Un contrôleur maritime exhorte Israël à intensifier sa surveillance de la mer
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Un contrôleur maritime exhorte Israël à intensifier sa surveillance de la mer

Windward, qui a permis au ministère d’épingler un navire de contrebande pour la marée noire de février, affirme que c’est le seul moyen d’éviter les fuites d’hydrocarbures

Image satellite d'Israël et de la côte sud de la Méditerranée de Gaza prise par le satellite Sentinel One de l'UE le 12 février 2021. (Capture d'écran)
Image satellite d'Israël et de la côte sud de la Méditerranée de Gaza prise par le satellite Sentinel One de l'UE le 12 février 2021. (Capture d'écran)

Le chef de la compagnie qui a aidé Israël à identifier le navire qui, selon lui, est responsable du déversement de pétrole qui a pollué les plages du pays, appelle Jérusalem à renforcer considérablement ses capacités de surveillance, sous peine de s’exposer à de nouveaux déversements d’hydrocarbures.

« Tant qu’Israël, comme tout autre pays qui respecte ses océans, n’aura pas la capacité de surveiller quotidiennement les déversements d’hydrocarbures et d’en retrouver les auteurs, cela risque de se produire encore et encore. C’est une décision à prendre », a déclaré Ami Daniel, co-fondateur et PDG de la société de renseignement maritime Windward, basée à Tel Aviv.

En l’absence de satellite ou d’autres moyens solides de surveillance civile, Israël a été pris par surprise le 18 février lorsque le goudron a commencé à se déverser sur sa côte méditerranéenne, à la suite d’un temps orageux.

Les jours qui ont suivi, il est devenu évident que les plages de Rosh Hanikra dans l’extrême nord à Nitzanim dans le sud avaient été contaminées, laissant des boulettes de goudron partout sur le sable et les fonds marins, ainsi que des animaux marins morts ou gravement blessés. Mercredi, le ministère de la Protection de l’environnement a déclaré l’état d’urgence le long de la côte, presque toutes les plages ayant été nettoyées après que plus de 650 tonnes de goudron aient été collectées par une armée de volontaires, de soldats et autres.

Les responsables des questions maritimes ont déclaré qu’ils n’ont pas souvenir d’un incident d’une telle ampleur géographique. Les dommages à long terme aux écosystèmes restent à évaluer.

Des volontaires israéliens nettoient le goudron d’une plage suite à un déversement de pétrole en mer qui a recouvert de goudron la majeure partie de la côte méditerranéenne israélienne, le 22 février 2021. (Flash90)

Ce n’est que début mars que le ministère a annoncé avoir identifié le coupable de cette fuite : l’Emerald, un navire de 19 ans naviguant sous pavillon panaméen, qui ferait de la contrebande de pétrole brut, probablement de l’Iran vers la Syrie. La ministre Gila Gamliel a qualifié ce déversement de « terrorisme environnemental », mais n’a fourni aucune preuve que la fuite était une attaque intentionnelle.

(Bien que Gamliel ait affirmé que les propriétaires du navire étaient libyens, une enquête ultérieure de la société israélienne Black Cube, diffusée par le ministère, a conclu qu’il appartenait à une société contrôlée par une famille syrienne et était enregistré en Grèce.)

Le ministère a porté l’accusation après avoir obtenu l’aide bénévole de Windward, mis en place il y a 10 ans pour fournir à ses clients des renseignements et évaluations des risques liés aux activités maritimes. Entre autres activités, l’entreprise utilise la surveillance et l’intelligence artificielle pour identifier des navires engagés dans des pratiques frauduleuses, notamment le contournement des sanctions et la contrebande.

Daniel, qui a participé à la conférence de presse identifiant l’Emerald comme le coupable, a déclaré que son entreprise s’était portée volontaire pour aider Israël à trouver le bateau parce que le gouvernement n’avait pas les outils pour le faire.

« Ce n’était pas de la charité, mais du sionisme. Nous sommes profondément attachés à ce sujet et nous ne nous sentirons pas à l’aise tant qu’Israël n’aura pas de surveillance continue, que ce soit par notre intermédiaire ou par une autre société. C’est mon point de vue en tant que citoyen et en tant que père », a-t-il déclaré.

Boulettes de goudron provenant d’une marée noire en mer Méditerranée, échouées sur une plage de la réserve naturelle de Gdor près de Michmoret, en Israël, lundi 1er mars 2021. Le nettoyage de la marée noire désastreuse qui a noirci la majeure partie du littoral du pays va nécessiter des mois. (Photo AP / Ariel Schalit)

Daniel a déclaré que c’était l’identification du fluide comme du pétrole brut qui avait permis `sa l’enquête de progresser. « Il n’y avait qu’un seul pétrolier plein [dans la région] », a-t-il affirmé.

Il a ajouté que le ministère attendait des résultats déterminants qui fourniraient plus de détails sur le type exact de pétrole brut. « Avec le bon test, on peut facilement déterminer s’il s’agissait de pétrole iranien ou non », a-t-il déclaré.

Ami Daniel, cofondateur et PDG de Windward. (Autorisation)

Il a souligné que le ministère avait besoin d’accéder à un ensemble de services pour pouvoir identifier les déversements d’hydrocarbures – et leurs auteurs – en temps réel.

Ces services incluent l’accès à plusieurs réseaux de satellites qui fournissent des images radar, qui mettent en évidence les différences de réflexions sur l’eau, et des capteurs optiques, qui peuvent produire des images haute résolution de zones étendues.

Il lui faudrait également un moyen de recueillir des données à partir des systèmes radar des navires et des satellites radiofréquences.

Avoir le bon équipement, c’est « comme avoir des radars pour contrôler la vitesse des voitures. Si vous n’en avez pas, il est peu probable que les coupables se fassent prendre », a-t-il expliqué.

Lorsque le goudron est apparu sur les côtes israéliennes, Jérusalem s’est efforcée d’obtenir des données et des images de l’Union européenne, dont les satellites passent au-dessus de la région tous les deux jours.

Les satellites Sentinel One de l’UE ont finalement fourni au ministère les images d’une tache suspecte prise le 11 février à environ 50 kilomètres au large des côtes israéliennes, bien que le ministère, avec l’aide de Windward, ait conclu plus tard que la fuite avait dû se produire entre le 1er et le 2 février, et a dérivé vers le nord avec les marées avant de se diriger vers les plages d’Israël.

Image satellite d’une tache à la surface de la mer le 11 février 2021, longue de 21 kilomètres et située à 44 kilomètres au large de la côte méditerranéenne d’Israël. Les points blancs autour de la ligne verte sont des navires. (Greenpeace)

Bien que Windward ne fournisse pas actuellement de services environnementaux, il prévoit de déployer prochainement un programme de risque environnemental, qui permettra notamment aux gouvernements et autres organismes à surveiller les fuites de pétrole, et aidera les compagnies maritimes à faire face aux nouvelles réglementations maritimes internationales sur les émissions de carbone, entre autres.

« Il me tient à cœur que cela ne se reproduise plus et que nos enfants puissent marcher sur des plages jaunes plutôt que noires. »

En 2008, le gouvernement a décidé de formuler un plan national de préparation et d’intervention en cas d’incidents de pollution marine par les hydrocarbures, mais le plan n’a jamais abouti et n’a jamais été financé.

Faithful Warrior, un pétrolier faisant le plein au terminal EAPC d’Eilat, dans le sud d’Israël, du 8 au 9 janvier. (Mori Hen, de l’association à but non lucratif Desert and Sea Environment, Eilat)

En 2015, le ministère de la Protection de l’environnement a publié des propositions visant à intégrer dans ses travaux les technologies de télédétection fournies par les satellites et les drones. Dans une étude de cas, il a décrit comment le Canada avait utilisé des images satellites et des photographies aériennes pour identifier 183 déversements d’hydrocarbures et imposer des amendes aux auteurs.

Des informations de ce type permettraient à Israël de créer des modèles de distribution de pétrole en temps réel et en cas d’urgence, selon le document. Mais encore une fois, les projets n’ont jamais obtenu de financement.

Le ministère de la Protection de l’environnement n’a pas souhaité faire de commentaires.

« Je pense qu’en tant qu’État, nous ne pouvons pas vivre avec l’environnement comme deuxième ou troisième priorité », a déclaré Daniel. « Si les choses tournent mal, le pays ne pourra peut-être pas s’en remettre. »

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