraiment trop peur pour s’approcher ».

Abu Muhammad fait écho à l’interprétation de Dan sur la source des troubles récents. « Nous n’avons pas de problèmes avec [les Juifs] vivant ici, a-t-il déclaré. Ceux qui viennent de l’extérieur nous font du mal. Ils nous provoquent, ils nous maudissent ».

Une pancarte sur laquelle on peut lire "Ici étaient les complices de l'assassinat", est posée contre la porte d'un magasin fermé situé sur la rue palestinienne Hagai, le 8 octobre, 2015 (Crédit : Elhanan Miller / Times of Israël)
Une pancarte sur laquelle on peut lire « Ici étaient les complices de l’assassinat », est posée contre la porte d’un magasin fermé situé sur la rue palestinienne Hagai, le 8 octobre, 2015 (Crédit : Elhanan Miller / Times of Israël)

Il y avait une autre cause globale de la violence palestinienne, pense Abu Muhammad, et cela a trait à la politique du gouvernement israélien sur le mont du Temple.

« Vous avez déjà pris toute la Palestine, a-t-il déclaré. La mosquée al-Aqsa est sainte pour les musulmans… Tous les épisodes [précédents] de violence se sont produits à al-Aqsa. Le gouvernement a-t-il bien compris cela ? Il devrait retenir la leçon ».

Soit Abu Muhammad n’était pas au courant, soit il ne croyait pas les promesses répétées de Nenayahu qu’Israël n’a aucune intention de changer le statu quo dans l’enceinte contestée du mont du Temple.

De retour à la manifestation à la tente, Elichi Wiesel, âgé de 23 ans, chef de la logistique pour l’opération, a déclaré que lui et ses amis savaient qu’ils installeraient la structure dans la rue « avec ou sans permission ».

« Grâce à Dieu, les forces de sécurité ont repris leurs esprits et ont décidé de soutenir cette tente. Ils nous protègent 24 heures sur 24 ».

Wiesel a déclaré que l’attaque de samedi dernier a eu lieu dans un « secteur » qui est considéré comme plus dangereux que l’immeuble dans lequel il vit, appelé Neot David, au cœur du quartier chrétien de la Vieille Ville.

« Chaque matin quand je quitte ma maison, je dis au revoir à mon voisin arabe », a déclaré Wiesel. Les relations sont bonnes. Si je suis coincé pendant Shabbat, je descends chez mon voisin arabe et il allume les lumières. La vie est tranquille ici, jusqu’à ce que ces incidents se produisent ».

Elichi Wiesel est assis à la tente de protestation sur Hagai Street, dans le quartier musulman de Jérusalem, le 8 octobre, 2015 (Crédit : Elhanan Miller / Times of Israël)
Elichi Wiesel est assis à la tente de protestation sur Hagai Street, dans le quartier musulman de Jérusalem, le 8 octobre, 2015 (Crédit : Elhanan Miller / Times of Israël)
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