Turquie, Egypte, Afrique : Comment « l’inflexible » Netanyahu a décroché un tiercé gagnant
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Turquie, Egypte, Afrique : Comment « l’inflexible » Netanyahu a décroché un tiercé gagnant

Le chef du "gouvernement le plus à droite de l'histoire israélienne" enchaîne les succès diplomatiques

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri à Jérusalem, le 10 juillet 2016. (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri à Jérusalem, le 10 juillet 2016. (Crédit : Haim Zach/GPO)

La sagesse conventionnelle veut que gagner le sobriquet de « gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël » ne conduit pas à des succès diplomatiques.
 
Depuis quelques semaines, sur les fronts turc, égyptien et africain, le Premier ministre Benjamin Netanyahu prouve que la sagesse se trompe.

Comment se fait-il que le chef d’un gouvernement battant en retraite dans la solution à deux Etats a mené une tournée triomphale en l’Afrique, a accueilli lors d’une rencontre conviviale un ministre égyptien des Affaires étrangères pour la première fois en près d’une décennie et a renouvelé les liens complets avec la Turquie ?

Voici un aperçu de ce que signifient les succès diplomatiques de Netanyahu – et leurs limites.

Oh, Bibi, Bibi, c’est un monde sauvage

Donald Trump, le candidat républicain pressenti, parle de se retirer du rôle prééminent de l’Amérique dans le monde. Bien qu’il soit absolument pro-israélien, Trump a suggéré qu’il pourrait faire payer Israël pour les milliards de l’aide militaire qu’il reçoit.

De même l’Europe, submergée par une crise des réfugiés, est de plus en plus insulaire et, pour la première fois depuis des décennies, fait face à la perspective de s’effondrer en tant que force politique commune, avec la sortie prévue de la Grande-Bretagne de l’Union européenne et d’autres pays envisagent des actions similaires.

Pendant ce temps, les appels à s’en prendre à Israël – ou à ses implantations – par des boycotts gagnent du terrain sur le Vieux Continent.

« En Israël, il est largement reconnu que rien ne remplace l’alliance américano-israélienne. Elle demeure cruciale »,
selon Jonathan Schanzer, vice-président à la Foundation for Defense of Democracies, un groupe de réflexion mettant l’accent sur le Moyen-Orient.

« Il y a aussi une reconnaissance du fait que nous traversons une période de turbulences, et d’un point de vue diplomatique, il existe des moyens de contourner certains de ces défis. »

Parmi eux : Renforcer les liens sécuritaires avec l’Egypte, revigorer les liens datant de plusieurs décennies en Afrique et réparer les liens avec la Turquie.

La menace partagée du Sinaï

L’immensité de la péninsule du Sinaï, en Egypte, son positionnement stratégique entre l’Asie et l’Afrique, et la nature poreuse de ses côtes de la mer Rouge et la mer Méditerranée ont été comme de l’herbe à chats pour des groupes terroristes comme al-Qaïda et l’État islamique.

Cela pose un défi commun à Israël et l’Egypte, et a déjà contribué aux relations amicales entre ces deux pays ; Israël a été l’un des rares pays à célébrer le coup d’Etat de 2013 qui a renversé le gouvernement dirigé par les Frères musulmans et porté au pouvoir le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi.

Ces derniers mois Israël a discrètement permis à l’armée égyptienne d’entrer à nouveau dans la péninsule, ce qui permet dans les faits à l’Egypte d’abroger l’un des principes, la démilitarisation, de l’Accord de paix de Camp David de 1979. Dans le même temps, l’Egypte a permis à Israël de cibler les terroristes avec des drones.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri à Jérusalem, le 10 juillet 2016. (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri à Jérusalem, le 10 juillet 2016. (Crédit : Haim Zach/GPO)

« Vous avez une stratégie de lutte contre le terrorisme étroitement coordonnée dans le Sinaï », a dit Schanzer. « Vous avez le partage de renseignements, de plus en plus d’Israéliens opèrent dans le Sinaï. »

Cela aide à expliquer pourquoi al-Sissi était disposé à envoyer cette semaine en Israël son ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, pour une visite de haut profil – réchauffant dans les faits une paix que les prédécesseurs de Sissi préféraient garder au frais. Un Sinaï sûr est le prix aus coups que Sissi savait qu’il allait endurer pendant la visite.

Préempter les Palestiniens, la France et (peut-être) l’administration Obama

Les Français tentent d’engager des pourparlers de paix avec les Palestiniens sous un parapluie international. Les Palestiniens espèrent faire avancer la reconnaissance d’un Etat lors du lancement de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre. Et le président Barack Obama pourrait surprendre apres les élections presidentielles, fixant les paramètres des États-Unis pour un arrangement de statut final.

Toutes ces initiatives sont un anathème pour Netanyahu, qui favorise des négociations directes avec les Palestiniens, où Israël est en mesure d’exercer une plus grande influence.

Choukri, le ministre égyptien des Affaires étrangères, semblait favoriser les pourparlers directs, en affirmant que sa visite faisait partie « la vision [de Sissi] pour établir la paix entre les peuples israélien et palestinien – menant ce long conflit à une fin. »

Amener l’Égypte dans la configuration augmente la pression sur le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, pour revenir à des négociations directes, selon David Makovsky, chercheur à l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient. L’Egypte est le principal mécène de l’AP dans le monde arabe, et Abbas ne peut se permettre de s’aliéner Sissi.

« Tandis que le président de l’AP n’a eu aucun problème à rejeter l’appel de Netanyahu à reprendre les pourparlers sous pretexte que rien de concret n’en sortira, amener l’Egypte dans le tableau augmente le coût d’un tel rejet, » a écrit Makovsky sur le site Web de son groupe de réflexion.

La Turquie c’est plus que ce dont Erdogan a besoin

Recep Tayyip Erdogan, le président de la Turquie, a fait pression pour la rupture des relations avec Israël après le raid israélien meurtrier sur un convoi palestinien visant à violer le blocus israélien avec Gaza en 2010. Maintenant, il est la force motrice derrière la réconciliation.

Erdogan fait face aux rebelles kurdes dans le sud, au chaos en Syrie à la frontière de son pays et aux réactions à sa récente décision de prendre des mesures plus sévères contre l’État islamique. Il a un besoin d’eaux calmes ailleurs.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan accueille les membres du parlement pour une cérémonie de prestation de serment au Parlement turc à Ankara, le 23 juin 2015. (Crédit : AFP/Adem Altan)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan accueille les membres du parlement pour une cérémonie de prestation de serment au Parlement turc à Ankara, le 23 juin 2015. (Crédit : AFP/Adem Altan)

Rétablir les liens avec Israël, ramène non seulement un partenaire commercial important et rétablit les liens de sécurité complets à un moment de crise, il répond à une demande de longue date des États-Unis que ses deux alliés les plus importants au Moyen-Orient se réconcilient.

« Erdogan commence à se rendre compte qu’il est débordé; La Turquie fait face à tant de problèmes à la fois », selon Ilan Goldenberg, directeur du programme de sécurité au Moyen-Orient au think tank Center for a New American Security. « Erdogan se rend compte qu’il doit faire marche arrière. »

Retour en Afrique

La dernière fois qu’il y avait un mouvement important pour isoler Israël – dans le sillage de la guerre de Kippour en 1973, quand la Ligue arabe a utilisé le pétrole pour faire pression sur les tierces parties à se joindre à leur boycott – Israël l’a contrecarré en renforcant des liens discrets en Afrique.

Les liens, établis dans les années 1950 et 1960, étaient déjà un point de fierté pour Israël, identifiant l’Etat juif non pas comme une anomalie coloniale, comme le souhaitaient les pays arabes, mais comme un triomphe post-colonial d’un peuple autochtone.

C’était le point de la tournée de Netanyahu dans quatre pays d’Afrique, selon Schanzer.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre les dirigeants d'Afrique de l'Est, à Entebbe, en Ouganda, le 4 juillet 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre les dirigeants d’Afrique de l’Est, à Entebbe, en Ouganda, le 4 juillet 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« On a l’impression de revisiter l’histoire au milieu du nouveau mouvement de boycott – et cela porte ses fruits, » a-t-il dit.

La visite a coïncidé avec le 40e anniversaire d’un raid de commando israélien sur Entebbe en Ouganda, où des terroristes avaient retenu en otage les passagers israéliens d’un avion avec la complicité du dictateur d’alors du pays, Idi Amin. Le frère aîné du Premier ministre, Yoni Netanyahu, a été tué en commandant l’effort de sauvetage.

Mais la tournée a été plus que symbolique, ont dit les participants.

Netanyahu a voyagé avec 80 hommes et femmes représentant quelque 50 entreprises, et était bien disposé à les aider, selon Yosef Abramowitz, le PDG d’Energiya Global Capital, une entreprise d’énergie solaire et de développement social basée à Jérusalem.

Abramowitz a révélé qu’il avait conclu des contrats d’une valeur d’un milliard de dollars au cours de la tournée dans quatre pays.

« Une initiative entièrement gouvernementale et brillamment coordonnée par le bureau du Premier ministre, les ambassades et l’Israel Export Institute, c’était reglé comme une horloge, » a-t-il dit.

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