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Ukraine: l’ex-Première ministre salue le « soutien officiel » d’Israël… inexistant

Yulia Tymoshenko a remercié le Premier ministre Bennett pour les efforts de médiation entre Kiev et Moscou et dit que les Ukrainiens ne déposeront pas les armes, citant Golda Meir

L'ex-Première ministre ukrainienne  Yulia Tymoshenko pendant un entretien avec la Treizième chaîne, le 15 mars 2022. (Capture d'écran)
L'ex-Première ministre ukrainienne Yulia Tymoshenko pendant un entretien avec la Treizième chaîne, le 15 mars 2022. (Capture d'écran)

L’ex-Première ministre ukrainienne a remercié, mardi, Israël pour ses efforts de médiation entre l’Ukraine et la Russie, ainsi que pour sa « déclaration officielle » de soutien à l’Ukraine – même si aucune déclaration de ce type n’a été faite.

« Nous remercions votre pays et votre Premier ministre… pour votre volonté de négocier la paix », a déclaré Yulia Tymoshenko dans un entretien avec la Treizième chaîne israélienne.

« Je veux vraiment y croire. Mais en même temps, j’ai la certitude que le président russe Poutine ne s’arrêtera pas. Il ira jusqu’à la fin. Il veut gagner, et prendre le contrôle militaire de l’Ukraine – mais je peux vous dire qu’il n’y parviendra pas. L’Ukraine va se battre pour remporter la victoire », a ajouté Tymoshenko.

« Je remercie Israël pour avoir officiellement fait part de son soutien à l’Ukraine aujourd’hui », a-t-elle continué.

Si Jérusalem n’a pas fait cette déclaration formelle, il semble que Tymoshenko ait fait référence à des propos tenus lundi par le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid qui a indiqué que l’État juif « condamne l’invasion russe de l’Ukraine et appelle à la fin des combats », promettant qu’Israël ne deviendrait pas un moyen pour la Russie et pour les oligarques russes de contourner les sanctions.

« Il n’y a aucune justification à la violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et rien ne justifie d’attaquer une population civile », a dit Lapid. « Israël ne sera pas une voie de contournement des sanctions qui ont été imposées à la Russie par les États-Unis et par les autres pays occidentaux ».

Le Premier ministre Naftali Bennett (à droite) et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid lors d’une conférence de presse à Jérusalem, le 6 novembre 2021. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Le Premier ministre Naftali Bennett, qui a endossé le rôle de médiateur entre Kiev et Moscou, s’est abstenu de prendre parti dans le conflit.

Israël n’a pas rejoint les sanctions écrasantes prises contre la Russie par les nations occidentales suite à l’invasion de l’Ukraine et des responsables ont confié au Times of Israel, mardi, que l’État juif n’avait pas l’intention de le faire – notant que ce dernier œuvrait toutefois à combler « les vides juridiques » existants pour garantir qu’ils ne seront pas utilisés pour contourner les sanctions occidentales.

Tymoshenko a estimé que « nous sommes à un tournant aujourd’hui. Aujourd’hui, votre ministre des Affaires étrangères a déclaré qu’Israël ne serait pas un pays qui permettrait à l’État agresseur d’échapper aux sanctions. Personne ne peut tourner le dos à la cause ukrainienne ou s’y opposer. Il faudrait être sans conscience, sans cœur, sans âme, sans émotion humaine, pour regarder ce qui est en train de se passer en Ukraine sans prendre la défense de notre pays ».

Commentant la résolution de Kiev à lutter contre l’invasion russe, Tymoshenko, la seule femme ayant occupé le poste de Premier ministre dans le pays, a cité les propos tenus par Golda Meir, qui a été la seule cheffe de gouvernement israélienne de toute l’Histoire du pays et qui était née en Ukraine.

A LIRE : Comment Golda Meir est devenue un symbole d’espoir pour les Ukrainiens

« En ce qui concerne les négociations, je voudrais citer les paroles de Golda Meir qui était votre Première ministre et qui avait vu le jour à Kiev : ‘Si l’ennemi dépose les armes, alors il y aura la paix. Si nous déposons les armes, il y aura la guerre’, » a-t-elle dit.

Des soldats et des pompiers ukrainiens fouillent les décombres d’un immeuble détruit après un bombardement à Kievn en Ukraine, le 14 mars 2022. (Crédit :AP Photo/Vadim Ghirda)

« Nous ne déposerons pas les armes. Nous continuerons à nous battre. Nous continuerons à défendre notre pays. Et si des négociations de paix peuvent nous aider, qu’elles peuvent aider à stopper les effusions de sang, nous nous réjouirons. Mais nous n’autoriserons aucune limitation, aucun compromis susceptibles de menacer notre indépendance et notre intégrité territoriale », a-t-elle affirmé.

« Et je vous remercie beaucoup, en Israël, pour votre défense de l’Ukraine », a-t-elle insisté.

Tymoshenko est actuellement députée. Elle avait entretenu d’importantes relations avec Poutine lorsqu’elle était Première ministre en 2005 et de de 2007 à 2010.

Les détails du travail de médiation effectué par Israël restent opaques. Samedi, un haut-conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky a démenti des informations qui avaient laissé entendre que l’État juif avait poussé le leader ukrainien à accepter une offre du Kremlin, qui aurait entraîné des concessions significatives de la part de Kiev en échange de la fin des combats.

Sur cette image d’une vidéo du service de presse de la présidence ukrainienne, le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy s’exprime pendant une réunion avec le Premier ministre slovène Janez Jansa, le Premier ministre de la république tchèque Petr Fiala, le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki et le vice-Premier ministre polonais Jaroslaw Kaczynski au nom du Conseil de l’Europe à Kiev, en Ukraine, le 15 mars 2022. (Crédit : Service de presse présidentiel ukrainien via l’AP)

Les responsables israéliens ont fait savoir que Jérusalem n’avait pas pris parti, et que le pays n’avait pas encore avancé une proposition de cessez-le-feu. Ils ont noté que le rôle de Bennett avait été plutôt de clarifier les positionnements des deux parties et de les faire connaître clairement à chacune d’entre elles, ainsi qu’aux autres acteurs internationaux – et cela grâce aux bonnes relations entretenues par Israël avec les deux nations.

L’Ukraine aurait demandé à l’État juif plus de soutien depuis le lancement de l’offensive russe. Mais Israël a cherché à éviter de froisser la Russie, qui a une présence forte en Syrie où l’armée israélienne entreprend des initiatives militaires contre les groupes liés à l’Iran.

Il y a eu de nombreux soubresauts apparents dans les relations entretenues par Kiev avec Jérusalem, ces derniers jours – l’Ukraine saluant à certains moments les efforts diplomatiques et humanitaires apparents de l’États juif et critiquant avec force, à d’autres moments, la réticence du pays à faire davantage.

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