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Syrie : Après le veto russe, de nombreux déplacés craignent l’arrêt des aides

La Russie a mis son veto au Conseil de sécurité de l'ONU à un projet de résolution prolongeant d'un an l'autorisation d'aides transfrontalières à la Syrie

Illustration : des Syriens évacués en bus des régions de Fuaa et Kafraya, dans la province d'Idlib, au nord de la Syrie, le 19 juillet 2018. (Crédit :AFP/STR)
Illustration : des Syriens évacués en bus des régions de Fuaa et Kafraya, dans la province d'Idlib, au nord de la Syrie, le 19 juillet 2018. (Crédit :AFP/STR)

« Nous allons mourir », « c’est une catastrophe », « politique de famine ». Des déplacés dans des zones contrôlées par les jihadistes et les rebelles dans le nord-ouest de la Syrie s’en sont pris samedi à la Russie après son veto à l’ONU menaçant des aides cruciales.

Vendredi, la Russie, alliée et soutien militaire du régime de Bachar al-Assad, a mis son veto au Conseil de sécurité de l’ONU à un projet de résolution prolongeant d’un an l’autorisation d’aides transfrontalières à la Syrie sans l’aval du pouvoir à Damas, Moscou n’acceptant qu’une extension de six mois.

Cette autorisation via le point de passage de Bab al-Hawa à la frontière syro-turque, qui permet d’éviter les zones aux mains du régime, expire dimanche. Les 10 membres non permanents du Conseil de sécurité devraient proposer une extension de neuf mois pour sortir de l’impasse, selon des diplomates.

En vigueur depuis 2014, le dispositif transfrontalier vient en aide à plus de 2,4 millions de personnes dans des secteurs de la province d’Idleb et du nord de la province voisine d’Alep sous contrôle des groupes jihadistes et rebelles.

« Le projet faisait fi de la souveraineté de Damas », a dénoncé le diplomate russe à l’ONU, Dmitry Polyanskiy, laissant entendre que Moscou n’accepterait aucun autre texte ne reprenant pas six mois.

« La Russie a détruit nos maisons, a détruit nos enfants et nous a poussés à la fuite (…) Aujourd’hui, elle veut fermer le point de passage » de Bab al-Hawa, a lancé à l’AFP Ftaim, 45 ans, qui vit dans un camp de déplacés dans le nord de la province d’Idleb.

« Si le point de passage de Bab al-Hawa ferme (…) nous allons mourir », a fulminé cette mère de 14 enfants.

Le président russe Vladimir Poutine s’adresse aux soldats à la base aérienne de Hemeimeem, en Syrie, le 12 décembre 2017. (Crédit : Mikhaïl Klimentyev/Pool Photo via AP, File)

« Famine »

Plus de 4 600 camions d’aide transportant principalement de la nourriture ont traversé le passage de Bab al-Hawa cette année, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Samedi, il était fermé en raison de l’Aïd al-Adha, la fête musulmane qui marque la fin du hajj, selon un correspondant de l’AFP sur place.

Le veto russe a gâché la fête pour de nombreux déplacés pour qui ces aides sont cruciales.

« Ils savent très bien que la plupart des habitants des camps (de déplacés) dépendent de ces aides », s’est indigné Abdel Salam Youssef. Le veto russe est « une catastrophe », a ajouté ce déplacé.

La province d’Idleb, dernier bastion des jihadistes et des rebelles dans la Syrie en guerre, abrite en majorité des déplacés vivant dans la pauvreté.

Le veto russe incarne « la politique de siège et de famine à laquelle la Russie recourt à travers la Syrie », a dénoncé à l’AFP Mazen Allouche, responsable au passage de Bab al-Hawa.

Des Syriens à l’arrière d’un camion fuient l’avancée des forces gouvernementales dans la province d’Idlib, en Syrie, vers la frontière turque, le 30 janvier 2020. (Crédit : Ghaith Alsayed/AP)

« Mépris pour la vie humaine »

Un non-renouvellement de l’autorisation serait « un prélude à une famine incontrôlable et menacerait directement la sécurité alimentaire de plus de quatre millions de personnes », a ajouté M. Allouche.

Le dispositif transfrontalier comprend des aides médicales considérées comme une bouée de sauvetage pour le secteur de la santé de la région, décimée après 11 ans de guerre.

Son non-renouvellement « conduirait à l’effondrement total du secteur de la santé », a averti Salem Abdane, directeur de la santé d’Idleb.

Cela entraînerait « la fermeture de 21 hôpitaux, 12 centres médicaux et mettrait fin à plusieurs projets, y compris des campagnes de vaccination », a-t-il ajouté, mettant en garde contre une « augmentation du taux de mortalité et des maladies ».

Le veto de Moscou, clé dans le dossier syrien, était vendredi le 17e depuis le déclenchement de la guerre en Syrie en 2011.

« Le veto cynique de la Russie (…) montre que le mépris des dirigeants russes pour la vie humaine pourrait approcher un niveau record », a dénoncé l’ONG Human Rights Watch.

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