Un député travailliste quitte le Parlement, dénonçant l’antisémitisme de Corbyn
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Un député travailliste quitte le Parlement, dénonçant l’antisémitisme de Corbyn

John Mann indique qu'il consacrera plus de temps à son rôle de chantre de l'antisémitisme et accuse le dirigeant d'extrême gauche "[d']avaliser" la haine des Juifs

Le député travailliste John Mann s'adresse à la presse, s'exprimant au nom du service hospitalier pour enfants dans sa circonscription de Bassetlaw. (Autorisation)
Le député travailliste John Mann s'adresse à la presse, s'exprimant au nom du service hospitalier pour enfants dans sa circonscription de Bassetlaw. (Autorisation)

Un député travailliste a fait savoir samedi qu’il quittait le Parlement britannique en signe de protestation contre l’antisémitisme présumé du chef de son parti, Jeremy Corbyn.

John Mann, 59 ans, a ainsi déclaré qu’il ne se présenterait pas aux législatives et se consacrera à la place à la lutte contre l’antisémitisme dans le cadre de son rôle de haut conseiller en la matière, accusant Corbyn et d’autres à l’extrême gauche de contribuer à la « normalisation » de la haine des Juifs.

« Je ne suis pas prêt à siéger au Parlement sous la direction de Corbyn », a-t-il indiqué au Jewish Chronicle.

Son départ est le dernier en date au sein du parti plusieurs fois accusé d’abriter des antisémites dans ses rangs et d’en faire peu pour les en exclure. Ces accusations se sont intensifiées depuis l’arrivée à sa tête de Jeremy Corbyn en 2015, ayant provoqué le départ de nombreux travaillistes en guise de protestation et des appels à sa démission.

John Mann, qui a fait savoir au Chronicle qu’il resterait membre du parti, a accusé Corbyn de laisser les antisémites « pirater » la formation.

Le député travailliste John Mann en Hongrie. (Autorisation)

« Corbyn a avalisé les antisémites, et est resté les bras croiser sans rien faire pour y mettre un terme », a-t-il dénoncé auprès du Sunday Times.

« Chaque fois que je rencontre des Juifs, je suis embarrassé quand ils abordent le problème du Parti travailliste et de Corbyn. Il m’est impossible d’exagérer la colère que je ressens à ce sujet. Il n’a pas fait que pirater mon parti politique – il en a piraté son âme et son éthique. Je ne lui pardonnerai jamais ».

Élu de Bassetlaw, dans la périphérie de Sheffield, depuis 2001, John Mann s’est fait le chantre de la lutte contre l’antisémitisme et a dirigé un groupe parlementaire multipartite dédié (All-Party Parliamentary Group – APPG), bien qu’il ne soit pas juif.

C’est l’ancienne Première ministre Theresa May qui lui a confié ce rôle d’empereur peu avant de quitter la tête du gouvernement. Son successeur Boris Johnson lui a donné plus de pouvoir, lui permettant ainsi d’occuper la fonction à plein temps, d’après The Guardian.

« Ce rôle me permettra de consacrer 95 % de ma vie à combattre l’antisémitisme, contre les 5 % que je pouvais dédier à cette mission en plus de ma fonction de député », a-t-il expliqué au Jewish Chronicle.

Il a rapporté avoir été témoin de haine anti-juive pas plus tard que la semaine dernière au cours d’un dîner avec le responsable du Fonds de sécurité pour la communauté (Community Security Trust ou CST), en charge de la sécurité de la communauté juive du Royaume-Uni.

« C’était « les Juifs ceci… les Juifs cela’ à l’encontre de deux membres de la communauté et moi-même alors que nous mangions dehors et tentions de discuter », a-t-il relaté au Chronicle. « Voilà l’étendue du problème – ça devient normalisé ».

Jeremy Corbyn, le chef du parti d’opposition britannique, participe au lancement de sa campagne aux élections européennes à Chatham, dans le sud est de l’Angleterre le 9 mai 2019. (Daniel LEAL-OLIVAS / AFP)

En août, le CST avait rapporté avoir enregistré un nombre record d’actes antisémites au premier semestre 2019.

« Corbyn le permet. Son refus de s’attaquer aux dégâts qu’il a causés a eu de grandes conséquences », a-t-il dénoncé auprès du Jewish Chronicle. « Il n’est pas qu’un acteur-clé – il est l’acteur-clé dans ce pays ».

Un sondage réalisé pour le compte du Times of London en juillet avait révélé une baisse conséquente du soutien des partisans travaillistes pour Corbyn, en partie du fait de la crise d’antisémitisme étant apparue sous sa direction ; près de la moitié des personnes interrogées appelant à sa démission immédiate ou avant les prochaines élections législatives.

Corbyn s’est de nouveau retrouvé sous le feu des projecteurs cet été après la diffusion d’une enquête de la BBC dans laquelle plusieurs anciens membres du parti l’accusaient lui et ses alliés d’intervenir pour gêner les efforts internes de lutte contre le problème.

Des membres de la communauté juive manifestent contre l’opposition britannique, le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn, et l’antisémitisme au sein du Parti travailliste, devant le Parlement britannique au centre de Londres le 26 mars 2018. (Photo AFP / Tolga AKMEN)

Interrogé par la BBC, l’un d’eux avait accusé Corbyn d’en avoir « fait plus que quiconque dans l’histoire politique moderne pour favoriser la hausse de l’antisémitisme ».

La Commission britannique pour l’égalité et les droits de l’Homme, un groupe de veille gouvernemental de lutte contre le racisme, enquête actuellement sur les milliers de cas de propos antisémites enregistrés dans les rangs du parti depuis 2015.

John Mann avait fait les gros titres en 2016 lorsqu’une vidéo le montrant interpeler l’ancien maire de Londres, Ken Livingstone, qui venait de clamer à l’antenne d’une radio qu‘Adolf Hitler défendait le sionisme, était devenue virale. Ne mâchant pas ses mots, il s’était adressé à Ken Livingstone dans un immeuble rempli de caméras de la télé, le qualifiant « [d’]apologiste nazi ».

Interviewé par le Times of Israel en juillet, il accusait le dirigeant travailliste d’être le catalyseur d’une partie de la haine des Juifs, mais avertissait que si Corbyn disparaissait demain, une grande partie de l’antisémitisme subsisterait toujours.

« Le problème est plus profond que Corbyn. Les antisémites au sein du Parti travailliste ont été enhardis, et les extrémistes ont été attirés par le Parti travailliste », dénonçait-il.

Il avait assuré qu’il se concentrerait, dans ses nouvelles fonctions, sur les adolescents juifs et leur sentiment de sécurité au Royaume-Uni.

« J’ai un objectif primordial, et je dirai ceci au gouvernement : que les adolescents juifs se sentent en sécurité ici, qu’il n’y ait pas d’atteinte à leur volonté d’être eux-mêmes et de vouloir bien faire dans ce pays, et de rester dans ce pays, positivement », avait promis John Mann. « C’est l’objectif. Mais je ne crois pas pour l’instant que ce soit le cas. »

« La communauté juive est le marqueur avant-coureur pour le reste de l’humanité et la sécurité et l’avenir de mes petits-enfants », avait indiqué le député démissionnaire. « C’est pour cela que nous n’avons pas le choix, que ça nous plaise ou non. »

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