Texte intégral du document judiciaire déposé par Ronen Bar auprès de la Cour
Le chef de l'agence de sécurité intérieure déclare avoir été limogé pour avoir refusé sa loyauté absolue à Netanyahu, au détriment de la loi, et pour avoir défié les pressions visant à abuser des pouvoirs du Shin Bet au seul service du Premier ministre

Texte intégral de la déclaration sous serment du chef du Shin Bet, Ronen Bar
Ce qui suit est une traduction intégrale et non-officielle de la déclaration sous serment de huit pages du chef du Shin Bet, Ronen Bar, qui a été soumise à la Haute Cour de Justice en date du 22 avril 2025, dans le cadre des audiences consacrées aux requêtes qui ont été déposées contre son limogeage.
Bar a également soumis une déclaration sous serment classifiée de 31 pages, avec des annexes, qui n’a pas été rendue publique.
Je soussigné, Ronen Bar, ayant été averti que je dois dire la vérité et que je suis passible des sanctions prévues par la loi si je devais ne pas le faire, fais par la présente la déclaration écrite suivante :
1. Suite à l’affirmation qui a été faite par l’avocat du gouvernement au cours de l’audience, affirmation qui a laissé entendre que la déclaration que j’ai soumise à la Cour, le 4 avril 2025, aurait dû être étayée par une déclaration sous serment, et conformément à la décision prise, le 8 avril 2025, par l’Honorable Cour, je soumets respectueusement par la présente une déclaration sous serment relative au contexte factuel et pertinent en lien avec les interrogations qui ont été soulevées dans les recours.
2. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaite souligner deux points :
Tout d’abord, cette déclaration sous serment est aujourd’hui soumise conformément à la décision de la Cour, par sens de mon devoir envers les citoyens d’Israël, et aussi en raison de ma profonde inquiétude concernant la capacité des futurs chefs du service à maintenir le caractère étatique de l’organisation, son professionnalisme et ses opérations en stricte conformité aux mandats qui sont les siens par la loi, et ce, malgré les pressions extérieures et sans craindre que la menace d’un licenciement ne pèse sur eux – un licenciement effectué à la hâte et de façon inappropriée.
Je soumets cette déclaration sous serment malgré le lourd tribut que l’organisation et moi-même sommes amenés à payer
Je soumets cette déclaration sous serment malgré le lourd tribut que l’organisation et moi-même sommes amenés à payer, afin de sauvegarder l’indépendance professionnelle du service et l’indépendance de mon successeur, et de préserver la capacité de refuser des directives inappropriées et de permettre à l’Honorable Cour de statuer sur le dossier sur la base de fondements factuels aussi complets que possible.
Deuxièmement, les détails essentiels et leurs explications – y compris des références aux documents et aux enregistrements en temps réel – apparaîtront dans une déclaration sous serment classifiée qui sera soumise à la Cour et au Premier ministre uniquement, conformément à l’autorisation qui m’a été accordée par la Cour. Dans cette déclaration sous serment publique, j’ajouterai à la déclaration précédemment soumise en mon nom plusieurs détails en réponse aux demandes soulevées lors de l’audience devant Vos Honneurs. Cette division a été créée en raison de mon désir de préserver la nature politique de l’organisation et de préserver un espace protégé pour les échanges entre le Premier ministre et le chef du service.
L’origine de mon limogeage n’est pas à chercher dans la sphère professionnelle mais dans une exigence de loyauté personnelle à l’égard du Premier ministre
3. Je vais préciser d’emblée que, si je n’ai pas connaissance de toutes les raisons qui sous-tendent la volonté de mettre un terme à mon mandat, le cours des événements oblige à conclure que ces raisons ont commencé à prendre forme à la fin de l’année 2024 et au début de l’année 2025, et que l’origine de mon limogeage n’est pas à chercher dans la sphère professionnelle mais dans une exigence de loyauté personnelle à l’égard du Premier ministre.
Ces motifs, tels que je les comprends, ont entraîné une série d’agissements exceptionnels de la part du Premier ministre, des agissements qui ont été accompagnés d’une campagne médiatique lancée à mon encontre et à l’encontre de l’agence sur les plateformes de réseaux sociaux.
4. Dans ce contexte, je note que dès le début de la guerre et jusqu’au mois de novembre 2024, le service a fait l’objet d’éloges considérables de la part du Premier ministre – à des tribunes publiques comme à l’occasion de réunions de travail ou de discussions. À cet égard, je voudrais souligner en particulier les opérations de sauvetage d’otages vivants ou morts qui ont été lancées, la mise en échec de personnalités de premier plan à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, et bien d’autres choses encore. Le Premier ministre a tout à fait conscience du rôle tenu par l’agence – et de mon implication personnelle – dans le lancement, la planification, la direction et l’exécution de ces opérations, sans pour autant négliger les contributions apportées par nos partenaires des autres agences de sécurité.
Entre le mois de novembre 2024 et le mois de février 2025, j’ai pris, dans le cadre de mes fonctions, plusieurs décisions concernant le Premier ministre. Par exemple :
– J’ai autorisé, suite à la demande du chef d’état-major de Tsahal, l’ouverture d’une enquête sur le vol de documents militaires classifiés et leur transfert à des médias.
– J’ai refusé de rédiger un avis juridique qui avait pour objectif, dans les faits, d’empêcher la possibilité pour le Premier ministre de continuer à témoigner dans le cadre de son procès.
– Le projet d’enquête interne du Shin Bet a été soumis au Premier ministre. Ce projet se réfère à l’incapacité qui a été celle de l’agence à empêcher le massacre, tout en présentant la politique de longue date des responsables politiques en ce qui concerne la bande de Gaza, ainsi que les avertissements, qu’ils aient été exceptionnels ou répétés, qui ont été adressés par le Shin Bet au sommet de la hiérarchie politique tout au long de l’année 2023 – mises en garde qui ont été ignorées.
– Une lettre a été jointe au compte-rendu qui était adressé au Premier ministre, qui expliquait comment le renforcement militaire du Hamas avait pu s’effectuer sous les yeux de l’État d’Israël, un renforcement financé par le Qatar et rendu possible par une politique défensive – il soulignait la nécessité d’établir d’une commission d’enquête d’État qui serait chargée d’examiner tous les aspects du parcours qui a mené au 7 octobre.
– Le positionnement officiel du Shin Bet sur la nécessité, au nom de la sécurité nationale, d’établir une telle commission d’enquête a été transmise au secrétariat du cabinet.
– Une enquête supplémentaire a été ouverte à l’encontre d’employés du bureau du Premier ministre qui sont soupçonnés d’entretenir des liens avec le Qatar – un pays que le Premier ministre lui-même a décrit comme un État soutenant le terrorisme.
5. Je confirme tout ce qui a été écrit dans la lettre soumise en mon nom à la Cour le 4 avril 2025, et je déclare que tous les faits qui y sont détaillés sont vrais.
6. En ce qui concerne la section 13 de cette lettre (la manière dont le Service prend en charge les questions qui concernent les citoyens israéliens), je souhaite apporter les précisions suivantes :
a. L’Agence de sécurité israélienne (Shin Bet), conformément à ses responsabilités et à ses pouvoirs, a agi avec vigueur pour assurer la sécurité des institutions du gouvernement, y compris celle du Premier ministre lui-même, et pour déjouer les menaces terroristes et subversives. Toutefois, j’ai refusé d’utiliser les pouvoirs du Shin Bet d’une manière qui se serait écartée de son mandat et de son rôle – et j’ai très certainement refusé d’utiliser les pouvoirs du Shin Bet d’une manière qui aurait été susceptible de porter atteinte au droit à manifester légitimement.
b. Dans ce contexte, je note que sous ma direction, le Shin Bet a établi un certain nombre de critères encadrant l’exercice de ses pouvoirs. Ces critères se sont basés sur la définition de la subversion qui avait été présentée, il y a une dizaine d’années, devant la Cour suprême et qui avait été acceptée par cette dernière. Au cœur de cette définition : les activités illégales qui impliquent des éléments clandestins et qui présentent un potentiel de violence. Tout ce qui ne relève pas de ces critères ne relève pas des pouvoirs du Shin Bet, mais plutôt de la compétence de la police dans sa mission de maintien de l’ordre public. Dans les cas limites, mes collaborateurs et moi-même avons consulté le système de conseil juridique mis à disposition par la procureure-générale pour nous assurer que les pouvoirs étendus qui sont ceux du Shin Bet seraient uniquement utilisés dans le cadre des rôles qui lui sont assignés. Ce qui est en conformité avec son obligation légale explicitement codifiée d’institut d’État qui ne se place pas au service d’intérêts quelconques.
Les requêtes soumises par le Premier ministre, qui demandait d’agir en violation de ces critères, ont été refusées. Dans de nombreux cas, le Premier ministre a cherché à soulever ces questions à la fin des réunions de travail – après avoir demandé au secrétaire militaire et au dactylo chargé de l’enregistrement de la rencontre de quitter la pièce, dans l’intention manifeste de s’assurer que ces échanges ne laisseraient aucune trace
c. Les requêtes soumises par le Premier ministre, qui demandait d’agir en violation de ces critères, ont été refusées. Dans de nombreux cas, le Premier ministre a cherché à soulever ces questions à la fin des réunions de travail – après avoir demandé au secrétaire militaire et au dactylo chargé de l’enregistrement de la rencontre de quitter la pièce, dans l’intention manifeste de s’assurer que ces échanges ne laisseraient aucune trace.
d. Je considère qu’il est ici approprié de citer la section 62 de la soumission du gouvernement à la Cour suprême, en date du 5 avril 2025, qui déclare, entre autres choses, en ce qui me concerne : « Il s’est abstenu de prendre des mesures contre une campagne organisée et préméditée visant à faire naître une insubordination massive au sein de Tsahal, dans le but de paralyser des unités entières et des branches stratégiques de l’armée d’un État vivant sous la menace. »
e. Ces déclarations – du Premier ministre et du gouvernement – illustrent la manière dont le Premier ministre conçoit le rôle du chef du Shin Bet, et son attente que les capacités de l’agence puissent être utilisées même en lien avec des mouvements de protestation visibles et publics dénonçant le gouvernement et ses politiques – et ce, même lorsque ces actions n’impliquent pas d’activité clandestine ou de menace de violence.
Je note que le Premier ministre m’a fait part, à plusieurs reprises, de son désir de voir le Shin Bet agir contre des citoyens impliqués dans les mouvements de protestation
f. Dans ce contexte, je note que le Premier ministre m’a fait part, à plusieurs reprises, de son désir de voir le Shin Bet agir contre des citoyens impliqués dans les mouvements de protestation et dans les manifestations contre le gouvernement. Par exemple, il m’a été demandé de fournir des informations sur l’identité de citoyens israéliens et d’activistes qui avaient suivi des agents de sécurité. J’ai également appris qu’il était attendu de moi que je surveille les « bailleurs de fonds des manifestations ».
Il m’a été clairement indiqué qu’en cas de crise constitutionnelle, je devrais obéir au Premier ministre et non à la Haute Cour de justice. Tous les détails de cette affaire sont inclus dans la déclaration sous serment classifiée
De plus, au cours d’une conversation qui portait sur les mouvements de protestation, il m’a été clairement indiqué qu’en cas de crise constitutionnelle, je devrais obéir au Premier ministre et non à la Haute Cour de justice. Tous les détails de cette affaire sont inclus dans la déclaration sous serment classifiée.
g. J’ai considéré qu’il était de mon devoir – comme cela a été le cas de tous mes prédécesseurs à la tête du Shin Bet – d’examiner avec soin et diligence toute demande susceptible d’affecter la liberté de pensée et le droit à manifester en Israël. Ce qui s’est fait parallèlement à l’émission de ma directive sur la nécessité de renforcer les mesures de protection et les protocoles de sécurité autour des institutions gouvernementales, d’une manière sans précédent et qui a été proportionnelle à l’évaluation de la menace dans ce contexte.
h. Je ne considère aucun de ces agissements comme une base légitime de licenciement pour cause de « manque de confiance » de la part du gouvernement et de son chef. Il faut remarquer que la première fois que le « manque de confiance » a été cité comme motif de licenciement, c’était dans le cadre de la procédure judiciaire.
7. Contexte supplémentaire et détails concernant les demandes du Premier ministre portant sur des problématiques relatives à la gestion de son procès pénal :
a. Lors de l’audience, le représentant légal du Premier ministre a prétendu que le Premier ministre avait simplement demandé un « changement du lieu de témoignage de son procès pénal ». La vérité est tout autre.
b. L’Agence de sécurité israélienne (Shin Bet) a pris des mesures de sécurité sans précédent et de grande envergure pour le Premier ministre, consciente des menaces et soucieuse de garantir la poursuite des procédures démocratiques – y compris la pleine capacité du Premier ministre à exercer les fonctions publiques qui lui incombent en temps de guerre, ainsi que ses activités quotidiennes régulières. Son témoignage dans le procès pénal n’est qu’un élément parmi d’autres.
Le Premier ministre a exercé des pressions inhabituelles et répétées sur moi pour que j’émette une directive […] rendant de fait le procès impossible à mener à bien
c. Concernant le procès, le Premier ministre a exercé des pressions inhabituelles et répétées sur moi pour que j’émette une directive exigeant que le procès soit mené de manière à éviter les répétitions, la publicité et l’exposition aux attaques de missiles – ce qui rendrait en fait le procès impossible à mener à bien.
d. Dans ce contexte, on a tenté de m’obliger à adopter une ébauche d’une soi-disant opinion professionnelle, qui avait été formulée par le Premier ministre ou quelqu’un en son nom, et qui m’a été transmise dans l’espoir que je la présente comme une prise de position rédigée par le chef du Shin Bet.
e. Tous les détails de cette affaire seront également inclus dans la déclaration sous serment classifiée.
8. En ce qui concerne les enquêtes criminelles :
a. La responsabilité du Shin Bet en matière de protection des informations classifiées exige une sensibilité particulière lorsqu’il s’agit de secrets d’État détenus par le Premier ministre et ses proches. Dans ce contexte, il est clair pour moi que les deux enquêtes concernées sont essentielles et doivent être menées de manière discrète et approfondie – sans aucune tentative d’influencer l’opinion publique, le tribunal ou les organes professionnels et d’application de la loi concernés.
Le moindre soupçon selon lequel des personnes employées par un État qui soutient le Hamas pourraient être présentes dans les cercles les plus étroits du processus décisionnel israélien – et pourraient être engagées dans des opérations d’influence – exige une enquête approfondie
Je tiens à préciser que le moindre soupçon selon lequel des personnes employées par un État qui soutient le Hamas pourraient être présentes dans les cercles les plus étroits du processus décisionnel israélien – et pourraient être engagées dans des opérations d’influence – exige une enquête approfondie, en particulier à un moment où ce même État assure la médiation des négociations entre Israël et le Hamas.
b. Le rôle du chef du Shin Bet dans des enquêtes sensibles de cette nature, dans le but de découvrir la vérité, est essentiel. Le limogeage du chef du Shin Bet alors que de telles enquêtes sont en cours envoie un message glaçant et préjudiciable – à l’organisation et aux autres organes d’enquête et d’application de la loi. Ceci est particulièrement troublant étant donné les soupçons extrêmement sérieux d’atteinte à la sécurité nationale. Dans la deuxième enquête, ces préoccupations portent sur les dommages causés aux négociations pour la libération des otages, le renforcement du Hamas et la détérioration des relations d’Israël avec l’Égypte.
c. La campagne d’incitation qui a entouré ces deux enquêtes sensibles – dirigées contre moi et contre les personnes chargées de protéger les secrets d’État – illustre le lien entre la chronologie des enquêtes et mon licenciement.
d. En outre, pour des raisons évidentes, je fournirai d’autres détails dans la partie confidentielle de la déclaration sous serment.
9. Concernant mon éviction de l’équipe de négociation (pour la libération des otages) :
a. Compte tenu du rôle unique du Shin Bet – et de mon rôle personnel – dans la négociation de l’accord de libération des otages, j’ai été surpris d’être convoqué à une réunion au cours de laquelle j’ai été informé de mon licenciement de l’équipe, en même temps que l’on m’a soudainement demandé de présenter l’enquête interne.
b. Le moment choisi pour ce renvoi – juste au moment où les otages revenaient dans le cadre de la phase A et peu avant le début prévu des discussions sur le cadre de la phase B – a été d’autant plus surprenant.
c. Étant donné que toutes les personnes impliquées dans cette affaire, y compris le Premier ministre et ses collaborateurs, étaient pleinement conscientes du rôle central joué par le Shin Bet dans la conclusion de l’accord – et du risque correspondant que mon renvoi puisse compromettre les efforts déployés pour parvenir à un nouvel accord – j’en ai conclu qu’il y avait un autre motif derrière mon renvoi de l’équipe.
10. En ce qui concerne la chronologie de ma procédure de licenciement :
a. Je souhaite présenter à l’Honorable Cour la séquence des événements relatifs à l’allégation de « manque de confiance professionnel et permanent » formulée à mon encontre par le Premier ministre et le gouvernement, et démontrer que ce prétendu « manque de confiance » n’était ni professionnel ni permanent.
b. Un examen de la chronologie indique que l’allégation de « manque de confiance » – qui, selon l’avocat du Premier ministre lors de l’audience devant Vos Honneurs, aurait commencé avant même le 7 octobre et était principalement basée sur les événements du 7 octobre lui-même – n’est en fait apparue qu’à partir de novembre 2024, soit plus d’un an plus tard.
c. Dans ce contexte, je note que depuis le début de la guerre jusqu’en novembre 2024, l’agence a reçu des éloges considérables de la part du Premier ministre – tant lors d’événements publics que lors de réunions de travail et de discussions. Je fais ici spécifiquement référence à la direction des opérations de sauvetage d’otages vivants ou morts, aux éliminations ciblées d’agents de haut rang à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, etc. Le rôle du service – et mon rôle personnel – dans le lancement, la planification, la direction et l’exécution de ces opérations est bien connu du Premier ministre, sans que cela n’enlève rien aux contributions de nos partenaires des autres agences de sécurité.
d. L’allégation d’un prétendu « manque de confiance » est étroitement liée à une série d’événements très différents de ceux cités par le Premier ministre. Il s’agit notamment de mon refus de céder aux pressions du Premier ministre concernant l’utilisation de l’avis juridique du Shin Bet pour influencer les questions relatives à la poursuite de son témoignage dans son procès pénal ; par la suite, les enquêtes qui ont commencé et qui concernaient des personnes proches du Premier ministre – enquêtes qui ont été et continuent de le gêner ; l’examen interne du Shin Bet, qui a souligné la nécessité de réévaluer la politique de sécurité qui a permis la montée en puissance de la force militaire du Hamas et les événements du 7 octobre ; et enfin, la position formelle que j’ai soumise aux ministres du cabinet pour soutenir la création d’une commission d’enquête d’État chargée d’enquêter et de corriger, à tous les niveaux, les échecs qui ont conduit à cet immense désastre – et d’empêcher qu’il ne se reproduise. Cette série d’événements est à l’origine du changement d’attitude du Premier ministre à mon égard et constitue l’unique raison de la demande de mettre fin à mon mandat.
e. Ce n’est pas une coïncidence si le gouvernement et ses représentants ont présenté des versions multiples et incohérentes concernant le moment où ce prétendu « manque de confiance » a pris naissance. Certaines versions font état des derniers mois, d’autres affirment qu’il a commencé le 7 octobre même, et une autre prétend même qu’il a commencé bien avant. Pourtant, cette affirmation n’a jamais été évoquée en ma présence jusqu’au moment où le Premier ministre m’a informé de la décision de mettre fin à mon mandat – et même là, aucune explication n’a été fournie.
11. En ce qui concerne l’allégation d’une prétendue connaissance préalable par le Shin Bet du massacre du 7 octobre – et l’allégation connexe selon laquelle le Premier ministre n’a pas été informé de manière adéquate :
a. Ces allégations sont fausses et ne constituent rien de moins qu’une campagne organisée d’incitation à la haine à mon encontre et à l’encontre de l’organisation.
b. En 2023, le Shin Bet a adressé des avertissements énergiques à l’échelon politique concernant la détérioration de la situation en matière de sécurité – en particulier, le fait que « nos ennemis perçoivent une fenêtre d’opportunité » à la lumière des dissensions internes qui agitaient la société israélienne, et que nous pourrions nous retrouver dans une « tempête parfaite ». En conséquence, en avril 2023, une action ferme et ciblée a été recommandée pour mettre fin à l’érosion du pouvoir de dissuasion. Plus tard, en juillet 2023 – à la veille du vote de la Knesset en faveur de l’annulation de la clause de raisonnabilité – j’ai dit au Premier ministre que j’étais obligé de lui présenter la gravité de la situation en matière de sécurité. Je l’ai fait en utilisant une terminologique proche d’un « avertissement de guerre » – une expression tout à fait exceptionnelle et sans précédent de la part d’un chef du Shin Bet.
Aux premières heures du 7 octobre, c’est le Shin Bet qui a alerté l’ensemble du système
c. Aux premières heures du 7 octobre, c’est le Shin Bet qui a alerté l’ensemble du système, d’abord par le biais de canaux de travail en début de nuit, puis, plus tard dans la nuit, auprès des hauts responsables.
d. Après avoir reçu des indicateurs anormaux (mais pas sans équivoque), le Shin Bet a commencé à analyser les signes et a immédiatement informé les partenaires concernés au niveau opérationnel.
e. Le commandant de la division de Gaza, l’unité de renseignement de la division et le chef du renseignement du commandement sud ont été informés par téléphone des anomalies détectées le 6 octobre 2023 à 23 heures.
f. À 03h03, le Shin Bet a émis un avertissement à tous les organismes concernés, faisant état d’un niveau de vigilance inhabituel et de la possibilité d’intentions offensives de la part du Hamas. Je tiens à souligner que le niveau d’alerte lui-même était erroné, ce qui constitue un manquement de la part du Shin Bet.
g. L’image obtenue par les services de renseignement a révélé des anomalies qui ont été évaluées à tort comme une vigilance accrue du Hamas en prévision d’une opération israélienne – et, de manière prudente, comme une préparation à un raid localisé. Le Shin Bet s’est préparé à réagir à tous ces scénarios. En conséquence, et parallèlement à la coordination avec l’armée israélienne, une force conjointe spécialisée composée de personnel opérationnel du Shin Bet et de combattants du Yamam (police spéciale) a été déployée. Une mise à jour téléphonique de la décision a été transmise au chef du commandement sud à 1 h 33 du matin le 7 octobre. Les membres de cette équipe dévouée se sont battus avec courage, ont sauvé de nombreux civils – et certains d’entre eux l’ont payé de leur vie.
h. Suite à cela, une réunion s’est tenue à 3h12 du matin sous le commandement du général du commandement du Sud, au cours de laquelle des ordres opérationnels ont été donnés aux forces de l’armée israélienne.
i. Au vu des développements et de la série de mesures prises, j’ai décidé de me rendre au quartier général du Shin Bet et de procéder à une évaluation de la situation sur plusieurs fronts à 4h30 du matin, en cas d’escalade vers un conflit plus large. À l’issue de cette évaluation, à 5 h 15, j’ai donné l’instruction, parallèlement à diverses directives, d’informer le secrétaire militaire du Premier ministre.
Je le dis avec douleur : personne n’avait prévu une attaque de cette ampleur, et certainement pas ce matin-là
j. Je le dis avec douleur : personne n’avait prévu une attaque de cette ampleur, et certainement pas ce matin-là. La mise à jour adressée au Premier ministre faisait partie d’une série de directives que j’ai données à l’issue de cette réunion, et elle a été transmise immédiatement, dans le cadre de la chaîne de commandement continue depuis le moment où j’ai été alerté pendant la nuit jusqu’à la fin de cette discussion.
L’attaque n’a pas été « coordonnée par nous », nos équipes n’ont pas été « envoyées pour sauver le personnel du Shin Bet » et rien de ce qui s’est passé cette nuit-là n’a été « caché – ni à l’establishment de la sécurité, ni au Premier ministre ». C’est tout le contraire.
k. Les mesures prises par le Shin Bet cette nuit-là n’ont pas permis d’empêcher l’assaut meurtrier qui avait été méticuleusement planifié pendant des années. Une enquête interne approfondie et complète a été menée au sein du Shin Bet pour s’assurer qu’un tel désastre ne se reproduise jamais. Cependant, l’attaque n’a pas été « coordonnée par nous », nos équipes n’ont pas été « envoyées pour sauver le personnel du Shin Bet » et rien de ce qui s’est passé cette nuit-là n’a été « caché – ni à l’establishment de la sécurité, ni au Premier ministre ». C’est tout le contraire.
Je ne peux qu’en conclure que nous assistons à une tentative visant à détourner la discussion – une discussion qui doit avoir lieu – sur une enquête concernant les décisions politiques et sécuritaires qui ont conduit au massacre.
12. Conclusion
a. Ce n’est pas à la légère que je présente tout ce qui précède à l’honorable Cour. Pendant près de 35 ans, j’ai servi l’État d’Israël – à commencer par mon service militaire, en passant par de nombreuses années au sein du Shin Bet, et jusqu’à aujourd’hui. Je ne suis pas habitué aux procédures judiciaires. Il n’est pas facile pour moi de faire face à cette situation, qui a un coût important, tant pour le Shin Bet que pour moi.
Par souci profond pour l’État d’Israël en général et le fonctionnement du Shin Bet en particulier, j’ai considéré qu’il était de mon devoir de présenter à l’Honorable Cour – et au public – un compte-rendu complet et véridique de la séquence des événements
b. Néanmoins, étant donné la situation actuelle, et par souci profond pour l’État d’Israël en général et le fonctionnement du Shin Bet en particulier, j’ai considéré qu’il était de mon devoir de présenter à l’Honorable Cour – et au public – un compte-rendu complet et véridique de la séquence des événements. C’est mon devoir envers ceux qui viendront après moi, afin de préserver leur capacité à remplir leur rôle avec professionnalisme et sens de l’État, en veillant à ce que les pouvoirs et les outils de l’agence soient utilisés uniquement aux fins prévues, et en traçant une ligne claire entre la confiance requise dans un système démocratique et le type de loyauté qui caractérise d’autres régimes.
À mon avis, la documentation concise de cette déclaration sous serment – et en particulier les détails présentés dans la déclaration sous serment classifiée – clarifient ce point. Mon objectif est de clarifier ce que l’on exige d’un chef du Shin Bet qui agit uniquement dans le respect de la loi, et à quel point il est dangereux qu’un ordre de limogeage, émis sans procédure appropriée, pèse sur lui.
c. L’enchaînement détaillé des événements dans la déclaration sous serment classifiée indique que la décision de mettre fin à mon mandat a été motivée par des considérations non professionnelles.
Tout ce qui précède […] n’entame en rien ma décision d’assumer cette responsabilité. J’annoncerai bientôt la date à laquelle je terminerai mon mandat.
d. Tout ce qui précède, et la grande importance que j’attache à une décision judiciaire concernant l’essence du rôle du chef de l’Agence de sécurité israélienne, n’entame en rien ma décision d’assumer cette responsabilité. J’annoncerai bientôt la date à laquelle je terminerai mon mandat. Cependant, comme je l’ai dit, l’importance de la décision soumise à Vos Honneurs va bien au-delà de ma situation personnelle et affectera la capacité de l’agence à remplir sa mission et ses responsabilités sur le long terme.
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