Tikva Hadasha va recommander Lapid au poste de Premier ministre
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Tikva Hadasha va recommander Lapid au poste de Premier ministre

Alors que Rivlin va rencontrer Lapid pour lancer les discussions, un député de Yamina a déclaré qu'il s'opposerait à un gouvernement de droite-centre-gauche soutenu par Raam

Le président Reuven Rivlin, à droite, rencontre le leader du parti Yesh Atid, Yair Lapid, à la résidence du président de Jérusalem, le 5 mai 2021. (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le président Reuven Rivlin, à droite, rencontre le leader du parti Yesh Atid, Yair Lapid, à la résidence du président de Jérusalem, le 5 mai 2021. (Crédit : Haim Zach/GPO)

La formation Tikva Hadasha de Gideon Saar a indiqué, mercredi, qu’elle recommanderait que Yair Lapid, chef de Yesh Atid, soit désigné pour former un gouvernement auprès du président Reuven Rivlin – ce qui augmente encore considérablement les chances du chef de l’opposition d’obtenir ce mandat, après l’échec de Benjamin Netanyahu à rassembler sous son autorité une majorité de coalition dans le délai qui lui était imparti.

Lors des précédentes consultations qui avaient eu lieu le mois dernier, le parti de Saar, fort de six députés, n’avait recommandé personne au poste de Premier ministre. La décision prise par Tikva Hadasha fait passer le bloc de Lapid de 45 parlementaires à 51 – avec notamment l’appui des législateurs de Yesh Atid, Kakhol lavan, du parti Travailliste, du Meretz et de Yisrael Beytenu.

Ce nouveau développement survient alors même que Rivlin vient de lancer ses consultations qui ont pour objectif de déterminer le député qui sera chargé de former un nouveau gouvernement, vingt-quatre heures après l’annonce par Netanyahu de son échec.

Rivlin a rencontré Lapid — qui a répété sa demande d’être choisi pour réunir une coalition – puis Naftali Bennett, à la tête de Yamina, faction forte de sept sièges, qui pourrait devenir lui-même Premier ministre dans le cadre d’un accord de rotation du pouvoir qui serait conclu avec Lapid par le biais d’un gouvernement d’unité.

Lors des dernières consultations, après le scrutin du mois de mars, Bennett s’était recommandé lui-même auprès de Rivlin. Selon certaines informations Rivlin pourrait aussi rencontrer Lapid et Bennett ensemble.

En sortant de sa réunion avec Rivlin, Lapid a déclaré aux journalistes que « nous ferons tout pour mettre en place un gouvernement d’unité ».

Alors qu’il se préparait à rencontrer le président, Bennett a indiqué : « Avec l’aide de Dieu, nous formerons un nouveau gouvernement pour la nation d’Israël ».

Comme Lapid, Bennett a demandé, au cours de son entretien avec Rivlin, à recevoir le mandat l’autorisant à tenter de rassembler une majorité.

Même si Lapid reçoit ce mandat, le bloc rival de partis devra accomplir la tâche difficile de rassembler tous les groupes disparates et de construire une majorité à la Knesset. Pour sa part, Netanyahu continue à assumer le poste de Premier ministre du gouvernement transitoire.

Le président de Tikva Hadasha Gideon Saar dirige une réunion de faction à la Knesset, le 26 avril 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les négociations ont connu un autre revers, mercredi, quand le député de Yamina Amichai Chikli a fait part de son opposition à un éventuel gouvernement réunissant Bennett et Lapid.

Dans un courrier adressé à Bennett dont le contenu a fuité auprès des médias israéliens, Chikli a dit convenir de la nécessité d’un changement dans la gouvernance du pays et il a estimé qu’un cinquième cycle électoral, depuis le mois d’avril 2019, serait « une très mauvaise chose ». Il a néanmoins ajouté qu’il ne soutiendrait pas une tentative d’éviter un nouveau vote « quel qu’en soit le prix ».

Il a précisé être défavorable à « la violation en série des promesses que nous avons faites à nos électeurs » et qui ont compté la formation d’un gouvernement de droite, le refus de siéger au sein d’une coalition intégrant le parti du Meretz de gauche, et le refus de placer Lapid au poste de Premier ministre, même dans le cadre d’un accord de rotation.

Le député de Yamina Amichai Chikli lors de la cérémonie de prestation de serment à la Knesset, le 5 avril 2021. (Crédit :Olivier Fitousi/Flash90)

Il a également rejeté l’idée de se placer aux côtés de formations qui ont majoritairement fait campagne sur la promesse d’écarter du pouvoir Netanyahu. « Qu’avons-nous en commun avec l’esprit de la haine, avec les Drapeaux noirs ? », a-t-il interrogé dans sa missive, se référant à un groupe qui organise des manifestations réclamant la démission du Premier ministre.

Il a ajouté qu’un tel gouvernement viendrait « s’opposer directement à l’identité de base du parti Yamina » et il a demandé à Bennett de reconsidérer cette initiative de manière à trouver « de meilleures alternatives, à la fois plus éthiques et plus à droite ».

Il y a seulement deux jours, Chikli avait démenti qu’il y avait des scissions au sein de Yamina, affirmant que « Je suis avec Bennett et je lui accorde toute ma confiance ».

Yamina a fait savoir que le parti « respecte » le positionnement adopté par Chikli, mais il a juré de « former un gouvernement stable et fonctionnel pour empêcher une chute vers le chaos qu’entraînerait un cinquième scrutin ».

Selon certaines informations, un ou deux autres législateurs de Yamina partageraient le point de vue de Chikli, mais n’auraient pas encore fait ouvertement part de leur positionnement.

Le dirigeant du parti Yamina, Naftali Bennett, s’exprime lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 3 mai 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le bloc de droite de Netanyahu a continué, pour sa part, à exercer des pressions sur Yamina pour obliger la formation à refuser un éventuel partenariat avec les partis de gauche ou centriste qui constituent le dit « bloc du changement » et qui compte également les factions, à droite, de Tikva Hadasha et de Yisrael Beytenu.

Mardi soir, le rabbin Chaim Druckman, considéré comme l’un des principaux chefs spirituels du camp nationaliste-religieux auquel Bennett appartient, a vivement recommandé à ce dernier de ne pas intégrer un gouvernement avec Lapid.

« J’apprécie et j’admire réellement Naftali Bennett. Il doit dire sans équivoque possible : ‘Je ne formerai pas un gouvernement de gauche’ qui détruira beaucoup de choses », a déclaré Druckman devant les caméras de la Douzième chaîne.

Netanyahu a partagé les images de l’entretien sur son compte Twitter, ajoutant en légende : « Naftali, Ayelet [Shaked, numéro 2 de Yamina], écoutez le rabbin Druckman ».

Le rabbin Haim Drukman, à gauche, Naftali Bennett, au centre, et Bezalel Smotrich lors du lancement de la campagne du parti de droite Yamina, avant les élections israéliennes au mois de février 2020. (Crédit :Tomer Neuberg/FLASH90)

Pour sa part, Bezalel Smotrich, leader du Parti sioniste religieux, une coalition incluant le mouvement d’extrême-droite Otzma Yehudit et la faction anti-LGBT Noam, a vivement recommandé à la droite de continuer le combat, en disant que « rien n’est fini ». Il a salué l’annonce faite par Chikli, disant avoir lu la lettre « avec les larmes aux yeux ».

C’est le refus opposé par Smotrich d’intégrer un gouvernement dépendant, depuis l’extérieur, du parti islamiste Raam qui a finalement réduit à néant les initiatives de Netanyahu de former une coalition même si, en public, le Premier ministre a attribué l’entière responsabilité de son échec à Yamina.

S’il avait été près d’un accord, M. Netanyahu aurait pu demander une prolongation de deux semaines au mandat de former un gouvernement, mais il ne l’a pas fait, ont indiqué à la fois la présidence et son parti de droite, le Likud.

Après cet échec, qui ne signifie pas pour l’instant la fin du règne du plus pérenne des Premiers ministres de l’histoire d’Israël, M. Rivlin a trois jours pour décider de la suite de ce feuilleton politique qui dure depuis deux ans et sortir le pays de la crise.

Dans une scène politique israélienne hyper-fragmentée, les camps de MM. Lapid et Bennett devraient non seulement rallier la gauche, le centre et la droite déçue de M. Netanyahu, mais aussi au moins un parti arabe.

Pour la première fois de sa carrière politique, Naftali Bennett a d’ailleurs rencontré, seul à seul, Mansour Abbas, chef d’une petite formation arabe et islamiste qui pourrait être la pièce manquante pour atteindre le nombre magique des 61 députés.

Si l’opposition parvient à former un gouvernement d’union, une page de l’histoire d’Israël se tournera avec le départ de Benjamin Netanyahu, qui a passé les 12 dernières années au pouvoir.

Sinon, les Israéliens risquent de retourner aux urnes pour une cinquième fois en un peu plus de deux ans. D’ailleurs, 70 % des Israéliens s’attendent à de nouvelles élections, selon un sondage publié mercredi de l’Institut démocratique d’Israël, un centre d’analyse de Jérusalem.

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