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Un discours d’Ingrida Šimonytė ignore la collaboration de la Lituanie avec le nazisme

Efraïm Zuroff qualifie le discours de "pathétique" ; Vilnius exhorte Israël à aider l'Ukraine à repousser les drones iraniens

La Première ministre lituanienne Ingrida Šimonytė's s'exprimant lors de l'événement Global Forum de l'American Jewish Committee à Tel Aviv, en Israël, le 11 juin 2023. (Crédit : AJC)
La Première ministre lituanienne Ingrida Šimonytė's s'exprimant lors de l'événement Global Forum de l'American Jewish Committee à Tel Aviv, en Israël, le 11 juin 2023. (Crédit : AJC)

La Première ministre lituanienne Ingrida Šimonytė a qualifié les défenses d’Israël de « meilleur antidote contre les armes iraniennes », lors d’un discours prononcé dimanche à Tel Aviv, soulignant les intérêts de sécurité partagés par Israël et d’autres démocraties occidentales au vu de la coopération russo-iranienne contre l’Ukraine.

Les remarques, prononcées lors d’un rassemblement de l’American Jewish Committee (AJC), n’ont fait aucune mention du conflit israélo-palestinien. Šimonytė n’a pas non plus mentionné le rôle des Lituaniens dans la persécution des Juifs pendant la Shoah, décrivant plutôt la machine à tuer systémique des nazis comme une horreur infligée indifféremment aux Juifs et aux goyim (non-Juifs).

Šimonytė a expliqué aux centaines de dirigeants et d’activistes juifs présents au sommet du Forum mondial certains aspects de la présence séculaire des Juifs en Lituanie, qu’elle a décrite en termes positifs et comme un pont qui unit les relations bilatérales entre la Lituanie et Israël.

Suivant Šimonytė, le législateur grec Margaritis Schinas, l’un des huit vice-présidents de la Commission européenne, s’est ensuite exprimé et il n’a pas fait mention dans son discours des frustrations de la Commission à l’égard d’Israël, notamment en ce qui concerne la démolition d’une école palestinienne financée par l’UE en Cisjordanie le mois dernier.

Ces deux discours ont mis en évidence une division bien documentée sur Israël au sein de l’UE, qui exige souvent un consensus pour les grandes actions de politique étrangère. Israël a noué des relations chaleureuses avec certains États membres de l’Est de l’UE – la Hongrie, la Pologne, la Bulgarie et la République tchèque – ainsi qu’avec la Grèce et Chypre, ce qui l’aiderait à bloquer les mesures critiques de l’UE.

Mais pour certains, la décision de Šimonytė de passer sous silence la collaboration généralisée et la persécution meurtrière des Juifs par les Lituaniens pendant la Shoah, ou le débat conflictuel que cela suscite aujourd’hui en Lituanie, a également mis en évidence le prix qui est parfois associé à un tel soutien.

Efraïm Zuroff au domicile de son oncle, Efraïm Zar, dont il porte le prénom, assassiné pendant la Shoah, sur une photo non-datée, à Vilnius. (Crédit : Ruta Vanagaite)

« C’est absolument pathétique », a déclaré Efraïm Zuroff, directeur du Centre Simon Wiesenthal pour l’Europe de l’Est, à propos du discours de Šimonytė, qui a suscité un tonnerre d’applaudissements de la part d’un public majoritairement américain.

Il a particulièrement critiqué sa déclaration selon laquelle la Shoah a été « un traumatisme indescriptible pour la Lituanie, laissant des cicatrices durables qui persistent encore aujourd’hui ». Plus de 90 % des Juifs du pays ont été assassinés pendant la Shoah, y compris par des Lituaniens.

« Le discours rappelle que les Lituaniens souffrent de la Shoah, mais omet de mentionner que ce sont eux qui ont perpétré la Shoah », a déclaré Zuroff au Times of Israel.

Historien spécialisé dans la Shoah en Lituanie, Zuroff critique depuis longtemps ce qu’il considère comme une distorsion de la Shoah dans ce pays.

Zuroff a critiqué l’AJC pour avoir accueilli le discours de Šimonytė et pour ne pas avoir réagi à ce qu’il a qualifié de malhonnêteté au sujet des antécédents de la Lituanie à l’époque de la Shoah.

Le bâtiment de l’université de Vilnius illuminé aux couleurs de l’Ukraine pour marquer le premier anniversaire de l’invasion du pays par la Russie, à Vilnius, en Lituanie, le 24 février 2023. (Crédit : AP Photo/Mindaugas Kulbis)

Selon le musée et mémorial israélien Yad Vashem, la Lituanie était l’un des rares pays occupés par les nazis où les habitants ont manifesté de l’enthousiasme pour la collaboration avec l’Allemagne. « Même lorsque cet enthousiasme s’est estompé, l’hostilité à l’égard des Juifs et les dénonciations ont persisté », indique le musée.

La critique de Zuroff s’inscrit dans un débat plus large en Israël et dans le monde juif sur la tendance en Europe de l’Est à ignorer la collaboration avec les nazis et les différences dans la façon dont la Seconde Guerre mondiale a affecté les Juifs et leurs voisins non-juifs.

En Pologne, une loi de 2018 rendant illégal le fait de blâmer la nation polonaise pour les crimes nazis a déclenché un tollé et une crise diplomatique avec Israël qui n’a commencé à être résolue que récemment.

L’alliance israélo-hongroise a également fait l’objet de critiques dans le cadre de controverses sur ce que les détracteurs du gouvernement considèrent comme une tentative de blanchir la complicité de l’époque de la Shoah, bien que le gouvernement hongrois conteste cette affirmation.

Plus de 50 Juifs ont été assassinés par des nationalistes lituaniens à la veille de la prise de contrôle de la ville par les Allemands, à Kaunas, en Lituanie, le 27 juin 1941. (Crédit : Domaine public)

De nombreux collaborateurs nazis sont largement considérés comme des héros en Lituanie parce qu’ils se sont opposés à l’Union soviétique, qui a fini par dominer le territoire lituanien jusqu’en 1990.

Passant sous silence ces faits, Šimonytė a même été jusqu’à déclarer que la Lituanie « peut être appelée à juste titre le diamant intact de l’héritage culturel juif de l’Europe, forgé pendant une génération par la communauté juive de Lituanie ».

Un porte-parole de l’AJC a refusé de commenter les critiques de Zuroff. L’ambassade de Lituanie en Israël n’a pas encore répondu à une demande de réaction aux remarques de Zuroff.

Les questions qu’elle a éludées ont laissé des traces dans les relations bilatérales entre Israël et la Lituanie.

En 2019, Yosef Levy, alors ambassadeur d’Israël auprès de la nation balte, avait déclaré à un public lituanien que « la chose la plus patriotique que l’on puisse faire est d’enseigner l’histoire honnêtement », car « les gens doivent savoir ce qui s’est passé ici ». « C’est une blessure qui reste béante. »

Un manifestant frappant sur un tambour orné d’une croix gammée lors d’une marche d’extrême-droite, à Kaunas, en Lituanie, le 16 février 2015. (Crédit : Canaan Lidor)

Au lieu de cela, Šimonytė a longuement parlé de la Russie, rejoignant les voix de l’Ukraine et d’ailleurs qui ont exhorté Israël à abandonner ce qui reste de sa neutralité pour fournir à Kiev des défenses aériennes, en particulier contre les drones prétendument produits et fournis par l’Iran.

« La Russie a accès à l’approvisionnement en armes de l’Iran et dans le même temps, l’Iran fait progresser son programme nucléaire et enflamme l’instabilité régionale », a-t-elle déclaré. Elle a accusé Moscou d’avoir envoyé des drones à sept entreprises iraniennes produisant des UAV (véhicules aériens sans humains à bord), affirmant que cela montrait la nécessité d’une « solution plus large pour interdire l’exportation de drones vers l’Iran ».

« Nous savons tous que les systèmes défensifs israéliens restent le meilleur antidote contre les armes iraniennes », a-t-elle cependant ajouté.

L’Ukraine, entre autres, a longtemps poussé Israël à prêter les fruits durement gagnés de son expérience dans la lutte contre les drones, les missiles et les armements iraniens à l’Ukraine dans sa lutte contre l’invasion russe, notamment la batterie de défense anti-aérienne Dôme de fer. Israël a largement refusé, et les analystes ont noté son intérêt à maintenir une ligne ouverte avec Moscou, qui contrôle le ciel de la Syrie.

Une grande partie du discours de Šimonytė a porté sur l’invasion de l’Ukraine par la Russie l’année dernière, qui a fait craindre à la Lituanie qu’une Russie de plus en plus belliqueuse ne menace la souveraineté de leur pays. Elle a suggéré qu’Israël, qui a tenté d’éviter d’aggraver ses liens avec la Russie à la suite de la guerre en Ukraine, appartient fermement à la coalition anti-russe et devrait s’inspirer de son expérience pour poursuivre les crimes de guerre russes.

Malgré leur distance géographique, Israël et la Lituanie « se tiennent ensemble en tant que nations qui ont surmonté de grands obstacles pour assurer leur juste place dans le monde », a estimé Šimonytė, ajoutant que les Israéliens « ont construit une nation prospère qui sert de phare à la démocratie et au progrès dans la région ».

« Les contributions d’Israël à la science, à la technologie et à la culture sont remarquables et continuent à faire des progrès qui profitent à l’humanité dans son ensemble », a-t-elle souligné.

La ministre fédérale autrichienne Karoline Edtstadler et l’ambassadeur des États-Unis Tom Nides figurent parmi les autres dignitaires participant au forum mondial de quatre jours, qui a débuté dimanche. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a remercié l’AJC d’avoir organisé un événement en Israël pour célébrer le 75e anniversaire de sa création.

Le projet du gouvernement de remanier le système judiciaire, qui secoue le pays depuis plusieurs mois au rythme de manifestations de masse et de luttes politiques acharnées, a jeté une ombre sur l’événement.

S’exprimant lors de l’événement de dimanche, le président Isaac Herzog, qui accueille les pourparlers de compromis entre le gouvernement et l’opposition, a décrit la crise comme une occasion « de faire table rase de nos divergences » et comme un témoignage de la force de la démocratie israélienne.

Les opposants à la réforme estiment qu’elle privera la Haute Cour de justice de son pouvoir de contrôle et d’équilibre face au Parlement, ce qui érodera dangereusement le caractère démocratique d’Israël et laissera les minorités sans protection. Les partisans affirment que la législation est nécessaire pour maîtriser ce qu’ils considèrent comme un système judiciaire trop envahissant.

Des personnes participant à une manifestation contre le projet de réforme du système judiciaire, à Tel Aviv, le 3 juin 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a mis en garde lors d’une séance de questions-réponses avec le chef de l’AJC, Ted Deutch, ancien membre démocrate du Congrès, contre le fait que « la démocratie est essentielle pour Israël ».

« Si nous ne sommes pas une démocratie, nous ne serons plus. »

Dans son discours, Deutch a exhorté les participants au Forum mondial à prendre en considération les réalisations d’Israël.

« Pensez à Israël à 75 ans et au succès qu’il est devenu. Nous nous trouvons ici à Tel Aviv, le centre mondial de l’innovation et de la technologie, le type de technologie qui change littéralement la façon dont le monde fait des affaires et dont nous affrontons les problèmes auxquels le monde est confronté », a déclaré Deutch.

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