Trump et Netanyahu ne peuvent se passer l’un de l’autre. Voici pourquoi
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Analyse

Trump et Netanyahu ne peuvent se passer l’un de l’autre. Voici pourquoi

Une semaine de mises en cause et d'accusations, de chaque côté de l'océan, a été moins que flatteuse pour les deux leaders - qui semblent incapables de s'échapper l'un à l'autre

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu au musée d'Israël à Jérusalem avant le départ de Trump, le 23 mai 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le président américain Donald Trump, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu au musée d'Israël à Jérusalem avant le départ de Trump, le 23 mai 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

JTA — L’alliance Trump-Netanyahu – que les deux hauts-responsables espèrent bien donner en spectacle – est visible sur des affiches de campagne en Israël : Elles présentent le président des Etats-Unis et le Premier ministre d’Israël en train d’échanger une poignée de main chaleureuse. Le slogan ajoute : « Netanyahu : dans une ligue différente ».

Mais les deux hommes font également l’objet de comparaisons qui ne sont guère flatteuses que ce soit pour l’un ou pour l’autre : Dans la même semaine, Donald Trump a été décrit comme un tricheur et un escroc – raciste de surcroît – par son ancien intermédiaire, Michael Cohen et Netanyahu a appris l’intention du procureur-général israélien de réclamer son inculpation pour pots-de-vin, fraude et abus de confiance.

Cette semaine de révélations terribles, horribles, vraiment pas bonnes voire très mauvaises a semblé effectivement placer les deux leaders dans une ligue qui est bien à eux. Et ils ne semblent guère désireux de s’en défaire.

Interrogé sur les dossiers de corruption impliquant Netanyahu lors d’une conférence de presse à Hanoï, au cours de son sommet avec le dictateur nord-coréen Kim Jong Un, Trump a répondu : « Il est dur, il est intelligent, il est fort ». Il a ensuite ajouté : « Il est très axé sur la défense. Ses militaires ont beaucoup construit. Ils achètent beaucoup de matériel aux Etats-Unis, et ils le paient ».

Netanyahu, à son tour, a utilisé la déclaration généreuse faite à son sujet par Trump dans sa propre défense furieuse et émotionnelle diffusée en direct et en prime-time à la télévision : « A mon retour en Israël, j’ai entendu ce matin les paroles de soutien qui m’ont été adressées par le président américain Donald Trump. Il a salué, je le cite, mon leadership fort, intelligent et résolu au sein de l’Etat d’Israël. Et je remercie mon ami, le président Trump, pour ses propos ».

Netanyahu a ensuite ajouté que « cette relation unique avec les dirigeants des grandes puissances du monde n’est pas sans importance. Elle ne va pas de soi. Je l’ai construite pendant de nombreuses années et elle m’a aidé à assurer notre sécurité ainsi que notre avenir. Elle m’a aidé à protéger notre pays ».

A noter également qu’il a évoqué avec chaleur son « ami », le président russe Vladimir Poutine, qu’il avait rencontré en début de semaine et qui avait espéré garder les liens avec Israël malgré la « situation » de Netanyahu.

Photo d’illustration : Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président russe Vladimir Poutine arrivent pour une rencontre à Helsinki, en Finlande, le 16 juillet 2018 (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

Les Américains qui dédaignent Trump et Poutine – et qui s’inquiètent de la relation existant entre les deux dirigeants – peuvent bien trouver étrange que Netanyahu fasse appel à ce duo comme témoins de sa moralité. Mais le message de Netanyahu s’est adressé au public israélien, pas au monde.

Voilà la manière dont David Halbfinger du New York Times a imaginé le message sous-jacent transmis par les propos de Netanyahu : « Les présidents des Etats-Unis et de la Russie sont mes amis et personne, parmi ceux qui se présentent contre moi, peut également s’en targuer. Il m’a fallu des années pour construire ces relations. Ne les jetez pas. J’assure votre protection ».

Affiche électorale du Likud à côté de l’autoroute Ayalon de Tel Aviv. On peut lire sur l’affiche « Netanyahu, à un autre niveau ». (Photo personnelle).

De la même façon, Trump a des intérêts nationaux forts à conserver une proximité avec Netanyahu (au-delà de sa propre tendance personnelle à aimer ceux qui l’aiment en retour). Arracher les électeurs et les donateurs pro-israéliens du parti Démocrate est l’une des thématiques les plus fortes et les plus précoces apparue dans la course à la présidentielle de 2020 dans le camp républicain. Les efforts du parti vont de simples manoeuvres parlementaires à une condamnation générale de tous les démocrates sans exception pour les derniers scandales anti-israéliens causés par des députés de la Chambre tels qu’Ilhan Omar et Rashida Tlaib.

Aaron David Miller, spécialiste de longue date du Moyen-Orient, estime dans Politico que « Netanyahu – anglophone charismatique adoré par la droite américaine pour son opposition fervente à Barack Obama et à son accord sur le nucléaire avec l’Iran – veut lui aussi devenir un atout politique pour Trump. Et faire du parti Républicain le premier défenseur d’Israël – compte-tenu, en particulier, des divisions chez les Démocrates – est une politique intelligente ».

En dehors de la politique pro-israélienne et des inquiétudes communautaires juives, certains ont vu une lueur d’espoir au cours d’une semaine marquée par la révélation du potentiel dévoiement de l’Etat de droit de la part de deux éminent hauts-responsables.

Tandis que la sénatrice Elizabeth Warren (Démocrate du Massachusetts) dénonçait Netanyahu coupable, selon elle, d’avoir fait « une entaille au coeur d’une démocratie vivante », d’autres ont noté que le témoignage devant la chambre de Cohen et que les inculpations en suspens de Netanyahu montraient finalement deux démocraties saines, mettant en oeuvre leurs capacités de contrôle de leur exécutif.

La sénatrice Elizabeth Warren, Démocrate du Massachusetts, aux abords de son domicile à Cambridge, dans le Massachusetts, le 31 décembre 2018 (Crédit : AP Photo/Bill Sikes)

« Le fait que les deux pays rencontrent des problèmes majeurs ne signifie pas qu’ils sont perdus », écrit Zack Beauchamp dans Vox. « La semaine qui vient de se terminer a montré qu’aux Etats-Unis comme en Israël, des parties essentielles du système démocratique fonctionnent très exactement comme elles sont supposées fonctionner – comme des anticorps prenant pour cible une infection de la démocratie. Cela sera-t-il suffisant à long-terme ? C’est une question qui reste encore largement ouverte ».

Netanyahu doit se rendre à Washington à la fin du mois pour prendre la parole devant l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee). Une période profondément sensible – et pas seulement en raison des déboires judiciaires de Netanyahu.

L’AIPAC a implicitement condamné un accord conclu avec l’aide de Netanyahu qui a permis l’introduction dans son camp d’un parti extrémiste de droite avant les élections du mois d’avril. Il rencontrera Trump, sans aucun doute, pendant son séjour à Wahsington. Les fidèles de l’AIPAC seront contents de célébrer un président et un Premier ministre qui semblent ne pas pouvoir se passer l’un de l’autre. Mais la majorité des Juifs américains ne supportent pas Trump – et ne sont pas exactement sur la même ligne que Netanyahu.

Et tout comme les électeurs pro-israéliens les plus fervents s’inquiètent d’un éloignement des démocrates de l’Etat juif, même les centristes s’interrogent sur l’avenir des relations entre les Etats-Unis et Israël si le soutien pour Israël et le soutien pour Trump et son parti doivent dorénavant être considérés comme des synonymes.

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