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Un concert caritatif rejetant la participation des femmes fait polémique

Des artistes se sont retirés du spectacle en hommage à Shlomo Artzi, donné au profit d'un rabbin orthodoxe dont le travail a été de guérir des malades gratuitement

Shlomo Artzi, à gauche, et le président israélien  Reuven Rivlin chantent ensemble, le 13 avril 2015 (Autorisation : Porte-parole du président d'Israël via JTA)
Shlomo Artzi, à gauche, et le président israélien Reuven Rivlin chantent ensemble, le 13 avril 2015 (Autorisation : Porte-parole du président d'Israël via JTA)

JTA — Un concert organisé à la fin du mois en l’honneur de Shlomo Artzi, un homme parfois décrit comme le Bruce Springsteen israélien, devait être l’occasion d’une démonstration d’unité en hommage à un rabbin orthodoxe dont la vie entière a été consacrée à soigner gratuitement des personnes gravement malades.

Mais, au lieu de cela, cet événement a été amené à mettre en exergue les divisions profondes qui existent au sein de la société israélienne.

Le concert prévu le 20 novembre à l’auditorium Charles Bronfman de Tel Aviv avait été organisé au profit d’Ezra Lemarpe, une organisation à but non-lucratif qui a aidé à sauver des milliers de vie, souvent sans aucun coût pour le malade.

Le président Reuven Rivlin devait ainsi assister à un spectacle auquel devaient participer, entre autres, l’orchestre philharmonique israélien et Harel Skaat, l’artiste qui avait représenté Israël lors du concours de l’Eurovision en 2010.

Mais la controverse a éclaté mardi après la révélation par la Douzième chaîne que le fondateur d’Ezra Lemarpe, le rabbin Avraham Elimelech Firer, avait demandé qu’il n’y ait pas de chanteuses au programme. La loi juive orthodoxe interdit aux hommes d’écouter des femmes chanter, considérant leurs voix comme impudiques et s’apparentant à une forme de nudité.

Le rabbin Avraham Elimelech Firer, président et fondateur de ‘Ezra LeMarpeh’ (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

A une période où de nombreux Israéliens laïcs considèrent que la religion empiète de plus en plus sur les libertés individuelles, la nouvelle a amené des artistes qui s’abstiennent habituellement d’intervenir dans de tels sujets à prendre parti.

Mercredi, l’orchestre philharmonique israélien a fait savoir qu’il ne prendrait pas part à un événement qui « exclut les femmes ».

Le guitariste d’Artzi, Avi Singolda et Orly Vilnai, journaliste chargé d’animer le concert, lui ont emboîté le pas. Artzi lui-même a noté sur Facebook qu’il prévoyait de faire « tout ce qui est possible pour faire changer d’avis le rabbin Firer ».

L’événement pourrait bien être finalement annulé, a fait savoir le site d’information israélien Walla, même si l’organisation de Firer a insisté sur le fait qu’il était encore d’actualité.

« Nous invitons le public à un événement spécial, rempli de joie et d’unité », a dit Ezra Lemarpe dans un communiqué.

La question de l’égalité des sexes est au coeur des frictions, en Israël, entre les orthodoxes et les Israéliens non pratiquants. Des affrontements violents ont eu lieu au mur Occidental avec les fidèles orthodoxes, furieux de voir des femmes y organiser des services et des lectures de la Torah.

Les soldats orthodoxes ont également boudé de manière répétée les événements organisés par l’armée israélienne où des femmes sont amenées à se produire.

Elyakim Rubinstein, ex-président adjoint de la Cour suprême israélienne, a estimé que ce concert était un test pour la société israélienne – susceptible de se résoudre en réclamant suffisamment de flexibilité et de bon sens de la part des parties.

Rubinstein est un Juif orthodoxe dont les quatre filles ont fait leur service militaire.

« Je m’oppose fortement à l’exclusion des femmes », a-t-il dit dans un discours prononcé jeudi en Ukraine où il était le principal intervenant d’une conférence organisée par le groupe juif Limmud FSU.

« Ce concert peut avoir lieu. Le problème est de trouver un format qui soit respectueux de tous », a-t-il ajouté.

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