Témoignage de harcèlement et d’antisémitisme en fac de médecine
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Témoignage de harcèlement et d’antisémitisme en fac de médecine

Etudiante à Bobigny, Rose explique avoir été témoin de comportements antisémites et avoir été mise à l'écart quand elle s'en est plainte

Le campus de Bobigny. (Crédit photo : capture d’écran du site univ-paris13.fr)
Le campus de Bobigny. (Crédit photo : capture d’écran du site univ-paris13.fr)

Le 25 avril dernier, l’émission « Envoyé Spécial », sur France 2, diffusait un reportage intitulé « L’antisémitisme au quotidien ».

Dans le documentaire, les témoignages d’un « antisémitisme permanent » se succèdent. Tandis qu’un père de famille a vu la porte de son appartement taguée et a été le destinataire d’une lettre de menaces, un couple explique avoir été cambriolé, ligoté et frappé dans leur résidence. Rose, qui témoigne anonymement, a elle été victime d’harcèlement et d’humiliations pendant un an à l’université.

Etudiante à l’université de Bobigny en deuxième année de médecine, elle explique que ses nouveaux camarades pratiquaient « un humour noir, sur les Portugais, les Noirs, les musulmans, les homosexuels, les Juifs, les migrants… »

Autant sur les réseaux sociaux que dans les discussions privées, les remarques antisémites affluaient. « Rien n’est gratuit chez les Juifs », « J’ai pas compris pourquoi t’as autant de méchanceté gratuite : t’es pas Juif pourtant », a-t-elle notamment pu lire dans des groupes de discussion.

Les clichés antisémites seraient ainsi devenus une obsession chez ses camarades, qui sont allés jusqu’à faire un classement des « bons » et des « mauvais juifs » parmi les étudiants, explique-t-elle. Rose se retrouve ainsi épinglée comme « Juive de niveau 75, prestige 4, prête à tout pour la communauté ». Un autre se retrouve « Juif de niveau 31, impliqué mais capacités à trainer avec des goys ».

« Ça me fait penser à ce qui se passait sous l’Allemagne nazie », explique Rose. « Lorsqu’on répertoriait les Juifs avec des noms et leurs différentes pratiques, et qu’après on les envoyait dans les camps parce qu’on avait des listes de Juifs. Là, ils sont en train de faire une liste de Juifs. »

Quand elle a demandé à ses camarades de cesser leurs remarques, ceux-ci ont « très mal » réagi. « C’est moi qui n’ai pas d’humour ; c’est moi qui n’ai pas de second degré ; je n’ai pas d’ironie ; je ne suis pas drôle », lui a-t-on dit, lui rapprochant d’être dans « l’excès » et de « faire une montagne pour pas grand-chose ».

Lors de l’année scolaire, Rose explique également avoir été accueillie par un salut nazi de la part de l’une de ses camarades. Alors qu’elle prend ses distances et quitte les groupes de conversations privées suite à cet épisode, elle fait à nouveau face à un antisémitisme dans une conversation liée à l’organisation d’un week-end d’intégration.

Dans ce groupe, l’un des étudiants propose comme thème « les Juifs vs les nazis ». Un autre explique déjà se « réserver » le rôle d’Hitler. Un élève crée un photomontage faisant office d’affiche pour l’événement, avec « la présidente du week-end grimée en soldat nazi, et la photo d’un étudiant juif brûlant dans des flammes ».

« Je ne comprends pas comment on peut rire de six millions de Juifs assassinés », rapporte Rose avec émotion. « Je ne comprends pas comment on peut nous classer comme des animaux. On ne fait pas ça en 2019, dans une faculté de médecine. On vient tous de milieux plutôt favorisés, donc on n’est pas dans l’ignorance. J’estime qu’à aucun moment ça ne peut être une forme d’humour. »

Rose finira par porter plainte contre huit étudiants. Un seul sera visé par une procédure disciplinaire ; les autres bénéficiant de non-lieu de la part de l’université qui a considéré que les messages relevaient de la sphère privée. Rose se constituera partie civile afin qu’une nouvelle enquête soit ouverte. Mise à l’écart, elle change d’université.

Le professeur Jean Sibilia (Crédit photo : Reseau-CHU.org)

En mars dernier, le professeur Jean Sibilia tirait la sonnette d’alarme face à « une recrudescence d’actes racistes et antisémites » dans les campus.

Le mois précédent, la Conférence des doyens des facultés de médecine françaises avait publié un communiqué évoquant sa préoccupation face à « une recrudescence d’actes racistes et antisémites perpétrés à l’encontre des enseignants, des autorités et des étudiants de confession juive ».

Selon Sibilia, interrogé par le magazine Le Point, le phénomène serait similaire à « ce qui se passe dans le reste de la société française. Nos universités ne sont pas isolées du monde ». Il faisait état de la hausse de
74 %
 des actes antisémites entre 2017 et 2018.

« Les propos antisémites se multiplient aussi dans nos facultés de santé. Les agressions également. Ce sont plus souvent des inscriptions que des altercations », a-t-il souligné. Et de condamner : « Nous ne pouvons pas l’accepter. Pas plus tard que la semaine dernière, j’animais un séminaire dans un amphithéâtre de Strasbourg. Et mon voisin m’a montré une inscription antisémite sur une table. Je crois que c’est à ce moment-là que je me suis dit : ça suffit ! »

Les facultés de santé « doivent réaffirmer les valeurs qui les fondent : valeurs de tolérance, d’ouverture aux autres et d’humanisme », avait-il ajouté. Elles entendent « lutter avec la même énergie contre toutes les formes d’intolérance : qu’il s’agisse de l’antisémitisme, de l’homophobie ou du sexisme. Le racisme n’a pas sa place sur nos campus. »

La semaine dernière, Sciences Po Strasbourg a été épinglé pour des chants négationnistes et racistes lors d’un tournoi sportif.

Les propos « Et 1, et 2, et IIIe Reich ! Et 4, et 5 et 6 millions ! Et 7 et 8 et prouvez-le ! » auraient notamment été proférés par des étudiants de la délégation strasbourgeoise, selon la page Facebook « Paye ton IEP ».

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