Tsahal : 2 hauts gradés limogés pour leur rôle dans la frappe meurtrière du WCK à Gaza
Selon l’enquête l'incident aurait pu être évité, mais ceux qui ont approuvé l'attaque étaient "convaincus qu'ils visaient des terroristes" ; WCK demande une enquête indépendante, car Tsahal "ne peut pas enquêter de manière crédible sur sa propre défaillance à Gaza"
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
Deux officiers supérieurs seront démis de leurs fonctions et plusieurs autres hauts gradés de l’armée israélienne seront formellement blâmés pour leur implication dans une attaque de drone meurtrière contre un groupe de travailleurs humanitaires de l’organisation World Central Kitchen (WCK) dans le centre de la bande de Gaza au début de cette semaine, a annoncé vendredi l’armée.
L’enquête sur cette attaque, survenue vers minuit entre lundi et mardi, a été menée par le mécanisme d’enquête de l’état-major général, un organe militaire indépendant chargé d’enquêter sur les incidents inhabituels survenus au cours de la guerre.
Elle a révélé que l’attaque contre le convoi de véhicules du WCK avait été ordonnée parce que les officiers soupçonnaient la présence de terroristes armés du Hamas, en dépit d’une faible probabilité de leur présence. Selon l’enquête, les officiers ont manqué de reconnaître que les véhicules appartenaient au WCK au moment où l’attaque a été ordonnée.
Les résultats ont été présentés jeudi au chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Herzi Halevi, par le chef du mécanisme, le général de division (Rés.) Yoav Har-Even, ainsi qu’au WCK et aux ambassadeurs des pays dont les ressortissants ont été tués lors de l’attaque.
Halevi a ordonné la révocation du colonel (Rés.) Nochi Mendel, chef d’état-major de la brigade Nahal, et de l’officier de coordination de la force de feu de la brigade – qui a le grade de major – pour leur participation à l’ordre de frapper le convoi.
Halevi a également réprimandé le commandant du Sud, le général de division Yaron Finkelman, pour sa « responsabilité globale dans l’incident », ainsi que le commandant de la 162e division, le général de brigade Itzik Cohen, et le commandant de la brigade du Nahal, le colonel Yair Zukerman.
Selon l’enquête, l’incident a commencé vers 22 heures lundi, lorsqu’un navire transportant quelque 300 tonnes d’aide du WCK a été déchargé sur une jetée dans le centre de la bande de Gaza. Peu de temps après, un convoi de camions transportant l’aide a commencé à se diriger vers un entrepôt où les fournitures devaient être stockées.
L’enquête de Tsahal a révélé que les troupes ont identifié un tireur grimpant sur le toit de l’un des camions et ouvrant le feu. Une vidéo montrée par l’armée israélienne à des journalistes étrangers semble montrer une personne tirant avec un fusil automatique depuis le toit d’un camion.
Le convoi a poursuivi sa route et s’est arrêté à l’entrepôt appelé « Hangar A », où, selon les militaires, le tireur est descendu.
À ce moment-là, le commandant de division de Tsahal dans la région a essayé de contacter le WCK, a déclaré Har-Even à la presse étrangère. Mais le responsable de la sécurité de l’organisation caritative en Europe n’a pas pu contacter l’équipe sur le terrain.
Après l’arrivée des camions d’aide et des camionnettes qui les escortaient au « Hangar A », un drone de l’armée de l’air israélienne a repéré 15 à 20 personnes à l’extérieur de l’entrepôt, dont au moins deux ont été identifiées comme étant armées, selon l’enquête.
L’un des officiers israéliens a conclu qu’il s’agissait de membre du Hamas, mais le commandant de la division lui a ordonné de ne pas les frapper en raison de leur proximité avec le convoi d’aide.
Vers 23 heures, les camionnettes ont commencé à s’éloigner de l’entrepôt après le déchargement de l’aide. Un véhicule s’est dirigé vers le nord jusqu’au hangar B, où, selon Har-Even, deux à quatre hommes armés ont été aperçus en train de pénétrer dans l’entrepôt.
Juste avant que les trois autres camionnettes ne commencent à rouler vers la côte, l’enquête de Tsahal a révélé que l’un des commandants avait cru à tort qu’un terroriste du Hamas était entré dans l’une des voitures d’escorte. Rien n’indique que le suspect était armé, et les images de drone examinées dans le cadre de l’enquête semblent montrer qu’il tenait un sac, et non une arme.
L’armée a déclaré que les troupes n’avaient pas identifié les véhicules d’escorte comme étant associés au WCK, et comme elles ont cru à tort qu’au moins l’un d’entre eux transportait un terroriste du Hamas, une frappe de drone a été effectuée vers 23h09.
Après la première frappe, des personnes ont été identifiées en train de courir de la voiture ciblée vers une autre. D’autres frappes aériennes ont ensuite été menées en succession rapide contre les deux autres camionnettes d’escorte WCK, bien qu’aucune information n’ait indiqué que des hommes armés se trouvaient à bord, ce qui constituait une violation des procédures de Tsahal.
« L’attaque contre les trois véhicules a été menée en violation grave des ordres et instructions pertinents », a déclaré Tsahal.
Le convoi du WCK avait été coordonné avec l’armée, mais les informations sur son itinéraire n’ont pas été transmises par les hauts commandants aux officiers sur le terrain, qui ont finalement déclenché l’attaque, selon les conclusions de l’enquête.
Tsahal a ajouté que les conclusions de l’enquête montraient que l’incident « aurait pu être évité mais que ceux qui ont approuvé l’attaque étaient convaincus qu’ils visaient des terroristes armés du Hamas et non des membres du WCK. »
« L’attaque contre les véhicules d’aide est une grave erreur, qui découle d’une grave défaillance, à la suite d’une mauvaise identification, d’une erreur dans la prise de décision et d’une attaque contraire aux ordres et aux règlements sur les tirs à découvert », a affirmé Tsahal.
Tsahal dit traiter avec sévérité l’incident « qui a coûté la vie à sept travailleurs humanitaires innocents ».
« Nous exprimons notre profonde tristesse pour cette perte, et partageons le chagrin des familles et de l’organisation WCK », a affirmé Tsahal, ajoutant que « l’activité humanitaire vitale des organisations d’aide internationale » est de « la plus haute importance ».
« Nous continuerons à travailler pour coordonner et assister leurs activités, tout en assurant leur sécurité et en préservant leurs vies », a poursuivi Tsahal.
« Tsahal a une fois de plus souligné son engagement à combattre l’organisation du Hamas sans compromis, tout en respectant les valeurs de Tsahal et les lois de la guerre et en évitant de blesser des innocents ».
« Tsahal tirera les leçons de cet incident et les mettra en œuvre », poursuit le communiqué.
Au terme de l’enquête, Tsahal a décidé d’équiper les véhicules d’aide d’autocollants spéciaux, visibles avec des caméras thermiques. Le véhicule du WCK portait un autocollant avec le logo de l’organisation, mais celui-ci n’était pas visible de nuit par les drones de Tsahal.
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’en est pris au chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Herzi Halevi, après l’annonce des sanctions.
« La décision du chef d’état-major de retirer des officiers supérieurs équivaut à l’abandon des troupes en pleine guerre », a-t-il écrit sur X, anciennement Twitter, ajoutant qu’il s’agit d’une « grave erreur qui témoigne d’une faiblesse ».
Selon lui, même si des erreurs ont été commises, pendant une guerre, « les soldats doivent être soutenus et certainement pas jugés par un tribunal de campagne ».
WCK demande une enquête indépendante
Peu après la publication, par l’armée des résultats de son enquête, WCK a demandé la création d’une commission d’enquête indépendante.
« Nous demandons la création d’une commission indépendante chargée d’enquêter sur les meurtres de nos collègues », a indiqué l’ONG dans un communiqué.
« L’armée israélienne a reconnu que nos équipes avaient suivi toutes les procédures de communication appropriées. La vidéo de l’armée israélienne ne montre aucune raison de tirer sur notre convoi, qui ne transportait aucune arme et ne représentait aucune menace », souligne l’ONG.
Pour elle, l’armée israélienne « ne peut pas enquêter de manière crédible sur sa propre défaillance à Gaza ».
Les « excuses » de l’armée pour la mort des collaborateurs de l’ONG « ne sont qu’un piètre réconfort », a déclaré la cheffe de l’ONG, Erin Gore, soulignant dans le communiqué qu’Israël devait « prendre des mesures concrètes pour assurer la sécurité des humanitaires ».
« Il ne suffit pas d’essayer d’éviter la mort d’autres humanitaires, dont le nombre avoisine désormais les 200 », a indiqué pour sa part le fondateur de WCK, José Andres, le célèbre chef cuisinier américain d’origine espagnole. « Tous les civils doivent être protégés », a-t-il dit dans le communiqué.
la Communauté du Times of Israël !












