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Texte intégral du discours de Mahmoud Abbas à l’Assemblée générale des Nations unies

La paix serait impossible sans État palestinien, Israël détiendrait les dépouilles de 600 "martyrs" et le gouvernement Netanyahu serait responsable des homicides d'Arabes israéliens

Le dirigeant de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s'adressant à la 78e session de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 21 septembre 2023. (Crédit : Richard Drew/AP Photo)
Le dirigeant de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s'adressant à la 78e session de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 21 septembre 2023. (Crédit : Richard Drew/AP Photo)

Voici le texte intégral du discours prononcé par le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas devant l’Assemblée générale des Nations unies, à New York le 21 septembre 2023, selon la traduction simultanée de l’ONU à partir de l’arabe.

« Ceux qui pensent que la paix peut prévaloir au Moyen-Orient sans que le peuple palestinien ne jouisse pleinement de ses droits légitimes et nationaux se trompent.

Une fois de plus, je viens à vous, portant la cause de mon peuple qui lutte pour la liberté et l’indépendance, pour vous rappeler la tragédie causée par la Nakba [le mot arabe signifiant catastrophe] il y a 75 ans.

Les effets de cette Nakba se poursuivent et sont exacerbés par l’occupation israélienne de notre terre. Cette occupation remet en question vos résolutions – plus de 1 000 résolutions, en réalité.

Cette occupation viole les principes du droit international et de la légitimité internationale tout en menant une course contre la montre pour changer les réalités historiques, géographiques et démographiques sur le terrain, dans le but de perpétuer l’occupation et d’ancrer l’apartheid.

Malgré cette douloureuse réalité et 30 ans après les Accords d’Oslo, qu’Israël a totalement rejetés, nous gardons l’espoir que votre estimée organisation mettra en œuvre ses résolutions exigeant la fin de l’occupation israélienne de notre territoire et la réalisation de l’indépendance de l’État pleinement souverain de Palestine avec Jérusalem-Est comme capitale sur les frontières du 4 juin 1967, ainsi que la résolution de la question des réfugiés palestiniens, conformément aux résolutions de la légitimité internationale, en particulier la résolution 194 de l’Assemblée générale et les résolutions pertinentes de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité, qui affirment toutes l’illégalité de l’occupation israélienne et de ses colonies – en particulier la résolution 2334 et l’Initiative de paix arabe.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s’adressant à la 78e session de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 21 septembre 2023. (Crédit : Richard Drew/AP Photo)

Mesdames et Messieurs, alors que je me tiens devant vous, le gouvernement israélien raciste de droite poursuit ses attaques contre notre peuple, son armée et ses colons racistes et terroristes continuent d’intimider et de tuer notre peuple, de détruire nos maisons et nos biens, de voler notre argent et nos ressources et continuent de refuser de libérer les corps de nos martyrs – 600 dépouilles sont retenues. Pour quelle raison ? Je n’en sais rien. Et cela se fait, en toute impunité, sous les yeux du monde entier.

Au contraire, les dirigeants et les ministres de ce gouvernement se sont vantés des politiques d’apartheid qu’ils pratiquent à l’encontre de notre peuple sous occupation.

Le gouvernement d’occupation israélien persiste également dans ses violations de la ville de Jérusalem et de son peuple. Il continue d’attaquer nos sites sacrés islamiques et chrétiens. Il viole le statut historique et juridique des lieux saints, en particulier la mosquée Al-Aqsa, que la légitimité internationale a reconnue comme un lieu de culte exclusif pour les seuls musulmans, y compris la salle de prière de Bab al-Rahma et le mur d’al-Buraq. Selon une résolution de la Société des Nations (SDN) de 1930, la puissance occupante creuse aussi fébrilement ses tunnels sous et autour de la mosquée Al-Aqsa, menaçant son effondrement ou l’effondrement de parties de celle-ci, ce qui conduirait à une explosion aux conséquences incalculables.

Nous avons à maintes reprises mis en garde contre la transformation du conflit politique en un conflit religieux dont Israël porterait l’entière responsabilité.

Par la présente, j’appelle la communauté internationale à assumer ses responsabilités en préservant le statut historique et juridique de Jérusalem et de ses lieux saints, en particulier la mosquée d’Al-Aqsa et l’Église du Saint-Sépulcre, ainsi que la mosquée Ibrahimi à Hébron.

Je me demande ici pourquoi garder le silence sur toutes les violations flagrantes du droit international commises par Israël, la puissance occupante ? Pourquoi Israël n’est-il pas soumis à une sérieuse obligation de rendre des comptes ? Pourquoi des sanctions ne lui sont-elles pas imposées pour avoir ignoré et violé les résolutions internationales, comme c’est le cas pour d’autres pays dans le monde ? Pourquoi pratiquer une politique de deux poids, deux mesures lorsqu’il s’agit d’Israël ? Pourquoi accepter qu’Israël soit un État au-dessus des lois ?

N’est-il pas temps de répondre à ces questions ? N’est-il pas temps ? Pour notre part, nous poursuivrons notre quête de responsabilité et de justice auprès des instances internationales compétentes à l’encontre d’Israël en raison de la poursuite de l’occupation israélienne de notre terre et des crimes qui ont été commis et sont encore commis à notre encontre, ainsi qu’à l’encontre de la Grande-Bretagne et de l’Amérique pour leurs règles dans la fatidique Déclaration de Balfour. Oui, contre la Grande-Bretagne et l’Amérique et contre tous ceux qui ont joué un rôle dans la catastrophe et la tragédie de notre peuple. Nous n’oublierons pas la tragédie, nous n’oublierons pas la douleur. Nous demandons une reconnaissance, nous demandons des excuses – une reconnaissance et des excuses. Nous demandons des réparations, nous demandons des compensations conformément au droit international.

Mesdames et Messieurs, compte tenu de l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix en raison de la politique d’Israël, nous nous présentons devant vous pour lancer un nouvel appel en faveur de l’organisation d’une conférence internationale pour la paix. Organiser une conférence internationale pour la paix à laquelle participeront tous les pays soucieux d’instaurer la paix au Moyen-Orient.

Je demande donc à votre honorable organisation et au secrétaire-général, Antonio Guterres, de prendre les dispositions nécessaires pour convoquer cette conférence de paix, qui pourrait être la dernière occasion, la dernière chance, de sauver la solution à deux États et d’empêcher la situation de se détériorer plus gravement et de menacer la sécurité et la stabilité de notre région et du monde entier.

J’appelle également votre organisation et le secrétaire-général à agir pour mettre en œuvre les résolutions visant à assurer la protection du peuple palestinien. Nous exigeons une protection. Nous voulons être protégés de l’occupation, des agressions constantes de l’armée d’occupation et des colons israéliens terroristes. Nous demandons à être soutenus lorsque nous nous adressons aux tribunaux internationaux et aux organismes compétents, car la situation actuelle est intolérable.

Mesdames et Messieurs, face à tout ce qu’Israël est en train de faire – détruire systématiquement une solution à deux États – il est devenu nécessaire, et afin de sauver la solution, d’appeler les États membres de votre estimée organisation – chaque État dans sa capacité nationale – à prendre des mesures pratiques sur la base des résolutions pertinentes de la légitimité internationale et du droit international.

J’appelle également les États qui n’ont pas encore reconnu l’État de Palestine à déclarer leur reconnaissance. Je demande que l’État de Palestine soit admis comme membre à part entière des Nations unies. Le monde entier parle de deux États : Israël et la Palestine. Mais seul Israël est reconnu. Pourquoi pas la Palestine ?

Je ne peux ni comprendre ni accepter que certains États, y compris l’Amérique et les États européens, soient réticents à reconnaître l’État de Palestine, que les Nations unies ont accepté en tant qu’État observateur. Ces mêmes États confirment chaque jour qu’ils soutiennent la solution des deux États. Mais ils ne reconnaissent qu’un seul de ces États, à savoir Israël. Pourquoi ? Quel est le danger que représente l’obtention par l’État de Palestine du statut de membre à part entière des Nations unies ? Quel est le danger ? Israël bénéficie de cette reconnaissance internationale, bien qu’il n’ait pas respecté les conditions de son adhésion aux Nations unies.

Des musulmans palestiniens se dirigeant vers la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, sur le mont du Temple, pour assister à la prière du deuxième vendredi midi du ramadan, attendant de passer un poste de contrôle dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 31 mars 2023. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Ces conditions sont notamment la mise en œuvre des résolutions 181 et 194. Nous demandons donc à votre estimée organisation de prendre des mesures dissuasives contre Israël jusqu’à ce qu’il remplisse ses obligations, du moins celles qui ont été présentées dans une déclaration écrite par son ministre des Affaires étrangères de l’époque, Moshe Sharet. Il s’était engagé par écrit à mettre en œuvre ces résolutions en 1949, mais rien ne s’est passé depuis.

Notre demande est faite au nom de la paix et de la justice et par respect pour le droit international, la légitimité internationale et cette organisation estimée.

Mesdames et Messieurs, notre peuple défend sa patrie et ses droits légitimes par une résistance pacifique et populaire. Telle est notre politique. C’est une option stratégique pour l’auto-défense et pour libérer la terre d’une occupation coloniale qui ne croit pas en la paix et qui n’a aucune considération pour les principes de vérité, de justice et de valeurs humaines.

Nous poursuivrons notre résistance – notre résistance pacifique et populaire à cette occupation brutale jusqu’à ce qu’elle soit chassée de notre terre.

Nous gérons nos affaires dans des circonstances extrêmement difficiles et complexes en raison des restrictions qui nous sont imposées par la puissance occupante. Ces restrictions nous empêchent d’accéder à nos ressources naturelles.

La puissance occupante retient illégalement notre argent sans raison valable. Elle continue d’assiéger notre peuple dans la bande de Gaza, ce qui ne fait qu’aggraver ses souffrances.

Des émeutiers palestiniens affrontant les soldats israéliens à la frontière entre Israël et Gaza, à l’Est de Khan Younès, le 17 septembre 2023. (Crédit : Yousef Mohammed/Flash90)

En outre, Israël porte l’entière responsabilité, du fait de son contrôle sur tous les points de passage et les lignes de démarcation entre la Cisjordanie occupée et ses environs, de la dissémination délibérée d’armes, de drogues et d’assassinats criminels dans les villes arabes à l’intérieur d’Israël, dont une partie se répand dans nos régions, créant ainsi une grande menace pour la sécurité sociétale des Palestiniens partout sur notre territoire.

Permettez-moi de vous dire que tant que nous continuerons à souffrir de l’odieuse occupation israélienne, nous continuerons à avoir besoin de l’aide financière de la communauté internationale. Lorsque l’occupation prendra fin, nous vous remercierons de votre aide.

En plus du soutien financier provincial crucial à l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), celui-ci a un besoin urgent d’aide pour soutenir les réfugiés. Nous sommes reconnaissants à la communauté internationale pour le soutien qu’elle nous a apporté afin de construire notre État et notre économie, et nous espérons que ce soutien se poursuivra jusqu’à la fin de l’occupation. Aidez-nous à nous débarrasser de votre occupation et nous pourrons compter sur nous-mêmes.

Mesdames et Messieurs, nos institutions publiques sont engagées dans un processus global de développement et de réforme et, dans ce contexte, elles coopèrent avec les institutions internationales et les partenaires de la région et du monde.

Récemment, nous avons organisé des élections locales et des élections pour les institutions, les fédérations, et les syndicats entre autres. Il existe un comité spécialisé chargé de développer le secteur de la justice en Palestine. La société civile joue également son rôle et apporte de la vitalité à notre système politique.

Il ne nous reste plus qu’à organiser des élections générales démocratiques comme en 1996, 2005 et 2006. Nous en avons organisé, mais depuis lors, nous n’avons pas été en mesure d’organiser ces élections. Pourquoi ? Parce que le gouvernement israélien y fait obstacle en décidant d’empêcher la tenue d’élections à Jérusalem-Est. Les trois premiers tours de scrutin ont été autorisés à Jérusalem-Est. Ils n’ont pas été interrompus, malgré les interventions significatives de nombreux pays et organisations régionales et internationales, que nous apprécions, pour permettre au peuple palestinien de Jérusalem de voter et de se présenter comme candidat à ces élections.

Aujourd’hui, nous renouvelons notre rejet de toute position nous tenant pour responsables de la non-organisation de ces élections, qui sont une nécessité pour les Palestiniens et que nous voulons aujourd’hui, avant demain. Nous voulons des élections, mais nous voulons qu’elles se tiennent à Jérusalem-Est. Pourquoi Israël nous en empêche-t-il ? Posez-leur la question, s’il vous plaît.

Des membres du groupe terroriste palestinien du Hamas lors d’un rassemblement de solidarité avec les Palestiniens de Jérusalem et contre la décision du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas de reporter les élections, dans le camp de réfugiés de Jebaliya, dans la Bande de Gaza, le 30 avril 2021. (Crédit : Adel Hana/AP Photo)

Face à la position intransigeante du gouvernement israélien, nous continuerons à nous adresser aux organismes internationaux compétents pour demander des comptes au gouvernement israélien et l’obliger à nous permettre d’organiser ces élections qui n’ont que trop tardé.

Mesdames et Messieurs, j’ai participé à la commémoration du 75e anniversaire de la Nakba palestinienne de 1948, une tragédie reconnue par cette auguste organisation. Ce douloureux anniversaire continue d’être ignoré et nié par Israël, qui est le principal responsable de cette Nakba.

Je vous demande aujourd’hui de criminaliser ce déni, de criminaliser le déni de la Nakba et de faire du 15 mai de chaque année une journée internationale de commémoration de l’anniversaire de la Nakba, pour commémorer la vie des centaines de milliers de Palestiniens qui ont été tués dans les massacres commis par les gangs sionistes. Des Palestiniens dont les villages ont été démolis et qui ont été déplacés de force. Le nombre de ces réfugiés s’élevait à 950 000 en 1948, soit plus de la moitié de la population palestinienne de l’époque. C’est le moins que les Nations unies puissent faire en hommage à ces victimes et pour condamner cette tragédie humaine : commémorer l’anniversaire de la Nakba en 1948.

Mesdames et Messieurs, depuis plusieurs années, nous présentons notre récit palestinien, l’histoire de notre peuple qui a été délibérément déformée par la propagande sioniste et israélienne. Nous sommes soulagés que les peuples du monde et de nombreux pays du monde aient commencé à croire notre récit et à sympathiser avec lui après avoir été trompés pendant des décennies. Nous remercions également tous ceux qui ont contribué à partager ce récit, à le soutenir et à compatir.

Nous remercions les personnes conscientes qui, partout dans le monde, défendent aujourd’hui les droits des Palestiniens, et nous remercions ceux qui soutiennent la lutte de notre peuple pour la liberté et l’indépendance.

Tell es-Sultan, le 29 septembre 2011. (Crédit : Diego Delso via Wikimedia Commons/CC BY-SA)

Mesdames et Messieurs, le message que j’adresse aujourd’hui aux Israéliens est que cette occupation hideuse qui nous est imposée ne durera pas, quelles que soient leurs ambitions et leurs illusions, car le peuple palestinien restera sur sa terre, qu’il habite depuis des milliers d’années – une génération après l’autre – comme l’a encore confirmé une récente résolution de l’UNESCO sur la ville de Jéricho, dont l’existence remonte à 10 000 ans.

Les Palestiniens ne peuvent pas quitter leur terre, et si quelqu’un doit quitter cette terre, c’est l’occupant. C’est l’occupant qui doit partir, et non les Palestiniens, qui resteront sur leur terre.

Mon message à la communauté internationale est qu’elle doit assumer ses responsabilités avec courage et mettre en œuvre ses résolutions pour réaliser les droits des Palestiniens. Nous ne demandons rien de plus. Réaliser nos droits, mettre en œuvre nos résolutions – 1000 résolutions ont été adoptées. Nous demandons d’en appliquer une seule. Une seule résolution.

Enfin, je m’adresse à tous nos concitoyens en Palestine, dans les camps de réfugiés, dans la diaspora et partout dans ce vaste monde. Je vous adresse mes plus sincères remerciements et ma gratitude pour votre fermeté, pour la défense de votre juste cause et de vos droits. Je rends hommage à nos martyrs vertueux, à nos prisonniers courageux et à nos blessés héroïques, et je dis à tous que le droit n’est jamais perdu lorsqu’il est revendiqué. La victoire est à nous. Nous célébrerons l’indépendance de notre État à Jérusalem, notre capitale éternelle, le joyau de la couronne et la fleur de toutes les villes. Pour eux, c’est impossible, pour nous, c’est inévitable. »

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