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Trump veut créer les conditions d’un « changement de régime » en Iran – sources US

Selon CNN, l’intransigeance de Téhéran concernant ses missiles durcit la position de Washington ; des responsables américains et israéliens doutent qu'une frappe aérienne soit suffisante pour renverser le régime

Le président américain Donald Trump s'exprimant lors du lancement d'un programme appelé « Trump Accounts », à l'auditorium Andrew W. Mellon, à Washington, le 28 janvier 2026. (Crédit : Jose Luis Magana/AP Photo)
Le président américain Donald Trump s'exprimant lors du lancement d'un programme appelé « Trump Accounts », à l'auditorium Andrew W. Mellon, à Washington, le 28 janvier 2026. (Crédit : Jose Luis Magana/AP Photo)

Le président américain Donald Trump envisagerait plusieurs options contre l’Iran, notamment des frappes ciblées contre les forces de sécurité et les dirigeants, afin d’encourager les manifestants, ont déclaré plusieurs sources à Reuters. Des responsables israéliens et arabes affirment toutefois que la puissance aérienne seule ne suffira pas à renverser les dirigeants religieux.

Selon CNN, les négociations entre Washington et Téhéran n’ont pas permis de parvenir à un accord visant à mettre fin aux programmes nucléaires et balistiques de la République islamique, ce qui a renforcé la volonté de Trump d’intervenir de manière significative.

Deux sources américaines proches des discussions ont déclaré que Trump souhaitait créer les conditions d’un « changement de régime » après la répression qui a écrasé le mouvement de protestation national au début du mois, faisant des milliers de morts.

Pour ce faire, il envisagerait de frapper les commandants et les institutions que Washington tient pour responsables des violences, afin de redonner confiance aux manifestants et de les inciter à envahir les bâtiments gouvernementaux et de sécurité, ont-elles précisé.

L’une de ces sources a ajouté que les options discutées par les conseillers de Trump comprenaient également une frappe beaucoup plus importante, destinée à avoir un impact durable, contre les missiles balistiques pouvant atteindre les alliés des États-Unis au Moyen-Orient, ou contre les programmes d’enrichissement nucléaire de l’Iran.

L’autre source a déclaré que Trump n’avait pas encore pris de décision définitive quant à la ligne de conduite à adopter, notamment en ce qui concerne l’opportunité de recourir à la force militaire.

Des manifestants brandissant des drapeaux et des pancartes lors d’un rassemblement en solidarité avec les manifestants en Iran, à Los Angeles, le 18 janvier 2026. (Crédit : Jonathan Alcorn/AFP)

Mercredi, Trump a exhorté l’Iran à s’asseoir à la table des négociations pour conclure un accord sur les armes nucléaires, avertissant que toute future attaque américaine serait plus sévère que la campagne de bombardements menée par les États-Unis contre trois sites nucléaires, ce qui a mis fin à la guerre entre Israël et l’Iran en juin. Il a décrit les navires présents dans la région comme une « armada » en route vers l’Iran.

Un haut responsable iranien a déclaré à Reuters que l’Iran « se préparait à une confrontation militaire, tout en recourant aux voies diplomatiques ». Cependant, Washington ne se montrait pas ouvert à la diplomatie, a ajouté ce responsable.

Trump veut imposer un accord par la force, tandis que Téhéran s’accroche à ses missiles

Des sources ont déclaré à CNN que des responsables américains et iraniens avaient discuté au début du mois d’une éventuelle rencontre en face à face, mais celle-ci n’a jamais eu lieu.

Selon CNN, Washington aurait posé comme conditions préalables l’arrêt définitif de l’enrichissement d’uranium par l’Iran, de nouvelles restrictions sur son programme de missiles balistiques et la fin de son soutien aux groupes armés régionaux.

L’Iran aurait refusé la demande de Washington concernant les restrictions sur son programme de missiles et déclaré qu’il ne négocierait que sur son programme nucléaire. Les États-Unis n’ont pas répondu, laissant les négociations dans l’impasse, ont déclaré des sources à la chaîne.

Un responsable a déclaré à CNN que le scénario préféré de Trump serait une frappe rapide et puissante pour contraindre l’Iran à accepter les conditions américaines en vue d’un cessez-le-feu.

L’arrivée cette semaine d’un porte-avions américain et de navires de guerre de soutien au Moyen-Orient a élargi les options du président américain en matière d’action militaire.

Le pont de l’USS Abraham Lincoln dans la mer d’Arabie, le 19 mai 2019 (Crédit : Mass Communication Specialist 3rd Class Garrett LaBarge/US Navy via AP)

Toutefois, quatre responsables arabes, trois diplomates occidentaux et une source occidentale haut placée ont déclaré à Reuters qu’ils craignaient que les frappes américaines n’affaiblissent l’opposition iranienne plutôt que de faire descendre la population dans la rue, car celle-ci est déjà sous le choc.

Alex Vatanka, directeur du programme Iran au Middle East Institute, a déclaré que, sans défections militaires à grande échelle, les manifestations en Iran restaient « héroïques, mais désarmées ».

Le ministère iranien des Affaires étrangères, le département américain de la Défense et la Maison Blanche n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de Reuters.

Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a refusé de faire un commentaire à l’agence.

Les limites de la puissance aérienne

Un haut responsable israélien ayant une connaissance directe des plans conjoints entre Israël et les États-Unis a déclaré à Reuters qu’Israël ne croyait pas que les frappes aériennes seules puissent renverser la République islamique, si tel était l’objectif de Washington.

« Si vous voulez renverser le régime, vous devez envoyer des troupes sur le terrain », a-t-il déclaré, ajoutant que même si les États-Unis éliminaient le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, l’Iran aurait un nouveau dirigeant pour le remplacer.

Selon lui, seule une combinaison de pressions extérieures et d’une opposition interne organisée pourrait modifier la trajectoire politique de l’Iran.

Des voitures roulant sous une banderole représentant d’anciens et d’actuels dirigeants mondiaux ainsi que d’opposants au régime de la République islamique, sur laquelle on peut lire en farsi « Domino Fall » (Chute en domino), alors que la vie quotidienne reprend après les manifestations anti-régime, dans la capitale iranienne Téhéran, le 19 janvier 2026. (Crédit: Atta Kenare/AFP)

Le responsable israélien a déclaré que les dirigeants iraniens avaient été affaiblis par les troubles, mais qu’ils restaient fermement aux commandes, malgré la crise économique profonde à l’origine des manifestations.

Plusieurs rapports des services de renseignement américains sont parvenus à la même conclusion : les conditions ayant conduit aux manifestations sont toujours présentes, affaiblissant le gouvernement sans toutefois provoquer de fractures majeures, ont déclaré deux sources proches du dossier.

Selon une source occidentale haut placée, l’objectif de Trump semblerait être de provoquer un changement de direction plutôt que de « renverser le régime », un résultat similaire à celui de l’opération américaine récente au Venezuela, qui a permis de capturer le dictateur sans entraîner de changement radical au sein du gouvernement.

Khamenei conserve le contrôle, mais de manière moins visible

À 86 ans, le guide suprême iranien s’est retiré de la gouvernance quotidienne, a réduit ses apparitions publiques et résiderait dans des lieux assurant sa sécurité après que les frappes israéliennes de l’an dernier ont décimé de nombreux hauts responsables militaires iraniens, ont déclaré des responsables régionaux.

La gestion quotidienne a été confiée à des personnalités proches du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, notamment le conseiller principal Ali Larijani, ont-ils déclaré.

Les puissants gardiens dominent le réseau de sécurité iranien ainsi qu’une grande partie de l’économie.

Cependant, Khamenei conserve l’autorité suprême en matière de guerre, de succession et de stratégie nucléaire, ce qui signifie qu’un changement politique sera très difficile tant qu’il sera en fonction, ont-ils déclaré. Le ministère des Affaires étrangères n’a pas répondu aux questions concernant Khamenei.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, s’adressant à la population, à Téhéran, le 17 janvier 2026. (Crédit : KHAMENEI.IR/AFP)

À Washington et à Jérusalem, certains responsables ont fait valoir qu’une transition en Iran pourrait sortir le pays de l’impasse nucléaire et ouvrir la voie à des relations plus coopératives avec l’Occident, ont déclaré deux diplomates occidentaux.

Mais, ont-ils averti, il n’y a pas de successeur clair à Khamenei. Compte tenu de ce vide, des responsables et des diplomates arabes estiment que le CGRI pourrait prendre le pouvoir, renforçant ainsi le régime intégriste et aggravant l’impasse nucléaire ainsi que les tensions régionales.

Tout successeur considéré comme issu de la pression étrangère serait rejeté et pourrait renforcer le CGRI plutôt que de l’affaiblir, a déclaré le responsable.

Dans toute la région, du Golfe à la Turquie, les responsables se disent favorables à l’endiguement plutôt qu’à l’effondrement, non par sympathie pour Téhéran, mais par crainte que les troubles au sein de cette nation de 90 millions d’habitants, déchirée par des divisions sectaires et ethniques, ne déclenchent une instabilité bien au-delà de ses frontières.

Cette photographie, prise lors d’une visite organisée pour des médias étrangers, montre des femmes passant devant un bâtiment gouvernemental incendié lors des récentes manifestations anti-régime, à Téhéran, le 21 janvier 2026. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Un Iran fracturé pourrait en effet sombrer dans la guerre civile, comme cela s’est produit après l’invasion américaine de l’Irak en 2003, ont averti deux diplomates occidentaux. Cela provoquerait un afflux de réfugiés, alimenterait le militantisme islamiste et perturberait les flux pétroliers dans le détroit d’Ormuz, un point névralgique mondial pour l’énergie.

Selon l’analyste Vatanka, le risque le plus grave serait une fragmentation similaire à celle observée en Syrie au début du conflit, avec des factions rivales et des provinces se battant pour le contrôle du territoire et des ressources.

Répercussions régionales

Les États du Golfe, alliés de longue date des États-Unis et abritant d’importantes bases américaines, craignent d’être les premières cibles de représailles iraniennes, qui pourraient inclure des missiles ou des attaques de drones par le groupe terroriste chiite yéménite des Houthis, allié à Téhéran.

L’Arabie saoudite, le Qatar, Oman et l’Égypte ont exercé des pressions sur Washington pour l’empêcher de frapper l’Iran. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a déclaré au président iranien Massoud Pezeshkian que Ryad ne permettrait pas que son espace aérien ou son territoire soient utilisés pour mener des actions militaires contre Téhéran.

« Les États-Unis pourraient appuyer sur la gâchette, mais ils n’en subiront pas les conséquences. Ce sera nous », a déclaré l’une des sources arabes.

Mohannad Hajj-Ali, du Carnegie Middle East Center, a déclaré que les déploiements américains suggèrent que la planification est passée d’une frappe unique à quelque chose de plus soutenu, motivée par la conviction à Washington et à Jérusalem que l’Iran pourrait reconstruire ses capacités en matière de missiles et finir par militariser son uranium enrichi.

Le résultat le plus probable est une « érosion progressive – défections de l’élite, paralysie économique, succession contestée – qui effiloche le système jusqu’à ce qu’il se brise », a déclaré l’analyste Vatanka.

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