Un an de la « Marche du Retour » : Israël et le Hamas se préparent
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Un an de la « Marche du Retour » : Israël et le Hamas se préparent

Le chef d'état-major israélien a appelé les soldats postés aux abords de Gaza à rester en état d'alerte malgré une relative accalmie ; Ismail Haniyeh a appelé à des émeutes

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les chars israéliens déployés à la frontière entre Gaza et Israël, le 26 mars 2019. (Crédit : armée israélienne)
Les chars israéliens déployés à la frontière entre Gaza et Israël, le 26 mars 2019. (Crédit : armée israélienne)

Mercredi, le chef d’état-major Aviv Kochavi a ordonné aux soldats postés aux abords de Gaza de rester en état d’alerte face « à divers scénarios dans la région », a indiqué l’armée. Israël craint que les violences ne s’intensifient ce week-end qui coïncide avec le premier anniversaire du début des manifestations violentes dites de la marche du retour, qui ont débuté le 30 mars 2018.

La semaine a été marquée par des tensions et d’importants échanges de tirs entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas qui gouverne Gaza. Durant ces combats, les services du renseignement égyptien œuvraient à la négociation d’un cessez-le-feu. Israël exigerait la fin des tirs de roquettes mais également des violences frontalières, notamment des émeutes fréquemment organisées le long de la clôture, et la fin des dispositifs explosifs lancés en direction d’Israël et qui ravagent les terres.

Le journal arabe basé à Londres Asharq al-Awsat a rapporté mercredi que le Hamas avait lui conditionné la fin des violences à la levée des restrictions imposées à la bande de Gaza, qu’Israël juge nécessaires pour éviter tout détournement de matériel à des fins terroristes.

Israël a mené trois campagnes militaires contre le Hamas, qui a juré de détruire l’Etat hébreu, depuis qu’il a pris le pouvoir lors du féroce coup d’Etat de 2007 contre le Fatah. Une opération terrestre en 2008-2009, appelée opération Plomb Durci, une campagne aérienne appelée Pilier de Défense en 2012, et l’opération Bordure Protectrice en 2014, qui a duré 50 jours et ciblait les tunnels d’attaque du groupe terroriste.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré jeudi avoir ordonné à l’armée de se préparer à « une campagne d’envergure » dans la bande de Gaza, alors que d’importants affrontements sont attendus ce week-end. « Nous renforçons la sécurité autour de la bande de Gaza », a-t-il déclaré durant un évènement au nord d’Israël après avoir rendu visite aux soldats à la frontière de l’enclave palestinienne.

« Les citoyens d’Israël doivent savoir que si nous le devons, nous entrerons [dans Gaza], avec force et assurance, après avoir épuisé toutes les autres options », a déclaré Netanyahu, qui est aussi ministre de la Défense.

Netanyahu a également parlé des tensions à la frontière nord après une frappe en Syrie attribuée à Israël, sur des sites liées à l’Iran. « L’Iran essaye constamment de faire entrer en Syrie des missiles de précision sophistiqués et de longue portée. Nous ne sommes pas prêts à accepter cela et notre opération contre l’enracinement militaire de l’Iran en Syrie – pour y acheminer des armes – se poursuit.

Mercredi après-midi, le chef du Hamas Ismail Haniyeh est sorti de sa cachette pour la première fois depuis le début du conflit et s’est rendu sur les ruines de son bureau, qui ont été visées par une frappe israélienne lundi soir.

Le chef du bureau politique du Hamas Ismail Haniyeh fait el V de la victoire sur les décombres de son bureau, détruit par une frappé de l’armée israélienne, le 27 mars 2019. (Crédit : Hamas)

Dans un communiqué de presse, le président de l’aile politique du groupe terroriste a déclaré qu’Israël « avait bien reçu le message » durant les dernières séries d’attaque.

Haniyeh a appelé « notre peuple palestinien à Gaza, en Cisjordanie occupée et à l’étranger, à participer à la Journée de la Terre (le 30 mars) et à prendre part à une marche d’un million de personnes ». La mobilisation s’annonce considérable. Les organisateurs ont appelé à cesser toute autre activité.

La Journée de la Terre marque, chez les Palestiniens, la décision de 1976 par le gouvernement israélien de saisir des milliers d’hectares de terres arabes dans la région de Galilée et du nord d’Israël.

L’an dernier, à l’occasion de la Journée de la Terre, les Palestiniens de la bande de Gaza ont lancé « la Grande Marche du Retour », une série d’émeutes hebdomadaires le long de la barrière de sécurité. Israël affirme que le Hamas s’est approprié cette campagne à des fins malveillantes, utilisant les manifestants civils comme couverture pour mener des activités terroristes violentes.

Une photo prise le 30 mars 2018 du kibboutz israélien sud de Nahal Oz de l’autre côté de la bande de Gaza montre des Palestiniens participant à une manifestation pour commémorer la Journée de la Terre (Crédit : AFP / Jack GUEZ)

L’armée israélienne craint que le premier anniversaire de cette Marche du Retour samedi n’amène des milliers d’émeutiers aux abords de la frontière de Gaza, qui menaceraient de franchir la clôture et d’entrer en masse dans le territoire israélien et n’en profitent pour s’approcher de la barrière, brûler des pneus pour obscurcir la visibilité des militaires israéliens postés de l’autre côté, lancer des projectiles ou des engins incendiaires vers eux, essayer de briser ou de franchir la barrière comme tous les vendredis.

Les responsables israéliens de la Défense, ainsi que l’Autorité palestinienne (AP), rivale du Hamas, accusent le groupe terroriste d’encourager les émeutes afin de détourner l’attention de son incapacité à gérer l’enclave, un territoire surpeuplé accablé par le chômage, la pénurie d’électricité et d’eau potable, et l’absence de perspective économique.

A LIRE : Juste au cas où quelqu’un aurait oublié ce qu’est la « Marche du Retour » du Hamas

Ahmed Abou Ertima est l’un des principaux activistes qui ont instigué les marches en publiant des messages sur Facebook, devenus viraux, appelant à manifester en masse, et pacifiquement, le long de la barrière.

Ses critiques l’accusent d’avoir été doublé par le Hamas, qui a fait la démonstration au fil des mois qu’il contrôlait l’intensité de la mobilisation. « Ce qui s’est passé n’est pas tout à fait ce que j’avais souhaité », reconnaît-il. « Nous devons nous battre pour que les rassemblements continuent dans leur dimension populaire et pacifique ».

Depuis novembre, Israël a accepté de laisser entrer des dizaines de millions de dollars d’aide qatarie à Gaza en échange d’un calme relatif. En vain.

Capture d’écran d’une vidéo diffusée par la chaîne publique Kan d’une manifestation dans la bande de Gaza contre le coût de la vie, le 15 mars 2019. (Capture d’écran : Twitter)

Récemment, des manifestations ont éclaté à Gaza contre l’augmentation des prix et contre le Hamas. Ce dernier les a sévèrement réprimées et arrêté plus d’un millier de personnes selon des groupes de défense des droits humains.

Ahmed Abou Ertima, qui se dit indépendant politiquement, est « déçu » par cette répression. « Comment pouvons-nous convaincre le monde de notre droit à manifester pacifiquement contre l’occupation quand ils nous voient, nous Gazaouis, réprimer le droit à manifester pacifiquement ».

Le chef d’état-major Aviv Kohavi, au centre, coté gauche, avec le chef du commandement du sud Herzi Halevi, durant une visite de la division de Gaza, le 27 mars 2019. (Crédit : armée israélienne)

Mercredi, Kohavi s’est rendu à la Division de Gaza, qui défend la zone frontalière et a rencontré le commandant, le général de brigade Eliezer Toledano, avec le chef du commandement du sud le général de division Herzi Halevi.

« Durant son évaluation de la situation, le chef d’état-major a demandé à ce que les soldats soient préparés à divers scénarios dans la région », a indiqué l’armée dans un communiqué.

L’armée a déclaré que cela s’applique particulièrement aux renforts des unités d’infanterie, aux blindés et à l’artillerie, qui ont été récemment dépêchés dans la région. Lundi, l’armée israélienne avait déjà déployé deux brigades supplémentaires dans la région de Gaza et mobilisé près d’un millier de réservistes, notamment dans l’armée de l’air.

Le lendemain, Kohavi a demandé le déploiement d’un bataillon d’artillerie supplémentaire et d’une unité de la brigade des parachutistes dans la région de Gaza. Il a également ordonné la mobilisation de davantage de réservistes et a annulé des plans pour des soldats actuellement postés dans la bande de Gaza à se rendre dans d’autres régions d’Israël, a indiqué l’armée.

« Les soldats israéliens se sont préparés aux opérations pour les événements du Jour de la Terre dans la région du sud et continuent à se préparer pour une éventuelle escalade de la situation causée par des actions violentes et du terrorisme lors [des manifestations] », a déclaré l’armée jeudi dans un communiqué.

L’armée a aussi annulé les permissions de weekend pour tous les soldats combattants stationnés dans le Commandement du sud.

« Les soldats sont briefés, procèdent à des vérifications et participent à des exercices simulants des scénarios potentiels », a-t-on déclaré à l’armée.

Toute la journée de jeudi, Aviv Kohavi, le chef de l’armée israélienne, a « mené des réunions pour évaluer la situation, discuter des possibles scénarios et approuver les plans d’opération », a déclaré l’armée.

Kohavi a également donné l’ordre que toutes les préparations soient terminées d’ici demain.

Des flammes et de la fumée s’élèvent de bâtiments de Gaza City lors de frappes israéliennes présumées, le 25 mars 2019 (Crédit : Mahmud Hams / AFP)

Deux roquettes ont été lancées dans la nuit de mardi à mercredi sur la ville d’Ashkelon et dans un parc industriel de la ville. Toutes deux ont été interceptées par le Dôme de fer, et aucun blessé ni dégât n’est à déplorer, selon l’armée.

Ces roquettes ont été lancées peu après des frappes de l’armée de l’air israélienne contre le Hamas à Gaza, en réponse à une attaque de roquette qui a frappé la région d’Eshkol, même si le Hamas assure que la roquette a été tirée par un petit groupe salafiste radical.

Israël estime que le Hamas, qui gouverne de facto Gaza depuis 2007, est responsable de tous les tirs émanant de l’enclave côtière.

Dans un communiqué, l’armée israélienne a déclaré que ses frappes venaient riposter aux roquettes lancées sur la région d’Eshkol, mais également au lancement de dispositifs aériens incendiaires plus tôt dans la journée, et une attaque transfrontalière incendiaire au cours de laquelle plusieurs Palestiniens ont franchi la clôture de sécurité et détruit un poste de sniper israélien désaffecté.

Les violences de mardi soir sont survenues sur fond de cessez-le-fin informel entre Israël et le groupe terroriste du Hamas, après une escalade qui a débuté par un tir de roquette qui a détruit lundi une maison du centre d’Israël et fait sept blessés, dont trois enfants.

En représailles, l’armée israélienne a lancé une série de frappes aériennes sur la bande de Gaza, détruisant des centaines de cibles dont le bureau du chef du Hamas Ismail Haniyeh, qui avait fui le bâtiment au préalable, et d’autres cibles jugées comme des atouts stratégiques pour le groupe terroriste.

Durant les bombardements israéliens, les terroristes ont lancé au moins 60 roquettes et obus de mortiers sur le sud d’Israël, sans faire de blessés, mais certains immeubles ont été endommagés à Sderot.

L’AFP a contribué à cet article.

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