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Tel Aviv : Les travaux ferroviaires potentiellement à l’origine de cas de zoonoses transmises par les rats

Des patients souffrant de typhus murin et de leptospirose ont été diagnostiqués dans la zone ; ils disent voir ces rongeurs dans les quartiers, et même dans les habitations

Photo d'illustration d'un rat. (Crédit : Heiko Kiera/Shutterstock.com)
Photo d'illustration d'un rat. (Crédit : Heiko Kiera/Shutterstock.com)

Les hôpitaux situés dans le secteur du grand Tel Aviv ont fait part d’une recrudescence significative des cas de typhus murin et de leptospirose au cours des dernières années. Ces maladies sont toutes les deux propagées par les rats et les patients ont déclaré, de leur côté, voir toujours plus de ces rongeurs dans les quartiers, sur les terrains de jeu, dans les jardins – et même dans les maisons.

Les médecins qui se sont exprimés auprès du Times of Israel ont exprimé leur inquiétude face à d’éventuels problèmes sanitaires importants et qu’il faut impérativement prendre en compte. Ils affirment, de surcroît, qu’il est probable que ces rats, qui vivent dans les égouts, sous terre, ont refait surface en résultat des travaux d’excavation et de construction entrepris en vue de la mise en place des nouvelles lignes de tramway desservant Tel Aviv et les villes environnantes, dont la première a ouverte l’été dernier.

La professeure Yasmin Maor, à la tête de l’unité des maladies infectieuses de l’hôpital Wolfson de Holon, au sud de Tel Aviv, affirme que son établissement a pris en charge seize cas de typhus murin en 2022 et en 2023 contre seulement un dans les cinq années précédentes.

« C’est une augmentation qui est vraiment importante. C’est une tendance qui continue sur une pente quasi-épidémiologique », avertit-elle.

Le ministère de la Santé, de son côté, a déclaré au Times of Israel qu’à Bnei Brak, une ville ultra-orthodoxe située à l’est de Tel Aviv, il y a eu neuf cas de typhus murin qui ont été enregistrés en 2023 et deux en 2022.

La professeure Galia Grisaru-Soen est la directrice du service pédiatrique de maladies infectieuses à l’hôpital pour enfants Dana-Dwek, qui fait partie de l’hôpital Sourasky-Ichilov de Tel Aviv. Elle a dit au Times of Israel qu’elle a eu connaissance, ces dernières années, d’un cas de typhus murin et de deux cas de leptospirose chez des adultes, et de trois cas de leptospirose chez des enfants.

Une puce à rat au Royaume-Uni, en 1915. (Crédit : Olha Schedrina / The Natural History Museum, CC BY 4.0 via Wikimedia Commons)

« Je crains qu’il ne s’agisse que du sommet de l’iceberg, parce que ces maladies nécessitent un dépistage spécifique. Si quelqu’un ne présente que des symptômes modérés et qu’il ne va pas voir un spécialiste des maladies infectieuses, le diagnostic ne sera probablement jamais établi de manière appropriée », dit Maor.

Maor, qui soigne les adultes, dit que les seize cas de typhus murin qui ont été pris en charge à Wolfson concernaient des patients dont les âges allaient d’une vingtaine d’années à 70 ans.

Le typhus murin est entraîné par une bactérie, la Rickettsia typhi, et il se propage chez l’être humain quand ce dernier entre en contact avec des puces qui ont, au préalable, mordu des rats ou d’autres animaux contaminés.

L’infection humaine survient lorsque la puce, elle-même touchée, mord une personne. Au même moment où la puce se nourrit, elle excrète également des déchets. Le déchet contenant la bactérie peut alors entrer dans la morsure ouverte ou dans une autre blessure présente sur le corps. Une personne peut aussi inhaler un excrément de puce par la bouche ou le nez ou la porter à ses yeux, permettant à la bactérie d’entrer dans l’organisme.

La leptospirose, qui est causée par une bactérie du genre leptospira, se propage par le biais de l’urine des animaux infectés – et les rats sont l’un de ses porteurs. Les êtres humains peuvent être contaminés lorsqu’ils entrent en contact avec de l’eau, avec de la terre ou avec de la nourriture infectées par l’urine des animaux. La bactérie peut pénétrer dans l’organisme grâce à des lésions cutanées ou par les muqueuses des yeux, du nez et de la bouche.

La professeure Yasmin Maor, cheffe du département des maladies infectieuses de l’hôpital Wolfson. (Autorisation)

Aucune de ces deux maladies n’est transmissible d’homme à homme. Il y avait déjà eu des apparitions sporadiques du typhus murin dans les villes israéliennes, par le passé, ainsi que des foyers de leptospirose dans les voies d’eau du nord d’Israël.

Si certaines personnes touchées par la bactérie Rickettsia typhi peuvent ne montrer aucun symptôme, un grand nombre en développent – des symptômes proches de ceux d’une grippe, avec une fièvre élevée, des courbatures, mais aussi des nausées, des vomissements, une perte d’appétit et une toux persistante. Certains développent également des éruptions cutanées. Même si le typhus murin n’est habituellement pas mortel et qu’il se soigne à l’aide d’antibiotiques, certains cas peuvent toutefois s’avérer graves, nécessitant une prise en charge dans les services de soins intensifs.

« Nous pouvons voir parfois des complications comme des encéphalites, des atteintes au poumon et au cœur, ou encore des défaillances multiviscérales », explique Maor.

Les symptômes de la leptospirose sont similaires à ceux du typhus murin. La seule différence majeure est que les personnes infectées par la bactérie du genre Leptospira peuvent aussi être touchées par une jaunisse (où les yeux et la peau virent au jaune).

Grisaru-Soen dit que l’un de ses patients, dans son service de pédiatrie, a dû être pris en charge dans une unité de soins intensifs pour une version extrême de leptospirose, la maladie de Weil, présentant une insuffisance rénale grave, des hémorragies et des symptômes de détresse respiratoire. « Heureusement, tous les enfants qui ont été hospitalisés et notamment celui-là ont guéri », a-t-elle indiqué.

Maor et Grisaru-Soen soupçonnent toutes les deux que cette augmentation des cas est liée aux changements survenant dans l’environnement urbain, des changements qui rapprochent les rats des êtres humains et de notre environnement.

La professeure Galia Grisaru-Soen, directrice du service des maladies infectieuses de l’hôpital pédiatrique Dana-Dwek de Tel Aviv. (Crédit : Miri Gattenyo/Ichilov Hospital)

« Cela reflète un manque de contrôle de la population des rats, indépendamment de la raison qui est à l’origine de ce manque. Les rats sont passés d’un endroit à un autre et la situation n’est pas bien maîtrisée », déplore Maor.

Grisaru-Soen note que tous les enfants atteints de leptospirose vivaient dans le sud de Tel Aviv, un secteur connu pour la médiocrité de son assainissement public et de son insalubrité plus généralement.

« Ce sont de jeunes enfants qui ont entre trois et dix ans et qui jouent dans les cours des bâtiments ou dans les rues. Leurs parents nous ont signalé qu’ils voyaient énormément de rats autour des immeubles qu’ils habitent », ajoute-t-elle.

« Dans notre région, on voit beaucoup plus de rats dans les rues que ce n’était le cas auparavant. Environ la moitié des patients nous ont dit qu’ils avaient eu un contact, d’une manière ou d’une autre, avec un rat dans leur environnement proche. Ils ont vu des rats chez eux ; dans leur jardin, autour de la maison ou lorsqu’ils marchaient dans la rue », explique Maor.

Elle ajoute que, même si elle n’a aucune preuve directe, il est plausible, à ses yeux, que cette plus grande promiscuité avec les rats résulte des projets de construction du tramway et du métro, avec des travaux en cours depuis des années à Tel Aviv et dans les environs.

« Nous avons vu dans nos données que nos patients souffrant de typhus murin vivaient plus près des futures lignes ferroviaires que les patients qui n’avaient pas le même diagnostic tout en développant des symptômes similaires. Mais ce n’est qu’une association et je ne suis pas sûre qu’il s’agisse là d’une explication, mais c’est possible », indique Maor.

Des ouvriers travaillent sur le chantier du tramway de Tel Aviv, le 2 août 2016. (Crédit : Roman Yanushevsky / Shutterstock.com)

« Nous partageons les statistiques qui sont maintenant en notre possession pour sensibiliser les médecins généralistes qui pourraient ne pas reconnaître ces maladies chez leurs patients atteints par ces symptômes non-spécifiques, parce que ces maladies nécessitent un dépistage spécialisé. Nous planifions de publier bientôt ces données », déclare-t-elle.

Le ministère de la Santé – qui reçoit un rapport sur chaque cas de maladie infectieuse – déclare que dans la mesure où ces zoonoses sont entraînées par les rats, il revient aux départements municipaux chargés de la salubrité publique de contrôler les éventuelles infestations. De son côté, la municipalité de Tel Aviv-Yafo insiste sur l’efficacité de ses systèmes actuellement en place.

« Le département sanitaire de la municipalité de Tel Aviv-Yafo a maintenu un modèle innovant depuis des années, où un contrôleur est employé pour le compte de l’unité de supervision des constructions. Ce contrôleur visite des chantiers variés et il y fait appliquer les régulations en vigueur en lien avec les parasites, principalement avec les rats et avec les moustiques », a déclaré un porte-parole.

Illustration : Un rat. (anatolypareev/iStock)

« L’unité chargée de leur extermination met en place des mesures proactives dans les espaces publics et elle collabore avec les inspecteurs pour émettre des directives concernant le nettoyage des jardins, de manière à enlever les débris et les objets qui servent de cache pour les rats. Des efforts d’extermination proactifs et ciblés sont aussi entrepris dans les secteurs où des infestations de rats sont soupçonnées, comme les terriers, les systèmes d’assainissement, les marchés et les plages », a-t-il ajouté.

« Si la responsabilité du contrôle de la population de rats relève des gouvernements locaux, les individus peuvent tenter d’éviter d’être infectés en restant à l’écart des rats qu’ils sont susceptibles d’apercevoir ainsi que des secteurs où ils ont été remarqués », a-t-il poursuivi.

« C’est évidemment beaucoup plus difficile si des rats s’aventurent chez vous, ce qui renforce votre risque d’exposition », a dit Maor.

Elle a aussi averti qu’avec le typhus murin, le problème est davantage celui des puces que des rats.

« Dans ce cas, pas besoin de voir un rat à côté de vous. Vous devez juste être en contact direct avec une puce qui a mordu le rat infecté avant de vous sauter dessus. Se doter d’un répulsif anti-insecte peut être une bonne chose », explique-t-elle.

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