Sur les hauteurs du Golan, l’armée essaie de garder Israël en sécurité et hors de la Syrie
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Sur les hauteurs du Golan, l’armée essaie de garder Israël en sécurité et hors de la Syrie

Les rebelles syriens, le Hezbollah, l'EI et d'autres groupes terroristes menacent le calme précaire à la frontière du nord

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un char de l'armée israélienne stationné près du village de Majdal Shams, le 19 mars 2014, dans les hauteurs du Golan (Crédit : AFP / Jalaa Marey)
Un char de l'armée israélienne stationné près du village de Majdal Shams, le 19 mars 2014, dans les hauteurs du Golan (Crédit : AFP / Jalaa Marey)

Le calme relatif à la frontière d’Israël avec la Syrie pourrait s’effondrer parce que le Hezbollah, l’État islamique ou un autre groupe djihadiste chercheraient à prouver son dévouement à la lutte contre Israël, a mis en garde un haut responsable de Tsahal lundi.

Depuis près de 40 ans, la frontière israélo-syrienne était l’une des frontières les plus paisibles du pays, avec une présence des Nations unies, sous la forme de soldats FNUOD, qui aidait à maintenir la paix.

Mais au cours des cinq années écoulées depuis le début de la sanglante guerre civile syrienne, qui, selon certaines estimations a coûté la vie à près d’un demi million de personnes, cette frontière est devenue une poudrière.

Les attaques intentionnelles et accidentelles des groupes rebelles les plus importants, ainsi que le potentiel pour les petites cellules terroristes de tirer profit de l’anarchie et le chaos en Syrie pour mener des attaques contre l’Etat juif, menacent de plonger la frontière nord d’Israël dans un conflit dont personne ne voudrait.

Les explosions dues aux combats en Syrie vu du côté israélien de la frontière sur les hauteurs du Golan, le 16 juin 2015 (Crédit : Basel Awidat / Flash90)
Les explosions dues aux combats en Syrie vu du côté israélien de la frontière sur les hauteurs du Golan, le 16 juin 2015 (Crédit : Basel Awidat / Flash90)

Les groupes plus importants – le Front Al-Nosra et les Brigades des martyrs de Yarmouk – qui contrôlent les zones entourant la frontière syrienne, ont peu d’intérêt à attaquer Israël à ce stade, a précisé l’officier du commandement du nord de l’armée israélienne.

La menace la plus immédiate vient des organisations djihadistes qui sont moins intéressées par la capture de territoire et plus intéressées par soit l’idéologie anti-Israël ou un désir de plaire à l’Iran en menant des attaques contre l’Etat juif, a poursuivi l’officier.

Le Hezbollah, par exemple, a une petite présence dans la ville de Hader contrôlée par Assad, mais a beaucoup moins d’infrastructures dans cette ville qu’il en a au Liban. Cela en fait une base de choix pour mener des opérations car il y a moins de chose à détruire si l’armée israélienne répondait à une attaque.

« C’est une sorte de no man’s land [terre sans homme], de sorte que vous pouvez [mener des attaques] sans que des actions fortes soient menées contre vous. Cela va entretenir l’idée qu’ils se battent encore contre l’armée israélienne et qu’ils poursuivent encore la lutte contre Israël, mais sans [avoir à payer des] conséquences très dures », a déclaré l’officier.

Pour rester en dehors de ce bourbier mais pour rester en sécurité, Israël doit trouver un équilibre entre le maintien de son sang froid face à des débordements accidentels tout en maintenant sa vigilance contre les attaques délibérées, a expliqué l’officier supérieur de l’armée israélienne.

Nos voisins du Nord

Al-Nosra a capturé les régions du nord de la frontière avec Israël, tandis que les Brigades des Martyrs Yarmouk contrôlent une zone entourant la partie sud de la frontière.

Les deux groupes étaient occupés à se battre entre eux pour dominer la région, en plus de leur lutte contre le régime Assad, ce qui a placé Israël relativement bas dans leur liste de priorités, ont estimé les analystes.

Le nombre exact de combattants appartenant à ces groupes rebelles est difficile à déterminer car souvent, ces organisations unissent leurs forces et se séparent. Mais selon la plupart des estimations, la Brigade des Martyrs de Yarmouk a entre plusieurs centaines voire un millier de membres, tandis que al-Nosra a plusieurs milliers de combattants.

« Actuellement, l’organisation la plus forte, qui a quelques chars et quelques machines légères, est al-Nosra. Mais nous avons du mal à imaginer qu’al-Nosra commence un combat contre Israël. Ils le savent mieux que nous à quel point nous sommes forts et avec quelle puissance nous pouvons les frapper », a-t-il estimé.

Mais al-Nosra est connu pour avoir des liens avec l’organisation terroriste Al-Qaïda, et dans le but de rappeler à ses bienfaiteurs son dévouement à la destruction d’Israël, leurs combattants pourraient mener une attaque surprise contre les troupes ou des civils, a ajouté l’officier.

Un rebelle syrien appartenant à la Brigade des Martyrs Yarmouk se trouvant en face d'un véhicule blindé de transport RG-31 de l'ONU en mars 2013 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Un rebelle syrien appartenant à la Brigade des Martyrs Yarmouk se trouvant en face d’un véhicule blindé de transport RG-31 de l’ONU en mars 2013 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Les Brigades des Martyrs Yarmouk, quant à elles, se seraient elles-même alignées avec l’Etat islamique, ce qui en fait l’une des principales menaces pour Israël à la frontière syrienne, selon l’armée israélienne.

« Ils ont une idéologie EI même si elles ne reçoivent pas les ordres de l’EI. Nous les considérons comme le groupe islamique le plus extrême à la frontière, même s’il ne mène pas des actions contre Israël aujourd’hui », a indiqué l’officier.

C’est juste une question de prise de décision

En regardant à travers les vergers des hauteurs du Golan en un jour nuageux et venteux, au-delà de la barrière frontalière et en Syrie, le haut responsable du Commandement du Nord a souligné à quel point la campagne israélienne pastorale est proche de la violence brutale qui a secoué le peuple syrien pendant cinq ans – et à quel point il serait facile pour Israël d’être entraîné dans le conflit.

Une femme israélienne en train d'observer la fumée qui s'élève près du passage de Quneitra des hauteurs du Golan en Israël, le 27 août 2014 (Crédit : Flash90)
Une femme israélienne en train d’observer la fumée qui s’élève près du passage de Quneitra des hauteurs du Golan en Israël, le 27 août 2014 (Crédit : Flash90)

« A Qahtaniya, près de la ligne frontière, derrière Qouneitra, l’EI a utilisé une voiture piégée contre les rebelles d’al-Nosra », a précisé l’officier, se référant à une attaque à la fin de l’année 2015 menée par l’Etat islamique.

Ce mois-ci dans le village d’al-Ashe, plus au sud dans la province de Qouneitra, une voiture piégée a également tué 18 membres d’Al-Nosra mais aucun groupe n’a officiellement revendiqué l’attaque, selon Al-Jazeera.

« La décision d’amener cette voiture piégée du plus profond en Syrie et de l’utiliser contre les rebelles locaux ou à la faire exploser sur notre passage de la frontière – c’est juste une question de décision. Nous ne pouvons pas exclure cette possibilité », a souligné l’officier de Tsahal.

« Mais si vous me demandez où je préférerais faire face à l’ennemi, ce serait à la frontière. Je suis plus prêt à le faire ici que dans Tel Aviv. Vous ne voyez pas tous les chars et les missiles et les drones – mais ils sont ici », a-t-il ajouté, se référant à l’épais brouillard matinal qui nous empêchait d’avoir une visibilité complète.

« Et s’ils ont besoin d’opérer à travers la frontière, ils vont le faire », a-t-il fait valoir.

Il y a déjà eu des attaques délibérées contre les forces israéliennes et des civils, principalement sous la forme de tirs légers contre les jeeps de Tsahal, en plus de l’occasionnel tir de mortier ou de missile errant sur les hauteurs du Golan.

Les proches de l'adolescent arabe israélien, Mohammed Karkara, 15 ans, en train de porter son cercueil lors de ses funérailles dans le village d'Arrabe dans le nord d'Israël, le 23 juin 2014 (Crédit : AFP / JACK GUEZ)
Les proches de l’adolescent arabe israélien, Mohammed Karkara, 15 ans, en train de porter son cercueil lors de ses funérailles dans le village d’Arrabe dans le nord d’Israël, le 23 juin 2014 (Crédit : AFP / JACK GUEZ)

En juillet 2014, un adolescent israélien de 15 ans a été tué lorsque la voiture dans laquelle il était a été touchée par un missile anti-char, dans ce que l’armée israélienne avait décrit à l’époque comme une « attaque intentionnelle ».

Mais les tirs occasionnels de sniper ou de grenades ne sont seulement que la partie émergée de l’iceberg des éventuelles attaques terroristes en provenance de Syrie. Les voitures piégées, les enlèvements et les grands engins explosifs improvisés ont tous été identifiés comme des formes d’attaque potentielles qui pourraient être menées contre Israël, a déterminé l’armée israélienne.

« [Les terroristes] peuvent conduire une voiture jusqu’à la frontière et décider s’ils veulent tirer une roquette sur une cible israélienne ou couper la clôture, rentrer et essayer de kidnapper un agriculteur local », a analysé l’officier.

« Voilà pourquoi nous restons à jour sur les renseignements et gardons un bon contrôle et nous restons préparés pour ce scénario », a-t-il ajouté.

Mettre le feu aux poudres avec un tir errant

La menace émanant de la Syrie ne prend pas seulement la forme d’attaques intentionnelles mais aussi la forme de retombées à la fois des luttes intestines entre les rebelles et les combats contre les forces d’Assad, qui a le potentiel de transformer le calme tendu en un conflit.

Alors qu’Israël ne veut pas se laisser entraîner dans le chaos de la guerre civile syrienne, l’armée israélienne ne peut pas accepter les violations à la souveraineté israélienne comme les tirs de mortier errants ou d’autres débordements des combats dans la province de Qouneitra.

Un grand incendie qui fait rage près de Kfar Sold, causé par des missiles tirés depuis le côté syrien de la frontière israélo-syrienne et qui a touché des zones ouvertes dans les hauteurs du Golan dans le nord d'Israël, le 20 août 2015 (Crédit : Basel Awidat / Flash90)
Un grand incendie qui fait rage près de Kfar Sold, causé par des missiles tirés depuis le côté syrien de la frontière israélo-syrienne et qui a touché des zones ouvertes dans les hauteurs du Golan dans le nord d’Israël, le 20 août 2015 (Crédit : Basel Awidat / Flash90)

« Il y a un an et demi, une roquette a touché une cave et a répandu quelque 10 000 litres de vin dans le kibboutz ici », a déploré l’officier.

Un Israélien a été blessé par des éclats d’obus dans cet incident qui a eu lieu le 27 août 2014, mais seulement légèrement.

« Nous n’avons pas riposté parce que nous avons conscience que c’est une situation compliquée et nous ne voulons pas commencer un échange de tirs en raison de quelque chose qui se passe à l’intérieur de la Syrie », a expliqué l’officier.

Mais la patience d’Israël a ses limites. Une attaque intentionnelle ou un cas particulièrement extrême de tir errant justifieront une réponse israélienne, a ajouté l’officier.

« Si quelqu’un est blessé ou qu’ils frappent un village israélien et que nous voyons le tank qui l’a fait, nous le détruirons », a-t-il précisé.

« Nous l’avons fait dans le passé et nous ferons respecter notre droit de le faire ».

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